SCÈNE II
LES MÊMES, PRAXINOA,
PRAxiNOA, entrant, suivie da petit Zopyrion, C'est toi. {Lui tendant les bras.)0 merveille !... Eunoa, vite un siège, un coussin.
EUNGA, empressée.
Les meilleurs pour toi.
PRAXINOA
Assieds-toi là, devant moi.
GORGo^ restant debout.
Quelle vie! C'est avec mille efforts et mille ruses, Praxinoa, que ta petite amie a pu arriver jusqu'à toi toute vive. Embrasse-la encore. {A Zopyrion, en l'embrassant aussi.) Bonjour, petit. — Tu ne peux te figurer cette foule, Praxinoa. Ce ne sont que krépides, chlamydes et quadriges. Une presse I (Affectueuse,) Et tu demeures si loin de moi I
LES FÊTÉS d'aDONÏS 67
Toujours mon imbécile de mari! D'abord, ce n'est pas une maison ceci, c'est une tanière. Et cette tanière est au bout du monde. Dinon est d'un jaloux ! {Gorgo examine ironiquement la demeure de Praxinoa),
Il n'a qu'une passion cet homme-là, mais il Ta bien...
GORGO, avec intérêt, se retournant.
Ah ! il a une passion, laquelle ?
PRAXINOA
Contrarier. [Riant.) Il est d'un bête !
GORGO
Fais attention au petit. Vois un peu les grands yeux qu'il ouvre.
PRAXINOA, tendant les bras à Zopyrion.
Tu sais, mon amour, ce n'est pas de ton papa que nous parlons.
(Zopyrion s'écarte, boudeur.)
GORGO
Par la déesse, l'enfant comprend. {Rappelant Zopyrion,) Il est beau, ton papa, tout à fait beau.
(L'enfant reste à l'écart.)
PRAXINOA
Ah ! oui, il est admirable... L'autre jour, jele charge de me rapporter du fard, devine ce qu'il me rapporte ?
GORGO, s' asseyant, ^ Est-ce que je sais ?
Du sel ! {Elles rient ; bas.) Je te dis qu'il est idiot.
GORGO
Et puis après ? Est-ce que tu t'imagines avoir rien à m'envier? C'est un bourreau d'argent que Dioclidas. Devine à ton tour ce qu'il rapporte à la maison pour sept drachmes ? Des peaux de chiens, des raclures de besaces, de vieilles toisons !...
PRAXINOA, riant.
De vieilles toisons, est-ce possible ? Il est fou !
GORGO
Hélas, non... mais il ne s'agit pas de cela... Prends ton manteau et ta robe agrafée. Allons au palais de Ptolémée voir les fêtes d'Adonis. Il paraît que la Reine a donné pour ordre que ce fût magnifique.
PRAXINOA
Chez les riches, tout est riche.
GORGO
C'est toujours fête chez les oisifs. {Se levant.) Partons.
PRAXINOA, la retenant.
Un instant. (Appelant.) Eunoa, apporte-moi de Teau.
LES FÊTES d'adonis 69
Qu'est-ce que tu fais, paresseuse ! En vérité, les chats n'aiment qu'à dormir !
GORGO
On est chat ou on ne Test pas.
Bouge donc un peu. De Teau et du savon. Donne. Pas tant d'eau à la fois, maladroite ! Bon, tu as inondé ma tunique ! Me voici débarbouillée comme il plaît aux dieux !
Pressons-nous.
PRAxirsoA, à Eunoa.
Où est la clef du grand coffre.^ Passe-la moi.
GORGO
Cette robe agrafée te sied à ravir. Les plis en sont nombreux. Combien t'a-t-elle coûté .^
PRAXINOA
Je voudrais ne pas le savoir. Plus de deux mines ! Quant à la façon, je m'y suis exténuée.
GORGO
Qu'importe, tu as réussi.
PRAXINOA, à Eunoa, Mon manteau. Arrange un peu ma coiffure.
zopYRiON, à Praxinoa.
Tu m'emmènes, maman?
PRAXINOA
Non, petit ; les chevaux mordent.
GORGO
Vois comme il pleure.
Pleure autant qu'il te plaira, mon petit. [A Gorgo.) J'aime mieux un enfant en larmes qu'un enfant boiteux. (Appelant.) La Phrygienne !