Mimographie
Depuis long-temps on avait reconnu , dans l'institution des sourds-muets, la nécessité de soumettre à une méthode régulière et uniforme l'enseignement, abandonné, jusqu'ici , à l'arbitraire ou aux tâtonnemens de Chaque instituteur et de chaque répétiteur.
On avait remarqué une pareille incertitude dans les signes destinés à mettre en communication les maîtres et les élèves ; et dans plusieurs exercices publics , on avait vu des instituteurs , qui avaient une très-longue expérience , embarrassés pour transmettre quelques pensées aux sourds-muets , même les plus instruits. La faute en fut imputée ? ainsi qu'on peut le croire , à la nature du langage mimique, dont on exagéra le vague et l'irrégularité, parce qu'on ne l'avait pas assez étudié pour en connaître toutes les ressources.
Cependant , comme la première condition
de tout enseignement est que le maître et le disciple puissent s'entendre, le conseil d'administration des sourds-muets qui avait déjà adopté j pour servir de type h la méthode , le Manuel de V instituteur que je lui avais présenté, jugea que, pour compléter ce travail , je devais tracer les principales règles du langage mimique , et joindre à chaque exemple la description des signes propres à l'expliquer (i).
Mais il n'est pas plus facile de décrire des gestes par des paroles , que de peindre des paroles par des gestes. J'avais pensé* que
(i) Une commission formée dans le sein même du conseil fut chargée d'examiner cet ouvrage. D'après son rapport, il fut arrêté que Son Excellence le garde des sceaux serait prié d'en autoriser l'impression, aux frais du gouvernement.
Cette démarche n'ayant pas eu le succès qu'on devait en attendre, le conseil n'a pas voulu laisser dans l'oubli un ouvrage jugé indispensable à l'enseignement , et a pris des mesures pour qu'il soit publié sans retard. 1 Essai sur les sourds-muets et sur le langage naturel. 1817. — Éloge de l'abbé del'Épée, couronné par la Société royale académique des sciences.
l'on pourrait arriver au même but , en substituant à une description de ee genre , toujours longue, quelquefois embarrassée, et souvent inintelligible, une écriture mimographique, c'est-à-dire des chiffres, des caractères, propres . à peindre le geste, de la même manière que les lettres peignent la parole.
J'ai déjà exposé , dans une lettre au conseil les avantages qui pourraient sortir de l'établissement d'une pareille écriture. J'offre maintenant aux instituteurs le résultat de mes recherches ; je l'offre aux parens et aux amis des sourds-muets, et à tous ceux qui prennent intérêt à l'avancement d'un art cher à l'humanité.
L'enseignement des sourds-muets n'atteindra à sa perfection, que lorsqu'on aura, pu composer un vocabulaire mimique, assez fidèle pour servir de régulateur au langage des gestes.
Si. l'on juge que je n'ai pas complètement
réussi, je crois du moins avoir assez fait pour qu'il reste prouvé que la peinture du langage d'action n'est pas une entreprise chimérique. J'ai tracé la route; un autre, plus habile ou mieux secondé , atteindra le but.
ou