TOURBIÈRES ACTUELLES
sorte réduits en terreau qui tombe en poussière par le dessèchement. Il se trouve souvent aussi des débris de mammifères dans les tourr bières, et ils appartiennent généralement encore à des animaux de l'époque actuelle ; ce sont des ossements de bœufs, des bois de cerfs et de chevreuils, des défenses de sangliers, etc.
§ 425. Les tourbières reposent sur toute espèce de terrain, quelquefois sur les roches mêmes de cristallisation ; mais, dans tous les cas, il est rare qu'elles ne commencent pas par des dépôts de sables ou d'argiles, quelquefois par des cailloux roulés de la contrée. Il y en a où les débris végétaux accumulés ne forment qu'une seule masse plus ou moins épaisse, plus compacte et plus noire à la partie inférieure que dans ses accroissements successif ; mais il en est d'autres où le combustible présente différentes couches qui sont séparées les unes des autres par des dépôts de sédiment plus ou moins épais, formés sans doute par des alluvions successives qui les ont recouvertes. Ces dépôts sont formés de sables, d'argiles, de marnes calcaires ou argileuses, renfermant des coquilles d'eau douce sou* vent en grande quantité, ainsi que des coquilles terrestres amenées sans doute par les ruisseaux ; quelquefois on croit y reconnaître des couches de terre végétale intercalées. Souvent la surface du dépôt est encore recouverte par les eaux ; mais il arrive aussi qu'elle est couverte de terre, chargée même d'une épaisse végétation de plantes diverses qui aiment l'humidité , et dont les racines se plaisent dans l'eau.
§ 126. Nous avons établi en principe que la tourbe ne se formait que sous des eaux peu profondes, et cependant il y a des dépôts de ce combustible qui sont «xtrémement épais, et qui semblent par conséquent avoir exigé des circonstances particulières. Ce fait, opposé aux observations les plus générales, conduit à penser que les lieux où l'on trouve de tels amas ont subi des affaissements successifs à mesure que les matières se déposaient : c'est ce que semblent indiquer les petites couches de terre végétale interposées dans la tourbe, les amas d'arbres couchés au fond des tourbières et se présentant comme des forêts renversées sur place, toutes circonstances qui supposent assèchement de terrain pendant un temps, puis, submersion dans un autre. Ces affaissements de terrain sont d'ailleurs prouvés par les sondages qui ont fait rencontrer des tourbières à diverses profondeurs dans les atterri^sements.
§ 427. Les tourbières sont abondantes à la surface du globe et se trouvent distribuées par bassins plus ou moins étendus à toutes les hauteurs, occupant les diverses dépressions du sol. Il y en a jusqu'au sommet des montagnes, comme dans les Alpes; sur des i^l«.VRa>x^
élevés, comme au centre de la France, dans le Limousin et i'Âuvergne, dans les fagnes des Ardennes, dans les Vosges, etc.; enfin il s'en trouve abondamment dans les plaines basses, où elles couvrent quelquefois un espace immense, comme dans la Silésie, la Prusse, le Hanovre, la Westphalie, la Hollande. Elles suivent souvent la direction des vallées, dont elles remplissent les anses, soit dans les hautes montagnes, soit dans les plaines hautes ou basses. C'est ainsi que nous les trouvons en France dans un grand nombre de petites localités, et que sont placés nos plus vastes dépôts dans la vallée de la Somme , entre Amiens et Abbeville , où ils donnent lieu à des exploitations considérables.
§ 428. Si la plupart des tourbières se sont formées au milieu des terres et uniquement par des végétaux fluviatiles, il en est aussi qui paraissent s'être déposées dans des marais qui communiquaient avec les mers, comme la plupart de celles de la Hollande. Il y a des dépôts qui sont composés de varechs et de plantes marines, ce que l'on voit sur les côtes plates et sablonneuses de l'Océan , et particulièrement sur celles de la Frise et du Jutland. Quelquefois aussi il se fait dans les montagnes des dépôts adventifs de mousse, de feuilles, de débris divers, qui , accumulés au fond des vallées humides, donnent également lieu à une sorte de mauvaise tourbe dont il est presque impossible de se servir.
RÉSUMÉ DES FAITS DE l'ÉPOQUE ACTUELLE.
§ 429. D'après l'exposé et la discussion des faits réunis dans les chapitres précédents, nous regardons comme établis en principes généraux de la science les divers résultats suivants :
A. Faits relatifs au globe en général.
i*» La distribution de la chaleur à la surface du globe tient à la disposition et l'étendue relative des terres et des mers, à la forme insulaire ou continentale et à la position des côtes.
Les parties orientales des continents sont plus froides que les parties occidentales, et l'intérieur est plus froid que les côtes; les îles ont une température plus uniforme, et la différence des étés aux hivers est peu considérable. Dans l'état actuel, la flore des côtes et des îles des mers australes présente des espèces dont les analogues ne vivent sur les continents du nord qu'entre les' tropiques.