‹ MinéralogieChapitre 135 sur 160 · ÉTUDE DU TERRAIN DILUVIEN · texte numérisé non relu

ÉTUDE DU TERRAIN DILUVIEN

lever que par une étude approfondie des débris coquilliers qu'ils renferment.

En Angleterre, après quelques débris roulés, variables suivant les lieux, ou bien des argiles et des sables qui proviennent du remaniement, soit de Targile de Londres, §287, soit des grès bigarrés, § 250, on trouve souvent un dépôt argileux, ou TiW, caractérisé par la présence d'un grand nombre de blocs de toute espèce, parmi lesquels il s'en trouve d'étrangers à la conlrée et qui viennent de pays éloignés: ces dépôts atteignent parfois jusqu'à i 00 mètres de puissance. Au-dessus du Till viennent des argiles feuilletées, quelquefois séparées par des graviers, et renfermant des ossements d'éléphants, de cerfs, etc., mélangés parfois de coquilles des mers actuelles. Par-dessus viennent encore des marnes coquillières de diverses espèces , et çà et là des dépôts lacustres, qui se trouvent même intercalés, et renferment aussi des débris d'éléphants, d'hippopotames, de cerfs, etc., avec toutes les coquilles fluviatiles et terrestres de la contrée.

Dans le nord de l'Europe, les argiles, avec ou sans blocs, paraissent aussi former la base du diluvium , et sont recouvertes par des sables qui renferment des coquilles des mors glaciales. C'est encore quelque chose d'analogue que les dépôts d'argile bleue avec graviers, et de sables avec blocs de diverse nature et coquilles des mers du Nord, qui forment la base du Danemark et qui se prolongent dans les plaines du Mecklembourg , de la Prusse , du Hanovre , en se joignant aux sables et autres débris roulés modernes qu'on nomme geest dans toute la partie occidentale de l'Allemagne. Plus loin , sur les côtes de la mer Blanche et de l'océan Glacial, il existe des bancs considérables de sables remplis de coquilles des mers arctiques, avec des débris d'éléphants et d'autres grands animaux. Enfin , les innombrables plages soulevées qu'on rencontre partout renferment les mêmes débris organiques et paraissent dès lors appartenir au diluvium.

L'Amérique septentrionale nous présente des circonstances analogues dans les divers dépôts diluviens qu'on y rencontre. Il en est de même dans l'Amérique méridionale , où le limon des pampas repose sur des dépôts argileux et sableux renfermant des coquilles des mers voisines, et qu'on retrouve non-seulement au Brésil, mais encore dans tout le terrain qui s'étend au sud jusque dans la Patagonie. Les plages soulevées du Chili , § 32 , i 53, se rapportent à la même époque en se liant avec ce qui s'est fait de nos jours.

§ 305. Dépôts divers. — C'est à la même époque qu'il faut rapporter les amas immenses de débris roulés dans lesquels se trouvent

l'or, le platine, le diamant, tant au Brésil que dans llnde, dans les monts Oural et Altaï , où les dépots renferment aussi des débris d'éléphants, de rhinocéros, etc. Les dépôts stannifères de Cor* nouailles , du Mexique , de la presqu'île orientale de Tlnde , où ils sont abondants, paraissent s'y rapporter également.

Enfin , on doit citer parmi les derniers dépôts diluviens le terreau noir, ou Tshemotzem^ matière éminemment fertile, qui couvre une grande partie du sud de la Russie d'Europe , du pied des Karpathes à l'Oural, et jusque sous le 54* degré nord , qui pénètre en Sibérie , et semble se lier aux dépôts à ossements. Il en est sans doute de même du Regur ou terre à coton de rinde, dont la fertilité est encore plus remarquable. Ce dépôt, d'une étendue immense, parait recouvrir aussi toute espèce de terrain et jusqu'aux débris qui renferment le diamant. Ni l'une ni l'autre de ces matières ne renferme le moindre caillou roulé, le moindre débris de coquilles, si ce n'est, à la surface, quelques coquilles d'eau douce ou terrestres.

§ 306. Débris animaux de ces dépôts, — Les dépôts diluviens renferment partout des dépouilles de mollusques qui appartiennent aux espèces vivantes de la contrée, les unes marines, les autres d'eau douce ; mais ce qui les caractérise surtout , ce sont les nombreux et derniers débris d'éléphants, de rhinocéros et de tous les animaux qui ont paru avec eux à la surface du globe , qu'on trouve partout vers la base du terrain diluvien. Parmi ces dépôts à ossements, le plus remarquable est cet immense ossuaire de l'océan Glacial du nord, sur les côtes de la Sibérie et dans les îles qui en dépendent. Là un grand nombre d'animaux conservant encore leurschairs, sont enfouis dans des sables qui renferment des coquilles du même océan , et qui sont consolidés par des glaces perpétuelles. On y a trouvé des éléphants, des rhinocéros, couverts de longs poils, ce qui semble indiquer que les espèces, qui vivaient alors dans ces climats, étaient destinées à supporter des températures plus basses que celles à peau nue qui habitent aujourd'hui l'Asie méridionale et l'Afrique. Les défenses de ces éléphants de l'ancien monde sont recherchées par le commerce , où elles entrent en concurrence avec celles des éléphants modernes.

En Amérique, les ossements des éléphants et des rhinocéros se trouvent avec des débris de mastodontes et surtout ceux du massif megatherium, fig. 352, qui n'avait pas moins de 4 mètres de longueur sur 2 de hauteur, dont la tète présente de l'analogie avec celle des animaux du genre bradype, de l'ordre des édentés. C'était sans doute un animal lent, et vivant déracines, que ses molaires étaient merveilleusement disposées à broyer.

g 307. Roches moutonnées, polies, striées et sillonnées. — Un des phénomènes les plus remarquables qui ont précédé ou accompagné la formation diluvitinne, est celui des roches arrondies, usées, polies , striées et caonelées , qui annoncent avec évidence le Frottement des corps durs, en même temps qu'ils montrent la direction imprimée aux masses quo la nature mettailen jeu. Depuis que Saussure a fait remarquer les sillons qui se trouvent sur les pentes du Saléve, et les a considérés comme les ornières du cliar qui a transporta les cailloux et les blocs des environs de Genève , on a observé partout des phénomènes du môme genre : dans le Jura , dans les Vosges, dans le Westmoreland ot le Cumberland en Angleterre, en Suède, en Norvège, en Lapooie, en Finlande, dans l'Amérique du Nord , etc.

Parmi les naturalistes , les uns admettent qu'en Suède , en Norvège, en Laponie, les stries et tes sillons ont partout une direction à peu près constante, sauf les irrégularités locales; que les surfaces Rioulonnées , qui de loin ressemblent à des saos de laine empilés les uns sur les autres , sont généralement loiimées vers le nord et jamais vers le sud. On a conclu de ces considérations que la ces effels devait être cherchée hors de la Scandinavie , et se trouver vers les régions polaires du nord. Ce qu'il y a de remarquabh upanadaetsur une grande parliedu sol des Êlats-Unis.

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la direction des sillons est aussi du nord au sud ; en sorte qu'il y aurait là un immense phénomène produit avant Tapparition de l'homme sur la terre, § 374, puisqu'il a eu lieu avant les dépôts diluviens . § 302 , qui s'est manifesté, sauf les irrégularités locales, jusque dans les îles Britanniques , donnant aux monticules granitiques de la Finlande une forme allongée dans ce sens, et façonnant partout les montagnes suivant les directions que les circonstances pouvaient lui imprimer.

D'autres naturalistes nient , au contraire , les généralités que nous venons d'indiquer, et reconnaissent de grandes irrégularités dans les dispositions des stries et des sillons. Ils les regardent comme dépendantes des dispositions locales , et en général comme divergentes à partir des régions culminantes des montagnes, comme suivant les lignes de plus grandes pentes, les directions des grandes vallées. Ils font remarquer que du cap Nord à Christiania , le côté arrondi , poli et strié des roches du rivage est tourné vers les terres, tandis que le côté abrupt regarde la mer; dételle sorte que la cause modiûante, loin de venir du pôle, paraîtrait, au contraire, venir de l'intérieur des terres.

Dans les Alpes , les surfaces moutonnées, polies , striées, cannelées, se trouvent, comme nous l'avons dit, § 407 , en connexion intime avec les glaciers actuels; les stries, les sillons en suivent tous les mouvements dans leurs directions , se conservent sur toutes les roches assez dures , et indiquent par leur présence à des niveaux différents, à des distances plus ou moins grandes dans la direction des vallées, l'ancienne extension des dépôts qui les ont formés.

§ 308. Dépôts erratiques. — Une circonstance particulière des terrains diluviens nous est présentée par certains dépôts qu'on est aujourd'hui convenu de nommer dépôts erratiques. Bien que liés intimement, d'une manière générale, avec les sédiments qui ont eu lieu après le terrain subapennin, comme on le voit autour des Alpes, par les amas de blocs qui se trouvent dans le haut des vallées ou commencent les alluvions de la Durance et des affluents du Bhône, ainsi qu'en beaucoup d'autres lieux , les dépôts dont nous allons parler offrent cependant , en certains lieux , quelque chose d'anormal qui semble réclamer une explication particulière. On se demande, par exemple, comment des blocs détachés du centre des Alpes ont pu , d'une part, se déposer à une grande hauteur sur les flancs des vallées qui en descendent, et de l'autre, parvenir en grand nombre, en conservant leurs arêtes intactes, jusque sur les sommets du Jura , à 600 ou 800 mètres au-dessus de la large vallée de la Suisse, qu'ils ont dû traverser; car il est certain que cette

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vallée a [ouj ours existé depuis l'apparition du massif alpin, % 344, 3i9, 370. On n'est pas moins étonné quand, parlant de la Suède, où l'on trouve des blocs dispersés sur la croupe des montagnes, on en voit de môme nature transportée malgré la Baltique, dont le fond du reste en ralrempli, jusqu'au milieu des plaines de la Prusse, où ils viennent se lier obliquement avec d'autres traînées de blocs qui remontent jusqu'à la Finlande, et qui couvrent dans d'autres directions les plaines de la Pologne et de la-Russie. Il y a de ces blocs , encore à arêtes vives , qui ont dû faire 250 lieues pour arriver au point où ils se trouvent aujourd'hui , et où ils se mêlent d'un câté avec ceux de l'Oural , de l'autre avec ceux de la Siléuie , de la Saxe et duHarz, dont les montagnes ont d'ailleurs ari'élâ oufaitreQuer les premiers. C'est cet éparpillement qui a fait donner à tous les blocs non roulés l'épithète d'erratiques, qu'on a appliquée plus lard è tous ceux qui offrent les mêmes anomalies de position. On en retrouve de tels dans les Pyrénées , dans les Vosges , les Ardcnnes , dans le bassin do Paris même , en Angleterre , dans l'Amérique du Nord comme dans celle du Sud , dans les Indes , etc.

g 309, Xhéarie der> ■nrfuWH pallen, dca dépSU erratl^nea.

— Il y a les plus grandes dissidences entre les géologues relative* ment à la manière de concevoir la formation des stries, des sillons, et la dispersion des blocs, ou, en général, des dépôts de transport à la surface de la terre. Les uns n'ont vu dans les phénomènes du nord de l'Europe, que des actions de courants puissants arrachant des quartiers de rochers aux montagnes et les transportant au loin en usant, striant, sillonnant les roches restées en place. D'autres ont fait intervenir l'action desglaçonspour transporter ces blocs dans tous les sens, jusqu'à ce qu'ils atteignissent des contrées plus cbaudes, où, en se fondant, ils les laissaient aller au fond des mers, ou bien jusqu'à ce qu'ils vinssent échoutir sur quelques hauts-fonds. Il en est qui , voyant partout ces dépôts de transport sur des surfaces préalablement striées, ont attribué un premier démantèlement des montagnes, et la formation des stries, à des débâcles des glaces des pôles, dont les glaçons étaient charriés avec une extrême vitesse. Les parties fines des roches étaient dans cette hypothèse immédiatement transportées par les eaux jusqu'aux lieux où elles sont déposées, et les blocs tombés au pied de la monlagne, auraient été repris plus tard par des glaçons, et dèi lors transportés dans toutes les directions au milieu des dépôts de sable, ou au-dessus d'eux, puis auraient été finalement mis au jour par un soulèvement du soi. La Baltique, dont le fond est encore couvert de blocs, serait le reste des mers qui couvraient alors tontes les plaines de l'Aile-

magne ocddentale M toute la Russie. Enfin , remarquant que b* montagnes ont éW sillonnées jusqu'à de grandes hauleurs; qu'en conséquence, il fallait admettre une grande élévation des couranlf au-dessus des mers actuelles, ou supposer que les terres ont élc autreToia plus basses, quelques savanLs ont imaginé de combiaer \ts oscillations du sol avec l'action mécanique des courants cbai^ de forts gUcoLs, en rendant ainsi plus ou moins raison de toutes l«s particularités qu'on observe. Les mêmes théories ont été appliquées à tous les pbénomènes du mfime genre dans toutes les con-

Belativement aui Alpes, on a cliercbé à espliquer le transport (lis blocs de deux manières. Les uns ont admis des torrents boueui. S 96, 303, d'une grande profondeur, capables par conséquent de x mouvoir avec une grande vitesse sur les pentes les plus faiblïs. susceptibles dés lors de transporter des blocs énormes sans en arrondir les angles, et même de sillonner les roches sur lesquelles ils passaient. Les autres, voyant les glaciers strier et sillonner les rochers qui les encaissent, § 107, ont imaginé que toute espècedD stries étaient produites de la même manière, et de supposer d'anci*iB glaciers partout où l'on observe ces phénomènes. Voyant, en outrt, les glaciers transporter constamment à leur surface des blocs et de dttirîs, former des moraines sur leurs parties latérales et à leur e^ trémité, ils ont pensé que telle avait été dans tous les temps b cause du transport des liloi's partout où on Ips trouve : en ronséquence, ils ont admis la prolongation des glaciers actuels jusqu'au Jura, e'n remplissant toute la vallée de la Suisse. C'est ce qui a été établi d'une manière très- remarquable par M. Decharpentier, qui cherchant, dans le principe, à recueillir des faits contre celle ihéorie naissante, s'est trouvé entraîné à en soutenir au contraire la vraisemblance. Il est impossible de voir des faits mieux coordonnés, plus clairement exposés , et l'on est conduit à en admettre les conséquences pour les Alpes, malgré l'énormité d'un glacier de 60(1 à 1000 mètres d'épaisseur, 60 lieues de longueur, d'une surface dr plus de 2000 lieues carrées, et envoyant des branches dans toute les vallées latérales.

Bientôt on a cherché à appliquer la théorie glaciaire aux phénomènes du nord. On a admis que les stries, les sillons des montagnes delà Scandinavie ont été produits, comme dans les Alpes, par de glaciers, ce qui explique assez bien la hauteur à laquelle on le$ trouve et leur divergence à partir des points culminants. Enfin, pour lo transport des blocs, on a imaginé un énorme glacier, une vas(ecalottedeglacede2S0 lieues de rayon, par laquelle ils ont élé

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