PHOSPHATES
§ 203. Le groupe des phosphorides ne renferme encore que des phosphates dont quelques-uns correspondent aux arséniates, mais qui sont encore plus variés. Il ne présente rien d'important sous le rapport des arts; mais quelques espèces méritent l'attention sous d'autres points de vue.
Le phosphate de plomb j ou Pyromorphite, isomorphe de la mimétèse et de même formule, est une combinaison de phosphate avec un chlorure ou un fluorure. Souvent en prismes hexagones réguliers diversement modifiés, il se présente aussi en cristaux aciculaires dont la réunion produit des masses fibreuses, ou bien en stalactites et sous forme mamelonnée. Cette substance, remarquable par la variété et le ton de ses couleurs accidentelles, se trouve dans les gîtes métallifères, et principalement avec le sulfure de plomb : nous avons en France quelques localités remarquables sous ce rapport, le Huelgoat en Bretagne, la Croix-aux-Mines dans les Vosges, et Pontgibaud dans le Puy-de-Dôme.
Le phosphate de chaux, ou Apatite, est un autre composé isomorphe, en cristaux vitreux, blancs, transparents ou opaques, et quelquefois colorés, qui est en général disséminé dans le gneiss et le micaschiste. On le trouve quelquefois, mais rarement, dans los gîtes métallifères.
On connaît aussi une variété lithoïde, entremêlée avec des couches ou des filons de quarz, qu'on exploite comme pierre à bâtir, et qui constitue des collines à Logrosso dans TEstramadure. Il se trouve encore des rognons à structure terreuse dans le terrain houiller, dans la craie et dans les argiles inférieures; mais il parait que ces matières n'offrent pas le même phosphate que dans les cristaux.
Les phosphates de cuivre sont aussi variés que les arséniates, auxquels ils ressemblent beaucoup par leurs compositions, leurs formes, leurs couleurs, et qui la plupart se trouvent aussi dans les gîtes métallifères.
Les phosphates de fer sont mal connus de composition. L'un d'eux paraît être l'analogue de la sidérétine ; un autre peut être comparé à l'érythrine. Les deux premiers sont bruns, le suivant de cou-
GROUPE DES PHOSPHORIDES. 173
leur verte et les trois autres bleus. Ceux-ci sont tantôt cristallisés, tantôt en petites masses terreuses, souvent nommées 6^ de Prusse natif, dont la matière, quelquefois blanche à l'intérieur, bleuit promptement par l'exposition à l'air. Ces phosphates se trouvent, les uns dans les gîtes métallifères, comme en Cornouailles, d'autres dans les fissures des basaltes; la plupart des variétés terreuses se rencontrent dans des dépôts argileux de sédiment, même assez modernes.
Les phosphates de manganèse, ou peut-être de manganèse et de fer, sont aussi de diverses sortes: les uns (la Triplite], bruns, en masses clivables ; les autres, rougcàtres et violets. Ils se trouvent dans les terrains de cristallisation, et c'est dans les granités du Limousin qu'on les a particulièrement rencontrés.
On doit distinguer aussi les phosphates uranife et chalkolite : le premier, jaune serin, se trouve dans les granités de Marmagne près d'Autun, de Saint-Yrieix près de Limoges; le second, vert-pré, s'est trouvé principalement dans les gîtes stannifères de Cornouailles et de Bohême. Ces deux substances cristallisent en petits prismes carrés, groupés les uns sur les autres.
C'est aux phosphates d'alumine que se rapporte la Turquoise, matière opaque, d'un bleu verdâtre, assez recherchée dans la joaillerie. Il y en a deux espèces : Tune, la turquoise de vieille roche, se trouve sous forme de petites veines ou de petits rognons, dans des matières argileuses à Nichabour en Perse : c'est une matière purement minérale. L'autre, turquoise de nouvelle roche, provient des dents ou des os de mammifères enfouis dans le sein de la terre, et accidentellement colorés en bleu verdâtre ; elle est beaucoup moins dure, et beaucoup moins estimée.
CLASSE DES TELLURIDES, SRLÉNIDES, SULFUHIDES.
§ 204. Caractère» séoéraux. — Le tellure, le sélénium, le soufre, sont des corps qui jouent le plus souvent le rôle éJectro- négatif, et qui dans tous les cas paraissent être isomorphes. C'est ce qu'on observe surtout dans les laboratoires, car il y a peu de composés naturels qui soient exactement comparables entre eux. Ainsi les telluriures, les séléniures, les sulfures, lorsqu'ils sont composés suivant la même formule, sont identiques par les formes, et tellement analogues par les autres caraclères physiques, qu'on ne pevii les distinguer. Les séléniales sont isomorp\\cs» à^s ^wW^V^'s»^ ^VVô
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peu de telluriates que nons connaissons nous iirésenlent encore la même similitude.
Dans la nature, les telluriures, les séléniures et les sulfurée de plomb ut d'argent ne se distinguent pas à la vue. Ces substances no Mnl pas toutes rTistalliséfs ; mais celles qui sont à base de plomb offrent toutes des clivages rectangulaires également nets, et selon toute probabilité, cubiques, comme le sulfure de plomb. L'Eadtairite présente de même les plus grandes analogies avec la Slromtyértn«, composée suivaut la même formule.
Toutes ces circonstances sutlisent certainement pour rapprocher ces diRérenls corps. Leur enseoable forme d'ailleurs un intermâdiaire entre les arséaides dont nous venons de parler et les chlorides que nous verrons ensuite; en effet, d'un c6lé, le tellure, le sélénium, le soufre se volatilisent comme l'arsenic à l'élat simple, el forment aussi des osfdes volatils; d'un autre côté, si le telture forme, comme l'arsenic et le phosphore, des composés gazeux avec l'hydrogène, le sélénium et le soufre sont susceptibles de former des bydracides, aussi bien que l'iode, le chlore, etc.
1° GroDpe des SnlfarldeB,
vapent» d'acide Enlfurcoï. soit immédiiiemBi;!. soupir conibuBiJon, linn de U pou«ilïrc de lAiBrbun à l'aide de 1b chaleur ; ou hieo dnnnai gîne suiiuré liirHjn'ipt^s iea avoir Ue,ïiét pu le carbonaio de poU
g 203. C»raetères. — Substance jnune, quelquefois verdâM brunâtre, rougeâtre, par suite de mélange; appartenant au syr' cristalliu prismatique rectangulaire droit; facilement fusible, i volatile ; trë3-<x)mbustible, et se transformant en gaz acide suifureui J sans laisser de résidu lorsqu'elle est pure.
Le soufre se trouve assez, fréquemment en cristaux, qui si octaèdres à base rhombe, assez aigus, diversement modifiés, C i[uefois en cristaux aciculaires ou en stalactites. Souvent ai en masse compacte, translucide ou opaque, el dans quelquescii stances à l'étal terreux, pulvérulent ou agrégé, présentant akmAJ teinte pflle.
^ iW. ciHcmeiitt tuuiue. — Le soufre se trouve dat lorrains. Il exisl* en Hongrie, au Brésil , au Pérou, dans des couofc lie nuarïsubordonnéesauxror)nv;mirnrép*('t felfispalhiqiies. Oni
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connaît aussi dans quelques gîtes métallifères qui traversent des roches analogues et dans certaines laves. Il e^t surtout abondant dans les dépots de sédiment, où il !>e trouve à tous les éta|j;es, et où presque toujours il est accompagné do sulfate de chaux, d'argiles diverses, et souvent de sel commun : on en a trouvé jusque dans la pierre à plAtre des environs de Paris. C'est dans les parties de ces terrains qui avoisinent les volcans en activité qu'il est le plus répandu; ainsi en Sicile, outre les veines et les nids disséminés en grand nombre dans tout le terrain de sédiment, le soufre forme des couches régulières plus ou moins épaisses, mêlées d'arjzilo, de sulfate et de carbonate de chaux, qui atteignent jusqu'à dix mètres d'épaisseur, et dont l'extraction est considérable. En Islande, il forme aussi des dépôts très-étendus du môme genre, où il est en grains peu adhérents entre eux, qu'on peut exploiter à la pelle comme du sable. La quantité en est si grande, que cette île en pourrait fournir à elle seule le monde entier, quoique, à cause de la chaleur qui se dégage, on soit obhgé de s'arrêter à un mètre ou deux de profondeur.
Tous les volcans en activité produisent du soufre ; il s'en dégage en abondance des fissures qui se trouvent dans leurs cratères, et toutes les matières environnantes s'en recouvrent journellement. Les solfatares, sortes d'anciens cratères possédant encore quelque activité, en fournissent aussi en grande quantité, qui se dégage des fissures du terrain en même temps que de l'acide sulfureux, de l'acide chlorhydrique et de la vapeur d'eau.
Les eaux chargée»s d'hydrogène sulfuré qui sourdent de l'intérieur de la terre, laissent dos dépôts de soufre terreux ou pulvérulent sur leur passage : c'est sans doute à des circonstances semblables que sont dus les dépôts de soufre au fond de certains lacs observés en Sibérie. 11 se forme journellement du soufre par la décomposition des sulfates, dans les lieux où ces sortes de sels se trouvent en contact avec des matières organiques susceptibles elles-mêmes d'altération convenable.
Les échantillons de soufre cristallisé qui se trouvent dans les collections proviennent tous des terrains de sédiment, soit de Girgenti en Sicile, où ils sont quelquefois d'un grand volume, soit de Césène, à six lieues de Ravenne, sur l'Adriatitiue, ou de Conilla, à huit lieues de Cadix, en Espagne, deux localités où ils sont d'une grande netteté et d'une belle transparence. Il y en a aussi d'assez beaux à Saint-Boës, près de Dax, dans les Landes.
Le soufre est employé particulièrement pour la fabrication de l». poudre à canon, et pour la préparation de Vacide «v\\^v\t\v\w^, v\j^\\v>xv
consomme des quantités prodigieuses : on en prépare aussi Tacide sulfureux, qui sert au blanchiment des tissus. On sait qu'il sert à la fabrication des allumettes, et qu'il est aussi employé en médecine sous différentes formes. Il peut être très-utile dans les feux de cheminée; car il suffit de jeter une poignée de soufre en poudre dans le foyer pour qu'il se développe une grande quantité d'acide sulfureux, qui a la propriété d'éteindre les corps enflammés et peut arrêter à l'instant l'incendie.