‹ Minéralogie usuelle, ou Exposition succincte et méthodique des mineraux, de leurs caractères, de leurs gissemens et de leurs applications aux arts at a l'économie. Par M. DrapiezChapitre 13 sur 187 · DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA LUMIÈRE

La lumière agit sur les minéraux, et ceux-ci exercent réciproquement sur ce fluide extrêmement subtil une action d’où résultent , pour la détermination des espèces , différentes modifications quo • l’usage convertit en autant de caractères second daires. On peut ranger sous deux séries les propriétés optiques des minéraux : la première coin-

prendra tout ce qui tient à la composition intnpe des espèces, au mode d’arrangement de leurs molécules intégrantes ; et dans cette catégorie , il faut placer les phénomènes de la transmission des rayons lumineux, la transparence, la translucidité, l’opacité, la réfraction, etc. Dans l’autre seront reléguées une foule de propriétés qui, dues à la réflexion des mêmes rayons , ne sont qu’accidentelles , et ne méritent qu’une confiance beaucoup plus restreinte : de ce r nombre sont les couleur*, l’éclat, le chatoyement, l’iridation , et autres accidens analogues.

JJn minéral est transparent loçgqu’il se laisse- li-. brement traverser par la lumière , et quand , placé entre l’oeil et une image quelconque , il n’apporte point d’obstacle à la distinction des traits qui com-*posent cette image. Il est translucide , quand une sorte de nébulosité ne permet point à l’œil d’apercevoir distinctement des figures tracées sur une surface contiguë au minéral sur lequel on fait tomber le rayon visuel. Enfin il éSt opaque , lorsque la lumière ne peut le pénétrer. On voit qu’il est bien difficile , pour ne pas dire impossible , d’établir des limites entre ces trois modifications ; mais en cela, comine dans la plupart des signes caractéristiques adoptés en minéralogie , dont la valeur est presque toujours relative , il faut que l’habitude d’observer supplée à l’imperfection des caractères.

Un rayon lumineux, tombant obliquement sur un corps transparent, éprouve , au point où il -

* change de milieu , un écartement de la direction primitive, et il dévie d’autant plus fortement, c’està-dire , qu’il se rapproche d’autant plus de la perpendiculaire que le milieu dans lequel il entre , jouit de plus de dureté ou de combustibilité. Cette déviation , que les physiciens ont nommée réfraction, se fait observer dans les substances minérales qui remplissent les conditions nécessaires à la production du phénomène ; et l’on a remarqué que , dans un certain nombre d’entre elles , le rayon lumineux , en les traversant , se séparait en deux faisceaux ; d’où il résultait que l’oeil apercevait double l’image que l’on présentait à la face du cristal , opposée à celle par où se faisait l’observation. Les minéralogistes ont conséquemment nommé double réjraction , le caractère constant qu’ils ont pu tirer de cette singulière propriété de plusieurs substances minérales ; il est à regretter qu’il soit si difficile à observer, que toutes les parties du minéral ne puissent se prêter à son développement , qu’enfin il faille pour cela , des cristaux bien transparens. Le moyen le plus simple dont on fait usage pour constater la double réfraction, consiste à regarder un corps quelconque, très -délié tel qu’une aiguille, à travers deux faces opposées , appelées faces réfringentes, d’un cristal. En faisant mouvoir l’aiguille en tous sens , et à quelque distance du cristal , il arrivera que, dans certaine position, on apercevra trèsdistinctement cette aiguille former deux images pla-

cécs l’une au-dessus de l’autre. Il est inutile d’ajouter • que l'observation doit être faite à une vive clarté ; lorsqu’on ne l’a point à sa disposition , on peut employer une lumière artificielle ; mais alors on se sert d’un petit appareil extrêmement simple : c’est une carte que l’on perce avec une épingle ; on l’applique contre la face du cristal , et l’on regarde à travers le petit trou une bougie allumée que l’on a placée à une certaine distance de la face opposée «à celle par où se fait l’observation. On ne tarde pas à apercevoir deux images de la flamme de la bougie. La physique emploie des instruinens plus compliqués pour nbserver la double réfraction , et mesurer même avec une rigoureuse exactitude tous les degrés d’écaitemcnl des deux faisceaux.

Les couleurs , comme caractère des minéraux, ïÿont ou propres , ou accidentelles ; elles sont propres quand elles résultent de la nature et de l’arrangement des molécules intégrantes qui les réfléchissent constamment les mêmes, sans autre changement , sans autre altération qu’un peu plus ou un peu moins d’intensité de nuance , ce que l’on peut attribuer à l’état d’agrégation des molécules , d’où dépend celui de densité. Elles sont accidentelles , quand leur production ne peut être attribuée qu’à la présence d’un corps étranger à la constitution particulière do. la substance , mais qui peut cependant s’y trouver combiné , comme simplement mélangé.

Le chatoiement paraît tenir à une disposition particulière des molécules qui renvoient de l’intérieur du minéral transparent ou translucide des reflets blanchâtres ou nébuleux ; ces reflets semblent y être mobiles, et varient d’intensité selon que l’on change par rapport à l’œil , la position du minéral dans lequel on les observe.

11 arrive assez souvent que les reflets, au lieu * d’être seulement blanchâtres , présentent un plus grand nombre de couleurs, et même toutes celles du spectre, réfléchies de mille manières. On considère alors le minéral comme irrisé. L 'indation ' peut aussi être l’clTet de l’air interposé en couches très-minces, dans le tissu même du minéral, y formant des fissures ; d’autres fois encore elle est le résultat de couches appliquées à la surface qui a été altérée et dont la nature a été changée par u#e sorte de réaction des principes dissous dans l’atmosphère et par un commencement de combinaisons nouvelles.

L’extrême vivacité avec laquelle la lumière est réfléchie et renvoyée par certains minéraux, surtout ceux dont la densité est très-grande , a fait admettre pour propriété caractéristique, outre les couleurs , X éclat : il est brillant dans les métaux , leurs alliages et la plupart de leurs combinaisons avec les combustibles ; métalloïde dans les substances qui n’ont que l’apparence des métaux, ce dont on s’assure par la division ou le broiement : alors la poussière, au lieu de conserver la couleur brillante,

devient terne et blanchâtre. Ce résultat a même fait donner généralement à la poussière ou à. la râpur'e une valeur dans l’étude des minéraux. L’éclât est gras quand il fait paraître la substance comme enduite d’une couche d’iulile ; perlé ou narré, lorsqu’il part de la surfaêe des reflets qui , trompant l’œil , semblent s’élancer de l’intérieur du minéral ; soyeux , si son tissu étant composé de fibres très-déliées, le minéral jouit d’un lustre qui se rapproche de .celui de la soie.

Ici paraît devoir se terminer l’examen des' propriétés les plus importantes des minéraux : il en est encore de moindre valeur que Ton pourrait évoquer au besoin ; pour celles-là , leur simple énoncé suffira ; la sagacité de l’observateur, fût-il le moins exercé , suppléera à tout développement. Il reste à dire quelles mots sur la marche que l’on doit suivre pour la description des espèces. Il est avantageux qu’elle soit la plus simple possible ; et si , après avoir tiré de l’observation des caractères toutes les indications qui peuvent conduire à la classification spécifique , on n’a pu y parvenir, il faudra se décider à recourir à l’analyse chimique , le plus extrême , mais aussi le plus sûr des moyens , et qui malheureusement ne se trouve pas toujours à la portée de tous ceux qui s’occupent' de minéralogie. Ce moyen , qui appartient à une science indépendante de celle dont, ce livre n’est destiné qu’à présenter une esquisse, ne peut y trouver place ; et

les naturalistes , que des études plus étendues ont familiarisés avec les travaux des chimistes , savent , sans qu’il soit utile de le leur rappeler , que plusieurs auteurs, et notamment le professeur Thénard , .dans le cinquième volume de son Traité de Chimie ( 4e édition ), ont prescrit de la manière la plus lumineuse Jes règles générales à observer dans l’analyse.

Quant à la distribution systématique , plusieurs méthodes se présentent : on ne cherchera pas à critiquer l’une pour faire adopter l’autre , rien n’y force; chacune offre des facilités, chacune aussi est parsemée d’entraves : c’est une condition inévitable dans ces sortes de travaux ; et toutes, naturelles aussi bien qu’artificielles, n’ont encore atteint qu’une partie du but que se sont proposé leurs auteurs. Néanmoins comme il en faut une, et qu’en cherchant à produire quelque chose de meilleur que cé qui a paru jusqu’à ce jour, on courrait la chance presque certaine de se trouver beaucoup au-dessous, il est préférable de s’en tenir à celle qui paraît le plus généralement adoptée ; or, c’est à celle de Haiiy qu’il convient de donner la préférence.

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