‹ Minéralogie usuelle, ou Exposition succincte et méthodique des mineraux, de leurs caractères, de leurs gissemens et de leurs applications aux arts at a l'économie. Par M. DrapiezChapitre 153 sur 187 · HOUILLE · texte numérisé non relu

HOUILLE

Syn. Charbon de terre. — Charbon de pierre. — Charbon fossile — Jayet ou jais. — Terre bitumineuse feuilletée. — Bois bitumineux. — Lignite. — Terrehouille. — Tourbe. — Tourbe papy racée. — Dusodile. — Carbone zoophytogène hydrogéné. — Zoophytanthrace.

Car. Brûlant avec flamme et fumée, en répandant une odeur forte et désagréable , et en laissant un résidu copieux.

Formes : Laminaire; schistoïde ; daloïde; bacillaire ; membraneuse ou foliacée ; xyloïde ; compacte ; terreuse.

Fragile; cassure écailleuse ou lamelleuse, assez souvent très-brillante ; poussière noire ( dans les échantillons de cette nuance ) s’attachant aux doigts ou aux corps qu’elle touche.

Pesanteur spécifique : i,3o.

Electrique par frottement , seulement lorsqu’elle est isolée.

Opaque.

D’un gris-verdâtre foncé ; d’un brun- noirâtre noire.

Reflets : Irisés.

Composition : Carbone, 63; bitume, 3i; silice,

alumine et fer, 6.

Quelles que soient les différentes opinions émises sur la production de la houille , ce minéral, qui paraît n être qu’une modification de bitume, surchargée de carbone et de matières terreuses, existe en très-grande abondance dans les terrains secondaires ; il y forme un nombre plus ou moins considérable de couches superposées et séparées l’une de l’autre par des lits ou bancs de schiste , de calcaire , de psammites et de pséphite. Ces couches s’enfoncent à de très-grandes profondeurs, et varient dans leur état particulier et dans la qualité du combustible , suivant leur ordre ou degré d’enfoncement. Les couches de bouille ont depuis o,ni2o jusqu’à 4 ou 5,oom, et quelquefois plus, de puissance; les bancs ou couches terreuses intermédiaires varient en épaisseur depuis o,m5o jusqu’à 3o,oom, et au-delà.

Les bois bitumineux ou lignites sont des houilles moins perfectionnées ; aussi les trouve-t-on généralement dans les terrains d’une formation moins ancienne , et à de moindres profondeurs. Leurs couches reposent immédiatement sur l’argile , et ne sont séparées du sol que par des amas de sable ou de détritus analogues. Il arrive très-souvent qu’au lieu de former des couches, les fragniens de bois , conservant parfaitement leurs formes originaires , .sont simplement d:sséminés dans l’argile, le sable ou le gravier.

ao. -

La tourbe paraît n’êlre qu’une houille ébauchée ; sa formation est extrêmement récente, et s’opère même encore tous les jours dans les inaiais, par la submersion et la décomposition des plantes qui ont dû céder la place à des générations nouvelles. Ces fonds tourbeux ont quelquefois une grande puissance : on en peut juger par les bas-fonds des vallées, où l’écoulement des eaux a facilité l’établissement d’exploitations pour ainsi dire inépuisables.

On exploite la houille par galeries ; on pratique d’abord un premier puits ou hure , qui est celui d’extraction ; un second puits, destiné à faciliter la libre circulation de l’air dans les travaux, doit être ouvert au point le plus opposé , soit directement, soit par des circuits adroitement ménagés. On place, vers la partie la plus profonde de l'établissement souterrain , le bure d’épuisement sur lequel on établit le mécanisme propre à mettre en jeu le système des pompes qui ramènent au jour les eaux rassemblées au réservoir du fond. Comme dans le creusement du bure on a dû traverser plusieurs couches , on commence toujours l’exploitation en attaquant la couche inférieure , et en continuant les tailles en remontant sur la pente de la couche, par des gradins que l’on pratique lesuns sur les autres. Chaque taille, lorsqu’elle ne peut pas être menée droite , a d’ordinaire dix à douze mètres. On laisse entre elles un massif suffisant pour éviter tout éboulement des couches terreuses qui forment le toit de la veine houillère. On conduit

la houille détachée vers le bure d’extraction , dans des baches-traîneaux. Lorsque le toit de la couehe

terreuse est d’une nature peu solide , ou est obligé (ie le soutenir par des étais eu bois , qui sont des bouts de perche, posés verticalement. La couche inférieure étant complètement exploitée , on remonte à la couche la plus voisine , et l’ou terrasse le fond du bure jusqu’au niveau de cette couche, et ainsi de suite.

Le combustible est tiré du fond dans des paniers ou cuvclles, que Tou nomme cujfarts, attachés aux deux extrémités d’une corde enroulée sur un treuil , que met en mouvement le mécanisme et souvent la force expansive de la vapeur.

Les bois bitumineux et ligniles sont exploités de la même manière , mais en raison de leur peu de profondeur, ou n’emploie à leur extraction que la force des chevaux attachés à un manège , ou plus souvent celle des hommes faisant mouvoir un tourniquet à manivelles.

Qt!2îîl à la tourbe , comme elle existe à la surface du sol , toutes les exploitations sont à ciel ouvert ; on la détache avec la bêche , on la coupe en parallélipipèdes alongés , et on l’arrange en tas pour la faire sécher.

Les gissemens, ainsi que les usages de la houille, «lu lignite et de la tourbe , sont trop multipliés et trop généralement connus pour qu’il soit nécessaire de les énumérer. Outre l’emploi de la houille pour

suppléer et remplacer avec avantage le bois, comme moyen général de chauffage , on a su , dans ces derniers temps, tirer le parti le plus avantageux du üuide éminemment combustique qu’elle renferme,

• pour l’en extraire et le faire concourir à l’éclairage des villes et des habitations. La distillation de la houille pour en séparer l’hydrogène à l’état gazeux et combiné avec une petite portion de carbone , est une véritable carbonisation qui laisse un coak que l’on peut souvent substituer au charbon de bois. Pour obtenir le noir de fumée , on brûle de la houille dans des fourneaux dont la cheminée aboutit h une chambre tendue de toiles sur lesquelles se dépose le charbon en molécules extrêmement tenues , emportées par le courant d’air, sous forme de fumée. Les ferroniers et les maréchaux trouvent, dans l’usage de la houille , des avantages qu’ils chercheraient vainement dans celui de tout autre combustible. On se sert de lignites et de tourbes dans les lieux où il y a pénurie de bois et de houille ; ils présentent des résultats assez; satisfaisans dans la conversion du calcaire en chaux ; mais leur propre carbonisation laisse encore beaucoup à désirer. La houille compacte , ou jayet , se présente sous une agrégation de molécules assez grande pour pouvoir prendre, sous la main du tourneur, des formes et un poli fort agréables ; on en fabrique des bijoux de deuil et des colliers.

VIIIe ESPÈCE.

SÜCCIN.

Syn. Ambre jaune. — Karabé.

* Car. Brûlant avec flamme . en se boursouflant et

en répandant une odeur assez agréable. Cette odeur s’exhale aussi, mais avec beaucoup moins d’intensité , par le frottement.

Formes : Feuilletée; granuleuse; compacte; concrétionnée.

Fragile : cassure conchoïdc ; poussière jaunâtre.

Pesanteur spécifique : 1,07.

Développant de l’électricité résineuse par le frottement.

Transparent; translucide; opaque.

Réfraction simple.

Blanchâtre ; jaunâtre ; jaune ; orangé ; grisâtre ; verdâtre.

Il paraît assez probable que le succin est une matière d’origine résineuse , qui s’est élaborée et modifiée dans le sein de la terre. Il existe en assez grande abondance sur les côtes de la Baltique, pour qu’il soit détaché par les efforts des vagues et entraîné par les flots dont , en raison de sa pesanteur spécifique , il suit à la surface toutes les ondulations. La Poméranie est aussi fort riche en succin ; on l’y trouve dans les couches de lignites et parmi les sables qui sont rejetés par la Baltique. D’autres con-

trées de la Prusse, de la Suède, de l’Allemagne , des Pays-Bas , de la France, de l’Italie , de la Sicile, de l’Espagne, etc., etc., présentent dans leurs terrains d’alluvion, dans les dépôts d’argile et de sable, des petites masses de succin plus ou moins pur.

On fabrique, avec celle substance, qui prend sur le tour les formes que l’artiste veut lui donner, une foule de petits meubles et de bijoux que le luxe s’approprie. Le succin fait la base de certains vernis d’une grande solidité ; il fournit à la chimie un acide particulier, et la médecine le comprenait au- 1 ’fois dans plusieurs recettes médicamenteuses.

On trouve quelquefois, renfermés dans le succin, des insectes de diverses classes, qui indiquent une liquidité primitive de cette substance; ces échantillons accidentels sont fort recherchés des curieux.

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