‹ Minéralogie usuelle, ou Exposition succincte et méthodique des mineraux, de leurs caractères, de leurs gissemens et de leurs applications aux arts at a l'économie. Par M. DrapiezChapitre 2 sur 187 · MIRER. X · texte numérisé non relu

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par leur long séjour dans le sein de la terre , ont acquis des propriétés qui les ont fait assimiler aux substances minérales.

La minéralogie peut être envisagée sous deux points de vue différens ; et même les savans ont , de nos jours , posé de grandes limites dans cette science : ils ont tracé deux marches bien distinctes, qu’il faut suivre tour- à-tour, pour parvenir à l’étude complète et générale des minéraux. L’une tend à la connaissance des espèces minérales prises isolément , et de toutes les modifications dont elles sont susceptibles sans changer de type : elle a pour but la détermination de tous les caractères et la désignation du rang que les espèces doivent occuper dans les distributions systématiques : c’est la minéralogie proprement dite. L’autre partie de la science , que l’on a nommée géologie , embrasse les minéraux dans leurs masses et sous leurs rapports les plus généraux : on y considère ces masses dans leurs positions respectives, suivant leur élévation, leur composition ; on cherche à déterminer leur mode de formation ; enfin on tient compte des changemens naturels ou accidentels qu’elles ont pu subir, soit par l’effet des déluges ou des submersions , soit par les explosions des feux souterrains , soit aussi par ces énormes éboulemens dont les causes ont toujours paru si éventuelles. La géologie est véritablement l’histoire de la terre et des grandes catastrophes qui en ont successivement changé la surface ;

la minéralogie est l’histoire naturelle de chacun des nombreux matériaux qui constituent celte même terre. Le Traité de Minéralogie n’étant destiné qu’à présenter cette science dans les termes les plus simples, toute discussion de géologie sera rigoureusement écartée ; il ne sera même question de cette partie qu’autant qu’on ne pourra s’en dispenser dans les descriptions particulières de giles ou de gissemens. Lorsque des motifs d’intérêt général autoriseront des détails plus étendus sur l’une ou l’autre des substances qui, successivement, vont être l’objet d’un examen concis , on préférera faire porter ces détails sur les méthodes les plus correctes d’analyse , sur les moyens les plus avantageux pour la recherche et l’exploitation des mines, sur les améliorations éprouvées dans les procédés pour le traitement et la purification des ininérais, sur les applications nouvelles que l’on peut faire des minéraux et de leurs produits aux usages , aux besoins de la société.

Avant de passer à l’exposé des caractères généraux dont certain assemblage ou réunion constitue l’espèce , il est indispensable de définir particulièrement ce que l’on entend en minéralogie par espèce. Bien différente de l’espèce zoologique dont l’existence est subordonnée à l’intégralité constante, dont chaque partie de formes, dissemblable au tout, concourt par des fonctions variées et nécessaires à l’accroissement et au développement qui s’opèrent

de l'intérieur par une élaboration, une assimilation cachées ; non moins différente encore de l’espèce botanique qui vit et croît comme l’animal , mais qui ne paraît point jouir, comme lui, de cette étonnante supériorité d’organisation , et surtout de la faculté de sentir, de se transporter librement d’un lieu dans un autre , l’espèce minéralogique , produite par superposition suivie ou interrompue , accélérée ou retardée , de parties toujours homogènes et semblables au tout, peut ensuite être divisée en tout temps et en autant de parties possibles, sans qu’il en résulte dans son état d’autre changement qu’une simple division, qu’une réduction de volume. L’accroissement des minéraux s’opère donc à l’extérieur , et les parties qui viennent successivevement s’accumuler, sont ordinairement d’une ténuité si grande , quelles échappent à la vue. Ce sont ces parties extrêmement tenues que les chimistes ont , les premiers , désignées par l’épithète de molécule. Les minéraux peuvent être simples, c’est-à-dire fonnés d’une substance qui , jusqu’ici , a résisté à tous les agens de décomposition avec lesquels on l’a mise en contact ; ils peuvent être composés d’un , deux , trois ou quatre principes. Dans le premier cas, les molécules sont toujours élémentaires; dans le second, elles peuvent être élémentaires et intégrantes : elles sont intégrantes aussi long-temps qu’elles n’ont cédé qu’à une simple force /nécanique , qu’elles ne sont que le résultat de la

division ; elles peuvent devenir élémentaires si à l’action mécanique on substitue celle des agens chimiques, si l’on parvient par la décomposition à isoler chacun des principes dont est composé le minéral , alors par l’isolement on obtient autant de sortes de molécules qu’il y avait de principes dans le minéral , et ces molécules doivent nécessairement avoir des formes et des propriétés différentes. Les molécules intégrantes, toujours homogènes comme le tout dont elles ont été détachées , sont composées des mêmes principes que lui, et conservent , quelque soit leur état de ténuité , des formes pareilles, ou de la tendance à reproduire par leur réunion des formes pareilles.

Les molécules sont maintenues à l’état de division extrême ou de ténuité , à l’aide d’un fluide quelconque , au milieu duquel elles roulent ou se balancent librement ; ce fluide est ordinairement ou le calorique ou l’eau. Elles y resteraient constamment en suspension si on ne déterminait la réunion de ces molécules par la soustraction du fluide , et si elles n’étaient constamment sollicitées à se rapprocher, à se lier entre elles, par une force naturelle que l’on a appelée affinité. Une molécule, par la force d’affinité qui la pousse, est donc sollicitée à s’unir à une autre molécule, et lorsque toutes les conditions ont été remplies , il préside à cette réunion une régularité qui cause toujours à l’observateur du phénomène un nouveau sujet d’ad-

jniration. On a vu que deux molécules homogènes avaient une forme rigoureusement symétrique : même symétrie règne dans les surfaces par lesquelles ces molécules contractent de l’adhérence ; or, que l’on se figure une troisième, une quatrième , une foule de molécules semblables , se réunissant en vertu de l’affinité , aussitôt on aura l’idée de plans superposés autour d’une molécule première qui, par le résultat, peut être considérée comme le noyau d’un solide régulier. Ce phénomène qui se reproduit toujours de la même manière dans des circonstances semblables, est celui de la cristallisation. Lorsqu’elle n’a été troublée , ni par l’agitation , ni par une élévation de température , ni par la présence d’un corps étranger, la cristallisation est régulière, et quand les cristaux qui en résultent , présentent , dans leur structure , des modifications dépendantes d’une variation dans l’arrangement des molécules intégrantes, on peut toujours, à l’aide d’une formule analytique, ramener ces modifications à une même forme primitive.

La cristallisation est confuse quand l’une ou l’autre des causes ci-dessus rapportées , est venu exercer sur elle son influence. Cependant quand le désordre n’a point été trop grand dans l’attraction simultanée des molécules iôtégrantes , lorsqu’on aperçoit encore les joints naturels produits par les plans sur lesquels se sont alignées les molécules , on peut encore , par la percussion à l’aide d’une lame

d’acier placée dans le sens de ces joints, dégager le noyau qui représente la forme primitive. Cette opération se nomme la division mécanique ; il en sera parlé souvent dans la description des espèces.

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