DE LA SOLIDITÉ
La solidité ne- doit -pas être confondue avec la dureté ; elle exprime la force d’agrégation avec laquelle sont réunies les môlécules , *ct cette force peut être modifiée par une foule de causes et de circonstances qui ne tiennent pas à la nature particulière de l’espècé , comme , par exemple , l’interposition de l’air , de l’eau ou de substances hétérogènes entre les molécules intégrantes ; elle, peut encore être altérée par une élévation dè température qui écarte plus ou moins les molécules et rompt quelquefois totalement leur adhérence. Malgré ces motifs qui rendent assez faible l’importance du caractère de la solidité , on ne doit cependant pas le négliger dans l’examen soigné d’un minéral. On considère cette propriété sous plusieurs points de vue dififérens , et , selon chacun d'eux , elle prend ia qualification de ténacité \ fragilité et flexibilité.
La ténacité s’entend de la fésistance qu’un minéral oppose soit à la percussion, soit à la traction, et même à la division par un instrument tranchant. On doit constater ce caractère de différentes manières suivant l’espèce de minéral chez lequel on le soupçonne , et même l’exprimer par des noms différens. Si c’est une pierre ou une substance qui en présente les propriétés , l’action du marteau suffit pour opérer la division : on casse alors le minéral , et la cassure selon qü elle s’opère longitudinalement ou transversalement à l’axe des cristaux, peut avoir une apparence régulière ou irrégulière , vitreuse ou résineuse , écailleuse ou conchoïde, et fournir ainsi des caractères secondaires. Si c’est une substance métallique dont on cherche à connaître la force de ténacité , on éprouve alors plus de difficulté : la substance s'aplatit , s’étend et se déchire au lieu de se briser; on dit alors que c’est de la ductilité. On a prétendu que certains corps terreux , étant humectés , acquéraient de la ductilité , mais on ne peut considérer cela que comme un abus et du mot et de la propriété. Quelques minéraux* ( parmi les substances métalliques natives) jouissent d'un si haut degré de ductilité que comprimés entre deux cylindres , ou percutés à coups de marteau entre deux membranes trèsélastiques se laminent en feuilles extrêmement minces. D autres métaux se laissent tirer en fils d’une épaisseur beaucoup moindre que celle des cheveux;
c’est au moyen de ces fils que l’on estime la ténacité des métaux ductiles : on attache une de leurs extrémités à une hauteur convenue, et l’on suspend à l’autre un bassin que l’on charge de poids ; on tient compte de la-quantité qu’ils supportent avant de se rompre.
La fragilité exprime la propriété inverse de la ténacité , et comme entre ces deux extrêmes , il est presque impossible d’assigner une limite , il en résulterait que la ténacité et la fragilité devraient se confondre eh un seul caractère, s’il n’était pas avantageux de saisir dans l’étude des minéraux toute nuance , toute modification dans les différences caractéristiques.
La flexibilité qui se démontre sans peine dans des plaques d’une certaine étendue , est rarement sensible dans la plupart des échantillons d’un volume ordinaire. Il en est cependant où d’assez petites surfaces la dénotent , et il s’agit pour cela d’appuyer le fragment par ses deux extrémités , et de presser avec effort sur le centre ou d’y placer un'corps pesant; on examine alors quelle courbure prend la surface. La flexibilité devient élasticité } lorsque le corps après avoir fléchi , reprend sa forme primitive à l’instant où l’on enlève le poids qui le faisait obéir.