‹ Minéralogie usuelle, ou Exposition succincte et méthodique des mineraux, de leurs caractères, de leurs gissemens et de leurs applications aux arts at a l'économie. Par M. DrapiezChapitre 7 sur 187 · DE LA FORME · texte numérisé non relu

DE LA FORME

Le caractère que l’on peut tirer de la forme des minéraux, est celui auquel beaucoup de minéralogistes accordent le premier rang dans la détermination des espèces ; il le mériterait sans doute , si toutes en étaient douées , et s’il pouvait être constamment observé ; mais un assez grand nombre d’entre elles n’affectent aucune forme régulière déterminable , et , d’un autre côté , un savant cristallographe ( M. Mitscherlich ) a prouvé , par des recherches concluantes , qu’une même espèce pouvait offrir deux formes différentes , indépendantes l’une

de l’autre , en outre qu’une même forme , comme cela avait été reconnu déjà précédemment , se retrouvait dans plusieurs espèces différentes d’ailleurs, ou par leur nature particulière , ou par leurs élémens de composition. Quoi qu’il en soit , pour ne point accorder une confiance exclusive au caractère que fournit la forme , il serait absurde de rejeter une indication dont on obtient des résultats extrêmement précieux ; rien n’a encore prouvé que sa variation , dans la même espèce , affecte jusqu’à la molécule intégrante qui pourrait bien rester constamment la même et ne varier que dans l’arrangement symétrique qu’elle prend pendant l’acte de la cristallisation ; de plus , qu’une espèce se présente sous une forme constante ou sous deux formes différentes , le caractère n’est point détruit , il existe toujours ; il y a seulement complication.

Les formes sont ou régulières et déterminables , ou irrégulières et indéterminables. Les formes régu- * lières résultent , comme on l’a déjà vu , de l’arrangement symétrique des molécules ; elles présentent un certain nombre de faces ou d’angles , dont la valeur se mesure à l’aide d’un instrument appelé goniomètre ; elles varient considérablement- par la multiplicité des facettes accidentelles ; mais toutes ces formes peuvent être facilement ramenées par le calcul, à d’autres plus simples , véritables noyaux de toute cristallisation , et surnommées , à cause de

cela, primitives. Le nombre de celles-ci ne s’élève qu’à six, savoir:

le parallélipi- L’octaèdre , Le tétraèdre

Le prisme hexaè- Le dodécaèdre à Le dodécaèdre dre régulier, plans rhombes, à plans tri angulaires.

Les formes primitives ou noyaux sont à leur tour le produit de l’agrégation de parties similaires ou intégrantes, solides des formes les plus simples, qui se Réduisent à trois • le parallélipipède, le tétraèdre, et le Prisme triangulaire.

On considère comme secondaires toutes les formes résultantes de la superposition au noyau de plans qui n’ont pu parvenir à une étendue parallèle aux faces de ce noyau : il s’est fait alors des dé-

croissemens d’une ou plusieurs rangées de molécules intégrantes sur différentes faces du polyèdre. Ce décroissement, soumis à une loi de symétrie invariable, détermine la substitution aux angles aigus de la forme primitive , de facettes plus ou moins nombreuses qui modifient celte forme , au point quelquefois de ne pouvoir la retrouver qu’aidé de la théorie.

Le goniomètre dont on se sert pour mesurer la valeur des angles, consiste en deux lames d’acier AB, FG,

réunies par un axe K , autour duquel elles peuvent à - la - fois tourner et glisser au moyen de rainures u x, pour s’allonger, ou se raccourcir à volonté. On applique les extrémités r b de ces lames sur deux plans incidens d’un cristal ; elles indiquent , par leur ouverture , la valeur exacte de l’angle , et on la trouve inscrite sur le rap-

porteur M N fixé à dessein à la lame F G , au point où s’est arrêtée l’extrémité T de la lame mobile À B. Telle est , en peu de mots , la description de cet instrument d’une haute importance , inventé par M. Carengeau, perfectionné par diflerens géomètres, et surtout par M. Wollastou, qui l’a rendu d’une plus grande simplicité ,( tout en y faisant concourir les lois de la réflexion de la lumière sur les corps dont la surface est plane, lisse et brillante ; propriétés que l’on retrouve dans la plupart des cristaux. M. Adelman a donné tout récemment la description et la figure d’un nouveau goniomètre, qui , quoique plus compliqué , paraît néanmoins d’un usage plus sûr et non moins facile.

Comme sur la croûte pierreuse du globe et dans les anfractuosités où l’on a pu pénétrer jusqu’ici , l’on a rencontré plus communément des formes indéterminables que des cristallisations régulières , comme aussi le nombre des variétés de ces formes est assez borné relat ivement à celui des autres , on a cru pouvoir, sans ajouter beaucoup à cet aperçu général des caractères des minéraux , entrer dans quelques détails explicatifs, quant aux fonnes qui ont éprouvé des altérations qui ne permettent plus d’y suivre les traces d’une agglomération symétrique et prévue. Cela évitera d’ailleurs beaucoup de redites dans les descriptions spécifiques. Ainsi en traitant des formes indéterminables , on est convenu d’entendre par

Aciculaire : des cristaux allongés et si déliés qu’on ne peut mesurer la valeur des angles A. Radiée des aiguilles partant d’un point central et divergeant vers la circonférence.

Apicée ( apiciforme ) : des aiguilles réunies par leur base , prenant la figure d’une houppe.

Arénacée ; de très-petits fragmens anguleux ou roulés , libres ou réunis, mais avec une faible adhérence.

Bacillaire : le prisme qui , par arrondissement de ses angles , est devenu semblable à une baguette.

Botryo'ide : un assemblage de grains imitant une grappe de raisin.

Canaliculée : des cristaux allongés ayant leurs faces creusées en gouttière.

Capillaire : des prismes arrondis , offrant l’apparence de .cheveux.

\ Cariée : un aspect analogue au bois piqué par les vers.

Céro'ide : une ressemblance à d e la cire.

Cloisonnée : le résultat de l’infiltration d’une matière cristalline dans les fentes occasionnées par le retrait d’une substance terreuse dont ensuite , par une circonstance quelconque, les molécules ont disparu ; il n’est resté que les minces parois du minéral qui s’est solidifié dans les fentes.

Compacte : un tissu serré , ne se rapportant à aucune figure que l’on puisse citer.

Concho'ide : quand des grandes faces de cristaux,

réunies par leurs arrêtes, divergeant ensuite en s’arrondissant , représentent une espèce de coquille bivalve.

Conchylio'ide : quand des molécules cristallines , après s’être logées dans les espaces libres des coquilles, ont conservé le moule de ces dernières qui n’ont pu résister à l’action destructive du temps.

Concrétionnêe : le résultat d’un arrangement de molécules, exempt de toute règle , déterminé, par des points d’attache, des supports, des moules, ou par toute autre circonstance locale qui peut donner lieu à une production défigures plus ou moins bizarres.

Contournée : l’inflexion et l’arrondissement successifs des faces cristallines.

Convexe : un arrondissement des faces donnant au polyèdre l’apparence globuleuse.

Coraüdide : des ramifications cylindriques en rameaux contournés , imitant le polypier corail.

Cretée: des cristaux amincis par le rapprochement deux faces parallèles , puis contournés comme une crête de coq.

ûveiaire (cruciforme ) : deux cristaux qui se croisent à angle droit , et dont les axes se confondent.

Curviligne : quand des faces du cristal s’élèvent en bosses.

Cyamo'ùle : la figure d’une petite fève.

Cylindro'ide : l’oblitération des arêtes du prisme , d’où il résulte un cylindre assez ordinairement strié ou cannelé dans sa longueur.

Dendritique : lorsque des molécules colorées , et quelquefois métalliques , ont pénétré le tissu lâche d’un minéral , et qu’il en résulte des ramifications ou arborisations sur les tranches du minéral ou dans l’intérieur des cristaux.

Écailleuse : des petits cristaux aplatis, irréguliers , appliqués les uns sur les autres.

Fibreuse : la réunion de primes très-fins , trèsdéliés, accolés et serrés les uns contre les autres.

Filamenteuse (filiforme) : l’apparence de fils réunis ou contournés en sens divers.

Filicaire (féliciforme) : lorsque des molécules métalliques ont pénétré entre le tissu feuilleté d’un minéral et y ont produit des cristaux qui se sont arrangés et étendus en forme de feuille de fougère. Fissile : une tendance à se diviser en feuillets. Fistulaire : Lorsque le cylindre qui résulte d’une stalactite se trouve évidé dans sa longueur comme une flûte.

Flabellaire (flabelliforme) : des cristaux ordinairement aplatis par deux faces parallèles , réunis par un point et se développant en éventail.

F/oconeuse : l’aspect de flocons de neige.

Foliacée : des lames d’une grande surface , appliquées les unes sur les autres.

Fongiaire (fongiforme) : la similitude avec certains champignons où l’on remarque une calotte sphérique portée sur un cylindre.

Fuligineuse: une matière tachante semblable à la suie.

Géodique : une cavité ordinairement sphérique dont les parois sont tapissées de cristaux.

Globulaire ( globuliforme ) : une sphère solide presque toujours composée de couches concentriques.

Granulaire : Le résultat d’une agglomération de grains distincts.

Guttulaire : des grains de la grosseur d’un petit pois déformés par le prolongement d’un des points de la surface.

Incrustante : lorsque les molécules se sont déposées sur un corps quelconque, et que, dans leur agglomération , elles ont conservé l’empreinte de ce corps.

Infundibulaire ( infundibuliforme ) : la ressemblance avec un entonnoir ou une trémie.

Lamellaire (lamelliforme) : l’assemblage de petits cristaux extrêmement applatis.

laminaire (laminiforme) : la même chose que ci-dessus, mais quand les lames présentent déjà des surfaces d’une certaine étendue.

Lenticulaire : des cristaux arrondis de manière à prendre l’aspect d’une lentille.

Ligneuse ( ligniforme) : un minéral qui offre quelques points de ressemblance avec le bois.

Mamelonnée : une surface composée d’élévations arrondies.

Massive : un agrégat de parties sans figure qui puisse se rapporter à l’espèce.

Mixtiligne : le résultat d’une déviation dans l’arrangement symétrique des jnolécules intégrantes, où l’une des faces d’un cristal est plane , tandis que celle opposée est toujours arrondie.

Musco'ide : des filamens déliés et semblables à de la mousse, que l’on trouve sur quelques minérais de cuivre.

Nivaire ( niviforme ) : une cristallisation confuse comme celle que présente la neige.

Plumeuse : un assemblage de petits cristaux disposés à la suite les uns des autres , imitant les barbes d’une plume.

Prismatoide : un cristal dérivant d’un prisme dont la base a éprouvé un arrondissement.

Pseudomorphique : quand une matière pierreuse a remplacé molécule à molécule , une autre matière susceptible d’altération , mais dont les caractères extérieurs sont restés les mêmes ; il en résulte un • type faux et trompeur. -

Ramuleuse : une réunion de cristaux imparfaits accrochés les uns aux autres , et s’étendant comme les rameaux des plantes.

Résinoide ou résinite : l’aspect et le luisant de la

résine.

Réticulée : la forme ramuleuse, mais dont les ramifications se croisent en tous sens.

Succhardide : l’aspect cristallin du sucre blanc.

Schistoide : la tendance à se déliter en feuillets plus ou moins épais.

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Sédimentaire : le résultat d’une précipitation récente sur des matières«de formation beaucoup plus ancienne. .

Spéculuire : une surface unie, semblable à un miroir.

Spiculaire : quand les pointes des cristaux sont tellement allongées qu’elles font paraître le minéral hérissé de petits dards.

Sphéro'idale : des arrondisscmens sur toutes les fâces du cristal. •

Spongieuse : ( il s’agit plutôt ici d’une propriété que d’une forme , et c’est celle de se laisser pénétrer par une grande quantité d’eau à la manière des éponges ; il est peu de minéraux doués de cette propriété, )

Squammaire (squammiforme ) : des petits cristaux très-minces appliqués les uns sur les autres comme

des écailles. »

Stalactites : des productions ordinairement fîstulaires qui sont le résultat des infiltrations , des suintemens d’eau chargée de substances terreuses. A mesure que l’eau s’évapore elle abandonne une partie de la substance qu’elle tenait en dissolution , et celle-ci s’amasse en couches très-minces à l’endroit du suintement : ce n’est d’abord qu’une goutte qui insensiblement s’allonge et finit par former des colonnes cristallines qui décorent majestueusement l’intérieur des cavernes.

Stalagmites : des productions semblables aux pré-

cédentes , mais qui s’élèvent du sol sur lequel tombe l’eau d'infiltration, , et finissent souvent par se réunir.

Stratifiée (straliforme) : le résultat de la superposition d’un certain nombre de couches.

Striée : lorsque les surfaces sont chargées d’incrustations linéaires dans le sens de leur longueur.

Testacée : la réunion de petits cristaux aplatis superposés comme tes tuiles sur un toit.

T uberculeuse : lorsque la surface est parsemée de petites élévations arrondies.

Xylo'ide : la pseudomorphique où tous les caractères du bois sont si bien conservés que l’on se méprendrait facilement sur la nature de la substance. • V .* ”

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Quoique la dureté ne fournisse pas toujours un caractère identique , à causerde l’élasticité plus ou moins grande dont peuvent jouir certaines parties du minéral soumis au choc qui , par là , se trouve amorti, ou à la pression dont l’effet devient insensible, on peut néanmoins lui faire accorder assez de confiance lorsqu’on choisit pour le faire ressortir, des échantillons bien purs et bien cristallisés. Le moyen le moins équivoque est de choisir un point anguleux et de l’appuyer successivement sur des plans de quarz , de verre , de chaux carbonatée , de chaux fluatée , de chaux sulfatée , de mica , etc. , MINER. •- . a <

en cherchant à les entamer , à les rayer. On répète ensuite l’épreuve sur le minéral lui-même , c’est-à-diré , que l’on cherche à entamer l’une de ses faces avec un angle de mica, de chaux sulfatée, de chaux carbonatée, de verre, de quarz, une pointe d’acier trempé , etc. r etc. Il est encore d’autres moyens plus expéditifs, mais moins exacts de constater la dureté des minéraux : c’est l’emploi du briquet , du marteau, de la limes, etc. , etc.

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