ÉTUDE DES CRISTAUX. — CAUSES DES VARIATIONS
ehlorhydrique, on obtient les facettes qui conduisent à l'icosaèdre. L acide borique détermine la formation de cristaux cubiques; quelques gouttes de carbonate de potasse ou d ammoniaque, ou même un carbonate en poudre agité dans la liqueur, produisent le même résultat. Une solution saturée à 100° ne produit que des cristaux octaèdres; mais, saturée en vase clos à des températures plus élevées, elle donne lieu en refroidissant à des dodécaèdres rhomboïdaux et à des trapézoèdres. On peut donc obtenir de l'alun sous des formes très-variées, qui tiennent entièrement aux circonstances dans lesquelles ce corps a cristallisé. Tous les autres sels présentent de môme des modifications diverses quand on fait convenablement varier la nature du liquide et la température.
Circonstances analogues dans les minéraux. — Les cristaux naturels présentent des Tarialions qui semblent indiquer des circonstances analogues à celles que nous venons de citer. En effet, les formes d'un même minéral sont différentes suivant la nature des substances qui raccompagnent; et par conséquent avec lesquelles il a cristallisé, à tel point, que depuis longtemps les minéralogistes reconnaissent les localités de certains minéraux par les formes seules qu'ils présentent. C'est ainsi qu'ils distinguent le calcaire cristallisé du &arz de celui du Derbyshire, les cristaux de cette substance qui proviennent des montagnes calcaires de ceux des filons ou des différents gîtes métallifères, le minerai de fer cristallisé de Fîle d'Elbe de celui de Framont dans les Vosges, l'aragonite des mines de fer de celle des argiles salifères, etc.
g 48. dumsement de système. — Le dimorphisme paraît tenir également aux circonstances dans lesquelles se fait la cristallisation. Ainsi le soufre dissous dans le carbure de soufre donne, par levaporation, des cristaux en octaèdre rhomboïdal droit; mais le soufre fondu cristallise, par refroidissement, dans le système prismatique oblique. Le cuivre précipité d une solution saline sur une lame de fer offre des cristaux du système cubique, et le cuivre fondu cristallise dans le Système rectangulaire. Le sel commun, qui dans l'eau cristallise en cube, m'a paru donner, par la fusion, des octaèdres rhomboïdaux; mais la masse se remplit bientôt de fissures parallèles aux faces du cube. Le carbonate de chaux paraît cristalliser en rhomboèdre dans l'eau froide, et en prisme rhomboïdal (cas de l'aragonite) dans les eaux chaudes. Des solutions saturées de certains sels peu cristallisables, dans lesquelles on en fait ensuite dissoudre, un qui cristallise promptement, forcent ce dernier à prendre les formes qui conviennent à l'autre. 11 est à remarquer que, sous les formes extraordinaires qu'une
substance est ainsi susceptible d'admettre, l'arrangement ne se trouve pas à un état d'équilibre stable; ainsi les sels qu'on a forcés de cristalliser sous une forme qu'ils ne prennent pas ordinairement, tombent promptement en poussière; les matières fondues qui n'ont pas un très-haut degré de cohésion se remplissent bientôt de fissures, qui indiquent un changement intérieur de cristal-r lisation, ce qu'on remarque dans le sel commun et le -soufre fondus. L'aragonite ne résiste pas à la chaleur rouge, comme le spath d'Islande, car à peine est-elle chauffée, qu'elle se boursoufle et se désagrégé. Il suffit souvent d'une faible élévation de température pour changer toute la structure intérieure d'uu corps, sans même qu'aucune variation se manifeste au dehors, ce qu'on remarque, par exemple, en chauffant des cristaux de sulfate de zinc, etc. On ne s'aperçoit de ces changements que par des fissures régulières intérieures, ou par les variations des propriétés optiques.
§ 49. Observation» »ur riaemorphisnie. — L'isomorphisme a souvent aussi quelque chose qui tient aux circonstances extérieures : c'est ce qui a lieu dans les sels qui renferment de l'eau dans leur composition. La quantité de ce liquide varie en général suivant la température à laquelle la cristallisation se fait, et une quantité déterminée se combine pour un sel à une température fixe, et pour un autre à une température différente. Or il n'y a isomorphisme que pour des compositions identiques; par conséquent deux sels hydratés sont ou ne sont pas isomorphes, suivant qu'ils ont cristallisé ou non à la température qui convient à chacun d'eux. l a présence d'un autre sel dans la solution facilite souvent la combinaison de l'eau dans des proportions déterminées : c'est ainsi que le sulfate de cuivre, lorsque la solution renferme du sulfaje de fer, prend la forme de ce dernier, et par conséquent une quantité d'eau différente de celle qu'il contient ordinairement.
g 50. Groupe* divers. — Les cristaux sont quelquefois isolés, mais le plus souvent ils sont groupés entre eux de diverses manières, tantôt régulièrement, tantôt au hasard .
Les groupes sont réguliers toutes les fois que les cristaux se réunissent par leurs faces homologues : il en résulte des cristaux plus volumineux, tantôt de même forme que les petits cristaux composants, tantôt complètement différents. C'est ainsi que de petits cristaux cubiques, scalénoèdres, prismatiques pyramidés, etc., constituent de gros cristaux de même espèce, fig. 247 à 240, ou bien des
CHsèaux groupés.
cristaux très-différents, fig. 250 â 252. La plupart des gros cristaux montrent clairement qu'ils sont ainsi formas; souvent une de leurs parties est parfaitement nette, tandis que l'autre présente l'échafaudage grossier qui les compose.
de priMMM rhtiiMMMis. — Les prismes à bases très-sujets à se grouper, et produisent, dans quelques substances (aragonite, céruse), des cristaux composés très-remarquables.
i° Deux prismes se réunissent par les arêtes latérales, fig. 255, et l'intervalle se remplit par des demi-prismes de la même espèce, d'où résulte un groupe hexagone qui a deux angles opposés a d'une espèce, et quatre angles h d'une autre.
2* Deux prismes s'accolent par les faces, fig. 254, et l'intervalle se remplit par un prisme dérivé du premier, d'où résulte un autre prisme hexagone qui a quatre angles a de l'espèce précédente, et deux angles c d'une autre espèce.
Quelquefois l'intervalle se remplit de petits cristaux de même espèce qui viennent se presser sur une ligne moyenne, et laissent entre eux un angle rentrant d, fig. 255; d'où résulte un prisme qui a deux angles de l'espèce a, et trois de l'espèce c.
5* Il arrive souvent aussi que les prismes se réunissent d'une manière encore plus compliquée, comme fig. 256 , où Ton voit deux des groupes fig.
254, et quatre cristaux en dehors qui laissent entre eux des intervalles remplis par des prismes dérivés. Le prisme résultant a quatre angles de l'espèce a et deux de l'espèce c. Quelquefois ce sont les groupes, fig. 255, qui se réunissent, et l'ensemble, fig. 257, présente deux angles rentrants.
4' Autour du groupe précédent il se réunit souvent encore des
cristaux, soit d'un seul côté, fig. 258, soit des deux à la fois, 258. 259. fig. 259; dans l'un et l'autre cas l'ensemble prismatique offre des angles rentrants. Il se fait enfin des groupements tellement compliqués, qu'on ne peut plus les décrire.
Dans ces divërs cas les prismes réunis sont . tantôt simples à leurs sommets, tantôt modifiés dè diverses manières. Dans le premier cas, les groupes résultant ont des bases ^ssez nettement terminées, quoique striées dans différents sens. Dans le second, les modifications des prismes élémentaires se dessinent en creux et en relief sur les bases du groupe, fig. 200.
5° Les prismes élémentaires qui se réunissent sont quelquefois modifiés profondément sur les arêtes latérales; il en résulte la configuration fig. 261 , si tous les prismes ont la même étendue, on fig. 26£, si trois d'entre eux restent très-petits. Lorsque les prismés sont modifiés à leurs sommets , il en résulte une sorte de carcasse de prisme pyramidé, fig. 265.
6° Les prismes rhomboïdaux se réunissent quelquefois aussi par les modifications de leurs sommets ; c'est ainsi que dans la slaarotide, fig. 264 ou 205, il s'en réunit quatre pour former une croix rectangulaire. Il en est de même dans les prismes carrés ou rectangulaires. / g 52. Groupe* d'octaèdre». — Les octaèdres» en se réunissant, produisent aussi des groupes de divers genres : par exemple, certains octaèdres, déformés par l'élargissement de quelques-unes de leurs
Q A ?\ faces, fig. 266, pourraient produire un / \/ \ groupe complet, fig. 267, présentant Vy'jy une double pyramide pentagonale, nJL/ creusée au sommet, et avec des angles rentrants sur ses angles latéraux.
Cette pyramide n'est complète et régulièré que dans le cas où les
ÉTUDE DES CniSTAUX. - GROUPEMENTS.
faces par lesquelles les octaèdres se groupent sont inclinées entre elles de 72° : pour des angles plus petits, jusqu'à 60°, il reste un vide qui se remplit irrégulièrement; pour des angles plus grands, il ne peut se réunir que quatre cristaux, qui laissent un vide entre eux tant qu'ils n'atteignent pas l'inclinaison de 90°.
Transposition t hémitropie.
§ 53. Béfiaitim. — Il y a des groupements qui se font entre deux cristaux avec des circonstances particulières; les choses se passent comme si un cristal unique avait été coupé en deux, et qu'une moitié eût fait un sixième de révolution, ou môme une demi-révolution sur l'autre : c'est ce qu'on nomme transposition pour le premier cas, et hémitropie (moitié de révolution) pour le second. Ces sortes de groupements prennent fréquemment le nom de maclesy qu'on donne souvent aussi aux groupes précédents.
§ 54. Groupe d'octaèdre». — Lorsqu'on réunit deux octaèdres réguliers comme fig. 268, les faces de l'un étant parallèles à celles de l'autre, les sommets débordent en saillie. On a plus de régularité en les réunissant de manière que les arêtes de même espèce coïncident entre elles, fig. 269, et seulement alors les faces ne sont plus parallèles. Or, dans ce cas> l'un des solides a tourné sur l'autre de 60°, ou un sixième de circonférence, et il y a transposition.
C'est ce dernier mode de groupement qui est adopté par la nature; mais il arrive que les solides ne conservent pas les proportions régulières de leurs faces, et que le plan de jonction s'élargit considérablement*. Le groupe se présente alors commV.
fig. 271 , et les choses se passent comme si le cristal fig. 272 avait été coupé, entre deux faces opposées, par un plan parallèle, abedy et qu'une moitié eût tourné sur l'autre.
* Celte «tension tient à l'accroissement qui se fait après la première réunion des 270. tleux petits solides. Par exemple, si deux pelils cristaux a et
b t fig. 270, se réunissent par le sommet, ils ne se loucheront que par un point; mnis, si le groupe s'accroît ensuite par des couches qui l'enveloppent de toutes parts, le plan de jonction s'étendra successivement, et l'ensemble prendra une figure où Ton ne monnaUrn bientôt plus les formes composantes.
§ 55. Groupes de rhomboèdres et de acalénoèdres. — Dans tous lês systèmes de cristallisation, on trouve diverses sortes de groupements analogues, mais les rhomboèdres, les sealénoèdres, etc., en offrent de particuliers.
Ils se réunissent souvent deux â deux par des plans perpendiculaires à Taxe, fïg. 273, 274; et, les plans de jonction étant Irès- é tendus, les groupes se pré- , sentent comme fig. 2T5, 276. Leschoses se passent alors comme si les solides complets, fig. 277, 278, avaient été coupés par un plan abcd, perpendiculaire à Taxe, et qu'une des parties eût tourné d'un sixième de circonférence sur l'autre.
Lorsque les réunions se font par des plans obliques ou parallèles à l'axe, il y a demi-révolution. Ainsi, les prismes obliques, les rhomboèdres, réunis par leurs faces, ou par des faces produites sur les arêtes, donnent des groupes fig. 279, 280, où, par suite de l'extension du plan de jonction, les choses se passent comme si les solides, fig. 281 et 282, avaient été coupés par les plans abc t et qu'une moitié eût fait une demi-révolution sur l'autre.
§ 56. Groupes de prismes. — Les prismes divers se groupent souvent aussi en sens inverse, par exemple, fig. 283; mais, par suite de l'extension du plan de jonction, le groupe se présente comme fig. 284, et les choses se passent comme si un cristal , fig. 285, avait été coupé par un plan abcd , et qu'une moitié eût fait une demi-révolution sur l'autre. C'est la même chose dans le groupe fig. 286, qui provient du solide fig. 287.