DE QUELQUES MÉTAUX NATIFS
§ 461. Peu de corps simples se trouvent à l'état natif dans la nature, § 128; maib parmi eux il en est quelques-uns qui, pour ainsi dire , ne se rencontrent jamais autrement : tels sont surtout le platine et l'or, dont l'histoire présente d'ailleurs un intérêt général.
§ 162. Caractère». — Le platine est un métal malléable, dont la couleur, à l'état de pureté, se trouve entre le blanc d'argent et le gris de plomb. C'est le plus lourd des corps connus, son poids spécifique allant jusqu'à 22,069 lorsqu'il a été travaillé ; mais c'est aussi le plus inaltérable, complètement infusible au feu le.plus violent de nos fourneaux, inattaquable par la plupart des agents chimiques', et ne pouvant être dissous que par l'eau régale. .
État naturel et «faenteat. — Le platine n'a pas été trouvé jusqu'ici dans des gisements qu'on puisse regarder comme originaires; on en a reconnu seulement des indices dans des filons aurifères qui traversent des roches de fusion, comme à Antioquia en Colombie, ou dans des schistes micacés qui passent au grès par leur partie supérieure, comme dans les montagnes d'Itacolumî, province de Minas-Geraès, au Brésil; on l'a vu enfin à Bornéo en petits feuillets dans des fragments de quartz détachés des roches anciennes. Son gîte spécial actuel est dans des çlépôts fragmentaires •ou arénacés qui se lient plus, ou moins intimement à des terrains •de cristallisation dioritiques ou serpentineux*, des débris desquels
* On distingue en général deux sortes de ter/ains : les terrains de cristallisation, qui comprennent les matières 4e fusion et les dépôts modifiés par leur présence, et les terrains de sédiment (voyez Géologie). Les premiers n'offrent généralement ni cailloux roulés ni débris organiques, et les matières qu'ils présentent ont presque toujours uu caractère cristallin : tout concourt à démontrer qu'ils ont été produits par le feu, ou du moins modifiés profondément par cet agent. Les seconds, formés évi-
Platine.
jéétaux Natifs.
ils sont formés; il s'y trouve disséminé eu paillettes, en grains* rarement en rognons, ou pépites, d'un certain volume, dans des matières terreuses ou sableuses qui réunissent tous ces fragments, il y est accompagné d or au même état, et de diamants.
Ce métal a été découvert dans l'Amérique méridionale en 1741 ; il s'y trouve en grande quantité au Brésil, dans les provinces de Minas-Geraës etde Matto-Grosso, et en Colombie dans les provinces de Chooo et de Barbacoas. Il existe aussi dans les dépôts aurifères et diamantifères* de Bornéo, qui consistent en matière argileuse remplie de fragments de quar z, et liée à des roches de serpentine, d euphotide et de diorite. Ou Ta trouvé en 1824, sur la pente orientale des monts Ourals, dans des circonstances tout é fait analogues à celles que nous venons de citer.
On extrait le platine des matières terreuses et sableuses, dans lesquelles il se trouve, par des lavages qui enlèvent les parties les plus légères. On soumet le résidu à l'amalgamation pour retirer lor, et le reste forme ce qu'on nomme le minerai de platine, qui se présente au Brésil en petites paillettes d'un éclat argentin, et en Sibérie en grosgrains irréguliers, souvent comme scoriacés, d'un gris noirâtre et peu éclatants.
§ 163. Métaux naéiamcés. — Le platine, dans ces gisements, est généralement mélangé ou, même allié à diverses matières, notamment avec les métaux nommés palladium, rhodium, iridium, et une substance métalloïde, Y osmium.
Le Palladium est quelquefois en grains isolés avec le platine; c'est un métal blanc, malléable, infusible, mais attaquable par l'acide nitrique, qui eu forme une solution rouge.
Le Rhodium est allié au platine; mais, inattaquable même par
déminent sous les eaux, présentent au contraire des cailloux et des sables roulés, et un grand nombre de débris organiques : on y dislingue plusieurs étages bien caractérisés par diverses circonstances.
Les diverses matières minérales forment dans ces terrains des couches, des amas et des liions, pu bien s*y trouvent disséminées. *
Une couchfesi un dépôt, horizontal ou incliné, qui présente deux faces parallèles, et qui peut s'étendre indéfiniment, n'étant borné que par les escarpements des montagnes.
Un amas est un dépôt limité en tout sens par les matières environnantes, soit sous trois dimensions à peu près égales, soit étendu sous la forme lenticulaire entre deux couches. Les rognons \g 63, 65) sont en quelque sorte des amas en petit.
Un filon est un dépôt en forme de coin, quelquefois ramifié, qui donne toujours, l'idée d'une fente remplie, traversant obliquement les couches, les amas, les montagnes, et qui présente tantôt une seule matière, tantôt une réunion de matières diverses, pierreuses ou métalli ères. Les très-petits liions prennent le nom de veines, mais les veines ne sont pas toujours des fentes remplies.
l'eau régale, il reste sous forme de poussière grise après Faction de cet agent. Cette poussière peut être agglomérée en masse métallique très-cassante.
L'Iridium est combiné avec l'osmium sous la forme de petits grains métalliques ou de lames hexagones, plus éclatants que les grains de platine, et que dès lors on en distingue assez facilement. Là combinaison est inattaquable par tous les acides. L'iridium pur estda s le môme cas et ne s'obtient qu'en agrégeant la poussière, qui forme alors une masse grisâtre extrêmement aigre.
§ 464. Préparation et usage du platine. — Par suite de l'infusibilitédu platine et de l'inaltérabilité des matières mélangées, ce métal ne peut être préparé comme les autres. On attaque la mine de platine par l'eau régale^ et on précipite par le chlorhydrate d'ammoniaque. Ce précipité calciné produit ce qu'on nomme le platine en éponge : on broie cette matière, on la réduit en poudre fine qui puisse former une boue avec l'eau, et on place eette boue dans un moule, où on la comprime graduellement, jusqu'à en rapprocher enfin les particules autant qu'il est possible. Cetle première opération donne un gâteau assez solide, que l'on chauffe fortement, et qu'on martelle rapidement sur une enclume pour en rapprocher de nouveau les parties. Après cette opération , la masse peut être forgée comme le fer, puis laminée, étirée en fil, etc.
Le minerai de platine, qu'on rejetait autrefois comme inutile, dont on redoutait même l'introduction, dans la crainte qu'on ne s'en servît pour falsifier l'or, est aujourd'hui exploité avec soin, et par cela même moins coûteux ; mais la longueur et la difficulté des opérations auxquelles il faut le soumettre rendent encore ce métal assez cher. Cependant, son inaltérabilité le rendant très-propre à une foule d'usages, on l'emploie dans beaucoup de circonstances ^ on en fait des chaudières, des alambics, fort utiles dans les fabriques de produits chimiques, des creusets, des tubes et des capsules pour des laboratoires. On a essayé de l'employer en bijouterie, mais son poids, son peu d'éclat, sa couleur peu avantageuse, l'ont fait abandonner. On en fait en Russie des pièces de monnaie; on l'applique sur porcelaine, surtout en couverte totale, qui donne alors l'apparence de l'argenterie.
Faisons observer que l'inaltérabilité du platine n'est pas abso* lue ; la potasse et la soude, les nitrates de ces bases, altèrent ce métal à la chaleur rouge; le plomb fondu et beaucoup d'autres métaux, le phosphore, ne peuvent être introduits dans les vases de platine, qu'ils perforent en quelques instants.