GROUPE DES SULFURIDES. — SULFURES
appartiennent aux systèmes prismatiques droits ou obliques, ou ne manifestent aucune trace de cristallisation.
Gisement ; importance. — U plupart des sulfures forment des filons, ou des amas, dans les terrains de cristallisation : quelquefois aussi dans les terrains de sédiment, et surtout dans les points où ceux-ci avoisinent les premiers. Il en est un grand nombre qui sont très-importants, parce qu'ils offrent les minerais dont on extrait les métaux les plus utiles, argent, plomb, cuivre, zinc, mercure, antimoine, etc. Ce sont ceux qui nous occuperont spécialement.
Hydrogène sulfuré.
§ 208. Corps gazeux, incolore, d'une odetir d'œuf pourri; soluble dans Peau, â laquelle il communique la même odeur. Combustible au contact d'un corps enflammé, et se convertissant alors en eau et en acide sulfureux.
Cette matière se dégage fréquemment, à l'état gazeux, dans les phénomènes volcaniques, et aussi par les crevasses du sol lors des tremblements de terre. Mais c est principalement en solution dans l'eau quelle se trouve en un grand nombre de lieux, où elle constitue les eaux minérales hépatiques ou sulfureuses. Telles sont les eaux de Baréges, de Bagnères, etc., dans les Pyrénées; de Bourbon- TArchambault dans l'Allier, de Greoulx (Basses-Alpes), d'hnghien près Paris, ou les boues de Saint-Amand près de Valenciennes, etc. Ces eaux sont administrées avec avantage dans certaines maladies, et principalement à l'extérieur. On les rend plus faibles pour l'intérieur.
Ce gaz est quelquefois condensé dans les pores de certaines matières. Les masses de soufre, par exemple, en dégagent une grande quantité au moment où on les tire du sein de la terre, ainsi que les dépôts terreux dans lesquels elles se trouvent.
Afgyrose. — A rgent sulfuré, mine d'argent.
§ 209. Substance métalloïde, gris d'acier et gris de plomb, peu éclatante, cristallisant dans le système cubique, mais non clivaèJe, légèrement ductile, et se coupant facilement avec un instrument tranchant.
Fusible au chalumeau et réductible sur le charbon en un bouton d'argent métallique; soluble dans l'acide azotique et donnant un précipité d argent sur une lame de cuivre.
Ce minéral, à l'état de pureté, renferme 87 pour 100 d argent.
L'argyrose est quelquefois en cristaux cubiques ou octaèdres* groupés fréquemment en dendrites, .ou bien en filaments droits ou contournés, et en petiles masses mamelonnées.
Cette substance se trouve en filons, en amas plus ou moins riebes dans les terrains de cristallisation, ou dans les terrains de sédiment qui les avoisinent; elle est presque toujours accompagnée de sulfure de plomb, qui fréquemment est la partie dominante. Les dépôts les plus célèbres en Europe sont ceux de Hongrie et de Transylvanie; viennent ensuite les mines de Konsberg en Norvège, de Sala en Suède, des environs de Freyberg en Saxe, de Mansfeld, de la Westphaliè. C'est encore l'Amérique équatorïale qui présente à cet égard les ricbessps les plus considérables : le Mexique et le Pérou offrent des dépôts d'argyrose prodigieux de puissance, de pureté et d'étendue, et qui pourraient fournir des millions de quintaux d'argent, si les bras, l'eau el les combust bles, n'y manquaient. Du reste, presque tous les dépôt* de galène renferment soit du sulfure d'argent, soit de l'argent disséminé qu'on extrait par différents piocédés.
Galène. — Plomb sulfuré, minerai de plomb.
g 210. Caractères. — • Substance mé'alloïde, gris-de-plomb, brillante, cristallisant en cubes et clivable parallèlement aux faces de • ce solide; non ductile, se raclant au lieu de se couper avec un instrument tranchant.
Facilement réductible en plomb métallique sur le charbon; solrble dans l'acide azotique, et donnant alors des lamelles métalliques brillantes, gris-de-plomb, par Faction d'un- barreau de zinc, renfermant 87 pour 100 de plomb à l'état de pureté.
La galène se trouve assez fréquemment cristallisée en cubes, en octaèdres, diversement modifiés; elle se présente aussi sous des formes empruntées au carbonate et au phosphate de plomb, qui, par la décomposition, sont passés à l'état de sulfure, § 70; mais c'est en ma ses lamellaires, à lamelles plus ou moins fines, qu'elle se trouve principalement.
$ 211. Gisement; usage. — Cette substance appartient à tous les terrains; elle se trouve dans les dépôts de cristallisation comme dans les dépôts de sédiment, et elle S'arrête seulement dans la partie moyenne de la série de ces derniers, dans ce qu'on appelle le lias, § i 76, note. Elle forme des filons, des amas et des couches, où elle est presque toujours accompagnée de sulfures de zinc, de différents sels de plomb, de sulfate deJbaryte, de fluor, etc. Quelquefois elle
GROUPE DES SULFUÏUDES, — SULFUBES.
est disséminée par petits nids nombreux dans des matières arénacées. Ailleurs, elle se trouve entièrement mélangée avec des matières siliceuses, ou autres, en particules si fines, qu'il en résulte un tout homogène et compacte.
Les dépôts de galène sont abondants, mais inégalement répartis à la surface de la terre. La France en renferme peu, et nos plus grandes exploitations sont celles de PouUaoen et de Iluelgoat en Bretagne; cependant il s'en trouve encore dans les Vosges, 1 Isère, la Lozère, le Tarn, le Lot, le Cantal et le Puy-de-Dôme. La production du plomb ne suffit pas à nos besoins, et il en entre annuellement pour3 ou 4 millions de l'étranger. C'est l'Angleterre, surtout * le Derbysbire et le Northumberland, qui en fournit le plus : cette contrée produit à elle seule plus de la moitié de ce que donne l'Europe, dont la production annuelle est à peu près de 38 millions de kilogrammes, d'une valeur moyenne de 30 millions de francs.
La galène brute, réduite en poudre, et désignée alors sous le nom d'alquifoux, sert à former le vernis des poteries grossières; elle est réduite, dans l'opération, en litharge qui se fond à la surface de la poterie, et y forme un vernis jaune, qu'on colore aussi en vert, en brun, par des oxydes de cuivre et de manganèse. C'est avee cette même poudre qu'on fait les papiers métallifères dont on couvre* les bottes, les coffrets, etc.
Blende. — Sulfure de zinc, %inc sulfuré.
g 212. Caractère». — Substance non métalloïde, jaunâtre, ou brune; cristallisant dans le système cubique, mais clivable en tétraèdres, en octaèdres ou en dodécaèdres rhomboïdaux.
Infusible au chalumeau, non réductible; solution azotique assez difficile, donnant par l'ammoniaque un précipité blanc qui se redissout par un excès d'. lcali.
Contenant, à l'état de pureté, 67 pour 100 de métal; mais fréquemment combinée avec du protosuifure de fer, qui la colore en brun plus ou moins foncé.
Dans Tes collections, on voit souvent la blende en cristaux té» traèdres et octaèdres diversement modifiés. Les grandes masses quelle forme dans le sain de la terre sont, en général, à structure lamellaire plus ou moins prononcée.
g 215. ttineiiieiitj usage aeiueh — Cette substance forme rarement des gîtes à elle seule; elle se trouve principalement avec la galène» où elle est quelquefois ea quantité considérable. Elle a £té
rejetée pendant longtemps comme inutile; mais aujourd'hui on l'exploite pour en tirer le métal, qu'on emploie lui-même à un grand nombre d'usages, et qui sert à la fabrication du laiton, ou cuivre jaune, alliage de 55 parties de zinc et de 65 de cuivre, éminemment utile dans les arts, et qu'autrefois on préparait unique ment avec la calamine, dont nous parlerons plus tard.
La blende est donc devenue un minéral important, et le deviendra de plus en plus, car l'usage du zinc s'étend journellement. On en prépare peu en France, et il en entre annuellement plus de 4 millions de quintaux, qui proviennent en général de la Belgique. Nous nous sommes seulement affranchis en grande partie de l'importation du laiton, dont la consommation annuelle s'élève à près de 2 millions de kilogrammes. 11 y a beaucoup de choix à faire dans le zinc métallique qu'on emploie, car il y a desdifférencestrès-consi-' dérables de durée. Celui qui renferme du fer, qui le rend toujours ai* gre et cassant, doit être en général rejeté, non-seulement par suite de cet inconvénient, mais encore parce qu'il s'oxyde plus promptement. C'est le zinc pur qui doit être particulièrement recherché.
§ 214. Le sulfure de cadmium est souvent mélangé en très-petite quantité avec la blende. On l'a trouvé en Écosse en petits prismes hexagones réguliers, orangés, dans les- amygdaloïdes de Renfrew, et en petits mamelons dans les mines de Leadhils. Pour l'usage'des laboratoires on tire le cadmium des matières dites cadmics, qui s'amassent dans les cheminées des usines où l'on traite les minerais de zinc, et où ses composés se subliment plus abondamment que ceux de ce dernier métal.
Cinabre. — Mercure sulfuré, vermillon.
g 21 5. Substance non métalloïde, rouge ou brune, à poussière d'un beau rouge r très-pesante, cristallisant dans le système rhomboédrique, clivable en prismes hexagones. Volatile sans résidu dans le tube fermé, et donnant des globules de mercure lorsqu'on Ta préalablement mêlée de carbonate de soude; attaquable par l'eau régale, et précipitant alors du mercure sur une lame de cuivre. Composée de 86 pour 100 de mercure et de 14 de soufre.
Les cristaux de cinabre sont généralement petits et rares; ceux d'Europe présentent toujours des combinaisons de rhomboèdres; ceux de la Chine, plus volumineux, sont en prismes hexagones et clivablessur leurs faces.
On trouve le plus souvent le cinabre en masses granulaires ou compactes; quelquefois à l'état terreux, et colorant les matières
GROUPE DESSULFURIDES. — SULFURES. 181
argileuses ou autres qui l'accompagnent. C'est du cinabre, dont nous avons indiqué les principaux gîtes, g 168, qu'on retire le mercure.
Pyrite etSperkise.— Fer sulfuré, pyrite martiale, marcassile.
§216. Caractère» fédéraux. — Substances métalloïdes jaune d'or ou jaune verdâtre; solution chlorhydrique complète, ne laissant pas surnager de soufre.
Sous la même formule de composition Fe Su*, se présentent ici deux systèmes de cristallisation : le système cubique (dans la pyrite) et le système prismatique rhomboïdal.
1* Dans le système cubique, la couleur est jaune d'or, et l'éclat très-vif; les cristaux très-variés sont souvent en cubes striés sous trois directions, fig. a, fréquemment modifiés par le dodécaèdre pentagonal, fig. b. On trouve souvent aussi ce dodécaèdre complet, lig. c, et Ficosaèdre, fig. d, e; l'un et l'autre modifiés d'un grand nombre de manières, et offrant en général de beaux polyèdres.
aboie
2° Dans le système prismatique, la couleur est d'un jaune verdâtre et terne. La matière se présente en prismes rhomboïdaux, diversement modifiés, fig. f, g, li, ou en octaèdres, fig. i, k, l, modifiés d'un grand nombre de manières. Les groupements sont aussi très-remarquables dans cette espèce, où se trouvent les réunions d'octaèdres déformés dont nous avons parlé, § 5*2, fig. 2€»6.
Le sulfure cubique se conserve en général très-bien; mais le sulfure prismatique se décompose avec la plus grande facilité, et ne peut être gardé longtemps dans les collections; il se fendille d abord, puis se gonfle, et se réduit en sulfate de fer. C'est cette variété qu'on nomme pyrite blanche, fer sulfuré blanc et sperkhe-
IUNÉRALOGTE.
Outre les formes cristallines, les sulfures de fer, et principalement le second, se présentent en groupements dehdritiques, en boules couvertes de cristaux à la surface, en masses mamelonnées, en stalactites et sous des formes empruntées aux coquilles, principalement aux ammonites, sous la forme de bois, etc. On les trouve aussi en petites masses fibreuses et compactes.
Fréquemment les sulfures de fer ont été décomposés dans la nature sans perdre les formes sous lesquelles les matières s'étaient primitivement agrégées; leurs cristaux, leurs pseudomorphoses, se trouvent alors convertis en bydrate de peroxyde a*e fer,
§ 217. Gisement et usage». — Les sulfures de fer sont abondants à la surface du globe; ils sont disséminés partout, en cristaux, en nids, en rognons, en boules, en petits amas, en veines, dans les roches cristallines comme dans les dépôts de sédiment, et, dans tous les gîtes métallifères, où ils offrent.en général de belles, cristallisations; on peut dire, sans trop généraliser le fait, que le sulfure prismatique appartient plus que l'autre aux terrains de sédiment. .C'est à la pyrite que se rapportent le plus souvent les prétendues découvertes d'or dont le peuple se berce quelquefois.
Dans les lieux où les pyrites sont abondantes, on les rassemble pour la fabrication du sulfate de fer et de l'alun, en aidant quelquefois à la décomposition par un grillage préalable, surtout pour l'espèce non altérable à l'air. On s en est aussi servi pour en retirer le soufre par une sorte de distillation en vase clos. Lorsqu'elles sont aurifères, comme à Macugnaga en Piémont, autour de Freyberg en Saxe, à Bérézof en Sibérie, on les exploite pour en tirer l'or, soit par le lavage, soit par amalgamation.
Autrefois on travaillait l'espèce non altérable, et, sous le nom de marcassile, on en faisait des boutons, des plaques d'ornements à facettes, qui produisaient un assez bel effet à la lumière. Les bijoux d'acier ont détruit cette industrie. On en a trouvé des plaques polies dans les tombeaux des anciens Péruviens, et l'on a supposé qu elles leurs servaient de miroirs; de là le nom de miroir des Incas. A l'invention des armes à feu, on a employé le sulfure de fer au lieu de pierre à fusil dont on s'est ensuite servi; de là les noms de pyrite et de pierre d'arquebuse.
§'218. Leberkisê.— llya une autre espèce de sulfure de fer fort distincte des précédentes par tous ses caractères. Elle est magnétique (de là le nom de pyrite magnétique), brun-de-foie, d'où est venu le nom allemand de leberkies, avec éclat métallique. EHe se trouve cristallisée en prismes hexagones qu'on regarde comme réguliers. Elle laisse surnager du soufre par la solution dans l'a-