XX. COLONIES, PROXÊNES, AMPHICTYONS
83. Fondation d'une colonie. — La pression d'ennemis extérieurs, l'excès de la population, les discordes intestines, enfin l'esprit d'entreprise et d'autres causes toujours agissantes, inspirèrent de très bonne heure aux Grecs l'idée d'envoyer des colonies dans des pays éloignés. Ces colonies, comme l'a remarqué Cicéron, furent presque toujours établies sur le bord de la mer. Les colons étaient recrutés de diverses manières. Quelquefois c'était une faction entière qui émigrait; d'autres fois, l'État lançait une proclamation faisant appel à ceux qui désiraient émigrer; parfois aussi on désignait par le sort un. membre de chaque famille et on l'obligeait à s'expatrier; parfois enfin, comme cela arriva pour Thurii en 443 av. J.-C, plusieurs cités associaient leurs émi-
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grants. Tout d'abord, on consultait l'oracle de Delphes sur l'emplacement de la future colonie. Puis on faisait choix d'un otxtCTxriç, qui recevait pleins pouvoirs pour fixer les limites et la constitution de la colonie. Celui-ci, arrivé sur les lieux, désignait des yewvôiJLot, qui procédaient à la division du sol ; une part était réservée aux dieux, le reste était distribué également entre les immigrants. L'olxtaxiiç promulgait les lois de la cité nouvelle et, après sa mort, il était l'objet d'un culte comme héros local.
84. Relations des colonies avec la métropole. — Les colons, en quittant la mère patrie, emportaient avec eux du feu de son foyer principal {upuxaveïov), avec lequel ils allumaient le foyer nouveau. Ils conservaient le culte des divinités de la" métropole; souvent ils rendaient des honneurs particuliers à Apollon, l'àpxriYCTyiç dont l'oracle avait éclairé leur migration, et ils adoptaient quelques-uns des dieux du pays où ils venaient de s'établir. La constitution politique d'une colonie était, dans son ensemble, copiée sur celle de la métropole. De là, entre les deux villes, les liens d'une piété naturelle et comme d'une affection familiale. La colonie envoyait des représentants et des offrandes aux fêtes de la métropole et choisissait parmi les citoyens de celle-ci Volxiaxii de toute nouvelle colonie qu'elle pouvait fonder à son tour. Les colons venaient au secours de la métropole aux heures de détresse et s'attendaient aussi à être secourus par elle. Colonies et métropoles s'efforçaient toujours d'aplanir, sans recourir aux armes, les différends qui survenaient entre elles ; des disputes comme celle qui éclata entre Corcyre et Corinthe étaient rares, et l'opinion publique les appréciait sévèrement.
85. Clérouquies. — Les xXrjpouxlai athéniennes différaient des colonies en ce que les émigrés restaient citoyens athéniens et n'avaient pas une complète indépendance. Des clérouquies furent envoyées, au vi® et au v^ siècle, dans certaines îles de la mer Egée et de la côte de Thrace, tantôt pour occu-
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per un pays conquis, taïuût pour tenir en échec certains membres récalcitrants de la ligue athénienne, tantôt enfin pour diminuer le nombre des pauvres et augmenter celui des citoyens des trois premières classes qui devaient servir comme hoplites (cf. p. 119). On obtenait des terres soit par conquête, soit par une sorte de contrat : le tribut d'une île était réduit, à la condition qu'elle reçût tant de clérouques. Une fois le territoire désigné, il était divisé en trois parts, l'une pour les dieux, l'autre pour les Athéniens qui l'affermaient, la troisième pour les colons. Ceux-ci restaient citoyens d'Athènes, étaient soumis aux taxes et au service militaire et figuraient dans les registres des dèmes comme s'ils habitaient l'Attique. Ils envoyaient aussi des représentants aux grandes Dionysies et aux Panathénées. Les clérouques avaient une ecclesia et d'autres institutions modelées sur celles d'Athènes ; cependant leur autonomie n'était pas complète. Certaines affaires judiciaires étaient réservées aux tribunaux de la métropole et ils étaient surveillés par un è-Kiiieirixrii; athénien, investi d'attributions assez étendues.
35bis^ Proxènes. — On appelait ainsi des personnages qui exerçaient des fonctions analogues- à celles de nos consuls. Les proxènes étaient nommés dans un État étranger par un État qui entretenait avec Te premier des relations politiques ou commerciales suivies. Le devoir du proxène était de donner l'assistance nécessaire aux ambassadeurs, négociants et autres citoyens de l'État dont il était Vami officiel. En échange de ces services, il recevait le titre d'eùepyéxyiç (bien,' faiteur) et différents privilèges. A Athènes, il était admis devant XduBoulé et VEcclesia, occupait une place d'honneur dans les spectacles et était autorisé à posséder des biens-fonds. La charge de proxène était généralement héréditaire ; elle était momentanément suspendue lorsque l'État qui avait accrédité le proxène était en guerre avec celui dont le proxène était citoyen.