RÔLE DE L'ÉGLISE
(768-814], l'Europe occidentale fut agitée par des tempêtes presque continuelles où le souvenir même de la littérature latine faillit sombrer.
Ce qui a survécu de cette littérature doit son salut à l'Église chrétienne, le seul pouvoir qui fût resté debout dans celte période de -bouleversements et de ruines. Saint Benoît (480-543), voyant que l'oisiveté était la plaie de la vie monastique, fonda au Mont-Gassin, près de Naples, une abbaye modèle, où le travail journalier était de règle. La lecture et l'écriture étant recommandées aux moines bénédictins comme des préservatifs contre les pensées mauvaises, l'exercice mécanique consistant à copier des manuscrits était une de leurs occupations ordinaires. Cette utile pratique ne fut point prescrite par saint Benoît lui-même; l'honneur en est généralement attribué à Gassiodore qui,' vers 540 ap. J.-G., fonda deux monastères en Galabre. D'autres abbayes, comme celles de Saint-Golomban à Bobbio, près de Gênes, et de Saint- Gall en Suisse, adoptèrent la même règle, mais c'est surtout dans les couvents bénédictins qu'elle fut appliquée. Les très nombreuses maisons que cet ordre possédait dans l'Europe occidentale, y compris la Grande-Bretagne et l'Irlande, contenaient un scriplorium ou chambre des copistes, où des moines s'occupaient à' reproduire avec soin des manuscrits latins, même à une époque où ils n'étaient plus guère en état de les comprendre. G'est dans ces scripioria que se développèrent les diverses variétés de cursive latine qui ont été mentionnées plus haut (p. 13).
17. Renaissance de l'érudition latine. — Gharlemagne (782-8 14)^ qui savait lire mais non pas écrire, comprit la nécessité de^créer des écoles, mais il dut aller fort loin pour trouver des maîtres. La Grande-Bretagne et l'Irlande étaient, à cette époque, les contrées où la science s'était le mieux maintenue au milieu de la barbarie générale : ce fut Alcuin de York qui, sur l'invitation de Gharlemagne, devint son