CONJECTURES SUR LES AUTEURS MODERNES
credis curare sepuUos. Au lieu d'amnes, qui est absurde, le sens comporterait mânes ou animos^ mais la première leçon est évidemment la meilleure, parce qu'elle est plus voisine à'amnes.
La critique conjecturale n'est pas seulement de mise quand il s'agit d'éditer les auteurs grecs et latins : elle trouve aussi des applications nombreuses dans la revision de textes plus récents. Ceux de Dante et de Shakespeare, notamment, lui doivent beaucoup ; on a fait aussi de belles corrections sur les poésies d'André Ghénier. Les premiers éditeurs de ce poète avaient imprimé ainsi les quatre vers suivants :
Quand au mouton bêlant la sombre boucherie
Ouvre ses cavernes de mort, Pauvres chiens et moutons, toute la bergerie
Ne sHvforme plus de son sort.
Un illustre helléniste, M. Henri Weil, reconnut que le troisième vers était altéré et qu'il fallait lire :
Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie...
hypothèse qui a été brillamment confirmée lorsque M. Gabriel de Ghénier a réédité ce fragment d'après le manuscrit original.
Toutes les éditions du Traité de la concupiscence de Bossuet portent ces mots : « On en voit qui passent leur vie à rendre agréables des choses non seulement inutiles, mais encore dangereuses, comme de chanter un amour feint ou agréable. » (Édit. Vives, t. VIT, p. 449.) Je me suis aperçu qu'il y avait là une dittographie, q"ue le mot agréable avait été répété par erreur et qu'il fallait lire : « comme de chanter un amour feint ou véritable ».
MINRIWA.