P. BÉLANGER, J. P
(Vraie copie)
C’est du jour où les Messieurs Poulin découvrirent leur riche claim que date cette fièvre de l'or qui envahit tout le monde en ce temps-là. Des centaines de personnes accourues des Etats-Unis et de l’Europe, se ruèrent alors sur les bords de la Gilbert, et des profits immenses furent réalisés, dans un court espace de temps, sur les lots numéros 16, 17, 18, 19, 20 et 21 de la concession “ De Léry.”
Un géologue français, M. A. Michel, chargé de faire des observations minéralogiques sur les lieux occupés par les mineurs d'alors, et sur toute la division aurifère de la Chaudière, faisait en 1866 à Sir W. E. Logan le 5e suivant :
— là — É
“Quand on considère que l'existence de l’or d’alluvion ‘ sur toute l'étendue du Bas-Canada a été parfaitement ‘ démontrée, que de riches dépôts ont été constatés sur “les rivières Chaudière, Guillaume ou Des Plantes, “ Touffe de Pins ou Gilbert, Famine ou Du Loup, on ‘“ peut raisonnablement supposer, surtout quand on ‘ songe combien restreintes ont été les recherches, qu'il ‘ existe dans d’autres localités des dépôts aussi riches “ que ceux de la Chaudière. La question est de savoir ‘“ si ces riches dépôts sont seulement distribués dans les ‘“ lits des rivières, sur leurs rives et leurs bas-fonds. Il ‘est bien connu que dans les Andes de l'Amérique ‘ équatoriale et en Californie l'or d’alluvion a été ‘exploité avec succès dans les flancs des montagnes, ‘“ sur les plateaux élevés, tandis qu’en Australie le pré- “ cieux métal abonde dans les vallées comme dans les ‘ cours d’eau actuels. Il y a un vaste champ d’ouvert ‘ à l'exploration dans le Bas-Canada, où jusqu’à présent “la recherche de l'or n’a été faite qu'avec de petits ‘ capitaux, par des particuliers. Le résultat a été que ‘ les travailleurs ont été découragés par les difficultés “et les obstacles qu’ils ont rencontrés, et ils n’ont ‘“ cherché l’or que dans les lieux où il était facile de “ l'obtenir sans beaucoup de frais. Néanmoins les résul- ‘{ tats des essais faits en 1851 et 1852 sur la rivière Du ‘ Loup, près de sa jonction avec la Chaudière, ainsi que “ ceux obtenus par M. le Dr J. Douglass sur les rivières ‘ Des Plantes et Gilbert, autoriseraient des essais sur “une vaste échelle. Ces essais requerraient, il est “ vrai, des travaux préparatoires très dispendieux.
“ Jusqu'aujourd’hui aucune entreprise importante n'a “ été faite pour mettre en pratique le procédé hydrau- “ lique si puissant, si économique et si clairement décrit “et si judicieusement recommandé dans le rapport “ géologique pour 1868.
En offrant, ces considérations générales comme pré- “ liminaires aux détails que j'ai à vous exposer relati- “ vement à l’état actuel des choses dans la région aurifère que vous m'avez chargé d'examiner, je dois vous “ dire que je suis animé du même esprit de modération “ qui m'a inspiré certains articles que j'ai publiés sur “ le sujet en 1864, et je désire mettre en garde le public “ contre les fascinations que le travail des mines exerce “sur certaines imaginations. Mais en autant que “je dois vous rendre compte des impressions qu'a “ laissées dans mon esprit l'étude de cette région, par “ les faits déjà établis et les résultats obtenus, je n’hé- “ site pas à dire que les différentes causes qui ont em- “ pêché l'exploration de la région par les chercheurs “ d’or sont très regrettables.
“ Toutes les probabilités m'apparaissent en faveur de ‘ l'existence et conséquemment de la découverte d’autres “ dépôts aussi riches que ceux de la Gilbert, et je ne ‘* doute pas que la distribution de l’or dans l’alluvion “ de certaines localités sera trouvée suffisamment abon- “ dante pour autoriser des travaux méthodiques et “ réguliers, qui, conduits avec intelligence, activité et ‘ économie, donneront des résultats satisfaisants. Ce “jugement favorable aux alluvions aurifères de la * Chaudière ne:vous semblera pas étrange, depuis que
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“ vous avez conclu, par les faits établis, “ que la quan- “ tité de l'or dans la vallée de la Chaudière est telle “ qu'elle devrait récompenser le travail intelligent et ‘encourager l'émission du capital. ”
On verra par ce qui suit que les événements ont justifié les prévisions de ce savant monsieur.
En 1864, une puissante compagnie, la “ De Lery Gold Mining Company, ” formée pour exploiter les mines alluviales et quartzeuses de la seigneurie Rigaud-Vaudreuil, loua de la famille de Léry, pour l’espace de trente années, les droits de mines conférés par les lettres-patentes dont j'ai déjà parlé. Cette compagnie exécuta de grands travaux et bâtit à l'endroit appelé- Rapide du Diable,” un moulin à broyer le quartz (crusher). Mais la mauvaise administration de ses affaires l’obligea à discontinuer ses opérations. Pendant l’espace de temps que la ‘“ De Lery Gold Mining Company ” opéra à Saint-François, bien peu de travaux furent exécutés par les petites compagnies de mineurs, car des difficultés, survenues entre ces dernières et la dite compagnie, relativement à la question des droits de mines, eurent pour effet de décourager le public, de détourner l’attention de personnes qui auraient été disposées à investir des capitaux dans cette nouvelle branche d'industrie qui promettait de si beaux résultats.