Miniatures d'une Bible du XIVe siècle (1378)
'histoire des arts et des lettres se lie à celle d'une nation, et celui cxuwotîrquî voue sa vie à l'élude de nos chroniques est heureux de pouvoir s'arracher de temps à autre à de tristes et sanglants récils, pour donner quelques instants aux poêles, aux artistes qui ont contribué;» la civilisation de leur siècle.
Les Gaulois, quand les Romains les conquirent, n'étaient que des barbares ,
et leur imagination ne produisait rien qui put approcher des monuments de la Grèce et de Rome: ils reçurent donc avec les fers les éléments des lettres, des sciences et des arts que les hordes du nord ne lardèrent pas à étouffer au berceau.
Le clergé dont la violence respecta le caractère, sauva le feu sacrée l'entretint à l'ombre des cloîtres et le garda pour des jours meilleurs : les moines conservèrent quelques traditions de peinture :
leurs manuscrits ornés de vignettes, les fresques qui revêtirent les murs des églises bysantines et gothiques, les figures qui décorent les anciens émaux, formèrent les points de transition entre les écoles grecque et romaine et celles du monde moderne.
Cette lutte de nos pères cherchant à reconquérir le passé des arts et préparant leur avenir, n'a pas besoin de nos éloges : nous avons voulu donner à nos devanciers un témoignage de notre gratitude en publiant et faisant revivre une de leurs compositions.
Vingt des nombreuses vignettes qui décoraient une bible du xiV" siècle ont survécu à la destruction d'un manuscrit qui devait être précieux; elle nous ont paru toutes dignes d'intérêt : M. Macquart, notre collègue s'est chargé du soin de les reproduire et de joindre à son travail des citations et quelques notes artistiques.
La riche bibliothèque de M. Eugène
Clicquot, membre aussi de la société des bibliophiles de Reims, nous a fourni les dessins originaux dont nous livrons copie au public.
Ces débris d'un autre âge sont couverts d'un papier sur lequel sont écrits quelques mois mal orthographiés, en caractères qui semblent remonter à la ûn du siècle dernier.
Ces quelques mots sont tout ce que nous savons de l'ouvrage dont, nous nous occupons : ils forment son passeport sur la grande route de la postérité. Les voici :
«Vingt miniatures de la bible de Cery, « recueillies par Jean Pastourel en 1378.»
L'une des vingt vignettes, la première, aurait pu nous donner quelques éclaircissements : elle représente uo homme qui offre un livre à un évèque.
Leurs costumes, ceux des personnages qui se voient sur les antres miniatures, le caractère de l'écriture s'accordent parfaitement avec la date de 1378; tout révèle la fin du quatorzième siècle.
Le molCery nous a long-temps et inutilement occupé : est-ce le nom de l'écrivain ou celui de l'artiste? est-ce le nom de la personne qui a reçu ce livre en don? est-ce le nom du couvent où il fut déposé? Résoudra le problème qui l'osera : nous y renonçons. Il y avait en France, au diocèse de Reims, une ab-
baye de Cheery, et au diocèse d'Amiens un monastère nommé Serry : rien ne peut faire supposer que ce manuscrit ait été la propriété de l'un d'eux.
Dans la vignette dont nous avons parlé c'est un évêque et non un abbé qui reçoit le livre, car il y a près de lui un jeune clerc qui tient une croix : il est donc probable que notre volume vient d'une bibliothèque épiscopale.
Quant à celui qui recueillit ou fit faire la bible dont nous étudions les reliques, d est parfaitement connu dans l'histoire.
Quelques biographies le nomment Jean Pastoret, quoique tous les auteurs ses
contemporains , toutes les pièces ou ce nom se trouve l'appellent Jean Pastorel ou Jehan Pastourel. La famille Pastoret qui existe encore a la prétention d'être sortie de sa race : le fait est possible, mais le nom a changé.
Jehan Pastourel naquit vers 1328 : sa famille était déjà illustre dans la robe, et son aïeul, nommé Jehan comme lui, occupait la place d'avocat du roi au parlement de Paris en 1301 : il suivit la même carrière et joua un rôle qui n'est pas sans importance au milieu des troubles qui désolaient la France dans les dernières années du règne de Jean 11.
En 1358, Marcel, le prévôt des marchands, voulut livrer Paris à Charles-le-
Mauvais roi de Navarre , et aux Anglais. L'heure de la trahison arrivait, et les portes allaient s'ouvrir à l'ennemi, lorsque , pour rappeler une expression de nos vieux chroniqueurs, Dieu inspira et éveilla quelques bourgeois de Paris qui étaient restés fidèles au roi, à son fiîs le duc de Normandie, etàla cause nationale. Pépin des Essarts, Jean de Charny, Jean Maillait et d'autres prirent les armes et tuèrent Marcel : ils coururent aux halles en criant Montjoie! Saint-Denis ! Au roi et au duc! Jean Paslourel les accompagnait , ce fut lui, disent quelques biographes, qui portait la bannière de France autour de laquelle se rallièrent tous les bons citoyens. Au point du jour, il fut député au dauphin pour lui rendre compte de ce qui
s'était passé et l'inviter à entrer à Paris.
En 1402, Jean Pastourel passa de vie à trépas après avoir rempli dignement pendant de longues années les fonctions de premier président à la cour des comptes : il fut enseveli à Saint-Denis avec sa femme. Puissent les quelques lignes qui précèdent faire rejaillir sur les vignettes que nous publions une partie de l'intérêt que doit inspirer celui qui les fit faire.
Prosper T.vhbé.
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