‹ Miniatures persanesChapitre 31 sur 86 · LES MINIATURES · texte numérisé non relu

LES MINIATURES

Pour plus de clarté, nous les classerons en deux catégories :

1° Les MiniATuRES PERSANES, qui peuvent former deux subdivisions :

a) Miniatures gouachées.

b) Dessins au trait simple ou rehaussé de couleurs.

2° Les MINIATURES INDO-PERSANES, et, par extension, celles qui appartiennent à l'École de l'Inde, seront classées également en deux groupes

c) Miniatures gouachées. |

d) Dessins au trait simple ou rehaussé de couleurs.

Ce classement des Miniatures Indo-Persanes ne se rapporte qu'à la nature même des œuvres et non aux auteurs qui, sachant peindre, savaient aussi dessiner, et ont très souvent cultivé les deux genres indistinctement. Cependant, il y a certaines signatures d'artistes qu'on ne trouve que sur les miniatures et d’autres sur les dessins seulement.

a) Miniatures Persanes gouachées. — C'est la catégorie la plus largement représentée. Elles semblent avoir d’abord illustré les grands ouvrages manuscrits de Sciences et plus tard seulement ceux d'Histoire, de Légendes et de Poésie. Ce sont généralement d'importantes compositions avec personnages, souvent nombreux, où sont représentées des scènes de bataille, de chasse, de fête, d'intérieur,

ou de la vie des champs. Beaucoup sont des chefs-d'œuvre. Peintes en couleur, à la gouache, sur fond préparé, elles présentent un grand charme. C’est le triomphe du coloris le plus somptueux; leur magnificence sous ce rapport ne le cède en rien à celle des admirables tapis que nous ont laissés les mêmes époques. Certaines couleurs, faites de pierres précieuses broyées, ont un éclat merveilleux et peuvent rivaliser comme fraîcheur, vivacité et solidité, avec les plus étincelants des émaux dont sont revêtus les palais et les mosquées. Le bleu, dans Îles nuances de lapis, de turquoise ou de saphir, le mauve, le vert émeraude, le violet d’améthyste, le rouge ardent, le noir velouté, l'or pur, unissent la richesse de leurs tons pour concourir à une harmonie incomparable.

Cependant, il faut le reconnaître, ces grands manuscrits, principalement les Chah Nameh et les Nezami, fussent-ils même copiés et illustrés à des époques très diverses, font éprouver, malgré toute leur splendeur, malgré l’habileté de l'artiste, une certaine sensation de monotonie. Ce sont, en effet, généralement les mêmes scènes de combats, de danses, de jeux, de festins, de harem, se rapportant presque toujours aux mêmes épisodes. C'est qu'alors le nombre des ouvrages à reproduire était très restreint, ce qui limitait par conséquent les sujets sur lesquels les artistes avaient à exercer leurs talents. De plus, ceux-ci, ayant sous les yeux des scènes déjà composées et peintes avant eux, se trouvaient naturellement enclins à recopier sans grande modification ces mêmes épisodes, les plus connus des livres classiques, d'autant plus que des changements de quelque importance eussent risqué de dérouter les lecteurs habitués à leur représentation traditionnelle. |

Nous rangerons aussi, dans cette première catégorie de miniatures gouachées, les pièces de recueil, compositions plus simples (portraits ou scènes à petit nombre de personnages) qui sont beaucoup plus rares que les premières.

b) Dessins au trait et rehaussés. — Les pièces de cette seconde catégorie sont plus variées que les précédentes. Les scènes qu'elles représentent sont moins touffues, elles n'ont souvent qu'un seul personnage; beaucoup sont des portraits, souvent même assez poussés, sur fond apprêté ou non. Elles présentent ce caractère distinctif d’être exécutées au trait noir seul, ou au trait légèrement rehaussé de couleur aquarellée en teinte plate; le tout agrémenté d’ornements dorés (fleurs ou feuillages). Ces dessins faisaient plutôt partie de recueils que de livres illustrés ; 1ls n'ont été introduits en Europe par les marchands que postérieurement aux miniatures. Il en est venu un assez grand nombre pendant ces dernières années et certains amateurs les recherchent de préférence aux peintures gouachées, même les plus richement colorées. |

Dans ces dessins, l'artiste pouvait traiter son sujet avec plus de liberté et mieux affirmer sa personnalité. Ils présentent tout le charme des miniatures

avec, en plus, une grâce et un réalisme qui sont assez rares dans ces dernières. Les scènes de genre, à personnages peu nombreux, sont exquises et traitées avec une diversité telle, qu'il est évident que toutes les écoles ont dû s'adonner à ce genre.

Ce qui est à remarquer dans les manifestations artistiques de la grande époque (fin du xv° et première moitié du xvr siècle), c'est l’homogénéité qu’on y constate. Qu'il s'agisse de peinture, d'objets de métal, bronze ou fer, de tapis, d'architecture, nous retrouvons les mêmes sujets à personnages, les mêmes motifs ornementaux, les mêmes décorations florales. Artistes et artisans semblent avoir, dans leur jeunesse, puisé leurs connaissances à une source commune. On reconnait dans leurs œuvres, pourtant si diverses, les mêmes tendances et le même style.

Nous donnons ci-dessous la nomenclature relevée dans l'ouvrage de M. CI. Huart des peintres principaux, dont plusieurs étaient représentés à l'Exposition par des œuvres signées que nous avons eu grande satisfaction à voir et à identifier. Plus loin, dans notre chapitre consacré à l'analyse de l'Exposition, nous ajouterons une liste de peintres inconnus, pour ne pas dire peu connus jusqu'à présent, et qui nous semblent tout à fait dignes d’être comparés aux premiers, dont voici les noms :

lanya IBn Manmoun, de Wasit (Babylonie), auteur du manuscrit des Séances de Hariri, xm° siècle (Collection Schefer).

Ousran' Gounc (le Muet) surnommé, Magawat el Moharririn (la Pureté des écrivains). |

AGHA MiRek, mort sous le règne de Mohammed Khan Sheïbani, peintre, calligraphe et doreur, très habile dans son art; 1l excellait aussi dans l'enluminure et la gravure; c'était un des maîtres préférés de Chah Ismaïl.

BExzap, surnommé Kemal ed Din (Perfection de la Religion) (fin du xv° siècle et commencement du xvi‘ siècle). Élève de Pir Seyid Ahmed, il travaillait à Hérat vers 1$1$ et mourut vers 1,30. Ce fut un des plus grands artistes de la Perse dont très heureusement quelques œuvres : peintures, dessins isolés et manuscrits illustrés, ont pu parvenir jusqu'à nous. |

Il a suivi dans ses expéditions l'empereur Baber qui, tout en le considérant comme le plus éminent des peintres, lui a consacré dans ses mémoires les quelques lignes suivantes, un peu sévères assurément, mais que la postérité, plus juste, n’a pas ratifiées :

« Artiste d’un talent très délicat, mais qui donnait un fâcheux développement aux visages imberbes, dans lesquels il exagérait la ligne du menton. Quant aux visages barbus, il les représentait très bien. »

Page 1