ABD EL KATEB
MAULANA ALI ASGHAR.
Ousrap BEHRAM, d'Ispahan.
Dsami, fils d'Oustad Behram, xvn° siècle.
Parmi les souverains et princes royaux qui n'ont pas dédaigné de s’adonner à la peinture, citons :
Sucran Awéis, de Bagdad (1366-1374) qui forma un élève : Abd el Hayy.
Baï Sonçor Mirza, prince Timouride.
SULTAN IBRAHIM Mirza, élève de Siyawouch.
CHax THamasP, élève d’Abd el Aziz. |
Qu'on veuille bien excuser cette nomenclature assez fastidieuse, en songeant que nous aurions pu la faire plus longue encore. Les grands maïîtres y avaient leur place tout indiquée, mais nous n'avons pas cru pouvoir passer sous silence quelques autres intéressants à des degrés divers, dont plusieurs égalent presque les premiers.
x MINIATURES INDO-PERSANES
Se rattachant à la fois aux écoles Timourides et Séfévides, elles sont traitées dans une gamme de couleurs plus variée, mais de tons moins intenses et moins riches que les miniatures persanes; elles présentent un sentiment de la nature plus vif, une idée de la perspective beaucoup plus nette, et enfin, au xvn° siècle, une note artistique apportée d'Europe, qui se manifeste dans les portraits.
Cet art Indo-Persan qu'à la suite de Baber, Behzad et Chah Mozaffer apportèrent à Delhi, s’épanouit rapidement dans ce pays admirable, vers la seconde moitié du xvi° siècle; encouragé par des souverains à l'esprit délicat, 1l atteignit son apogée sous le grand empereur Akbar (166-1605).
Ils étaient épris de l'art sous toutes ses formes, ces conquérants Mongols, depuis l'illustre Zahir-ed-Din Mohammed Baber, à la fois soldat magnifique, législateur, philosophe, poète, curieux d'agriculture, historien {il nous le prouve
dans les mémoires, traduits par Pavet de Courteille, où 1l nous conte sa merveilleuse épopée) jusqu'à Aureng Zeb, en passant par Humayoum, Akbar, Djahanghir et Chah Djehan. |
= Dès l’époque de Baber, les artistes étaient recherchés à la cour mongole: l'empereur lui-même, dans ses mémoires (150$ à 1406), cite ceux qui, à cette époque, représentaient le plus hautement la peinture et la calligraphie. Ce sont Behzad, Chah Mozaffer, mort prématurément et dont le Souverain exalte l’art délicat avec lequel il figurait les chevelures, et Sultan Ali al Meschehedi, l’un des plus grands calligraphes connus.
Réunis dans Caboul, en 1506, avec des musiciens, des poètes et des philosophes, ils ont probablement suivi aux Indes Baber et son armée. Ces grands artistes du début de la conquête rendaient la tâche facile à leurs successeurs.
Les grandes guerres terminées, les héritiers de ces conquérants, devenus plus affinés encore par une civilisation plus complète, faisaient venir à leur cour les artistes en renom, de tous les points de l'horizon : de Perse, de Transoxiane, de Chine même et, plus tard, d'Europe, sans parler de l'Inde. Dans un Akbar Nameh, manuscrit qui se trouve au musée de South Kensington, nous relevons la liste suivante des peintres qui travaillaient alors à la cour :
Kasou, | Moheck,
Lal, Khem Kazan, Moukound, Taro, Mouchkin, | Sauvalla, Farrouk, Râm,
Djagan,
auxquels nous aurons plus loin à ajouter d’autres noms encore.
Plus tard, ce furent :
Harribar, 1633; Mohammed Nadir, de Samarkand, 1649; Hachim, 1641, dont nous connaissons de beaux portraits; Anouptchitar, 16,6; Hounhar, 1669; Dhagvati, 1660. |
Mentionnons tout particulièrement Mani, natif de Chiraz, où il travaillait à la fin du xvr° siècle. C'était un maître dont l'atelier était très recherché et qui aurait — mais la chose est discutée — laissé de très nombreux élèves originaires des pays les plus divers : Timour, Qabous, Riza Faryabi, Asad Oullah Chirazi, Mahmoud Hindi, Mirza Koutchek d’Ispahan; Shoudja ed Dowleh, Pahloul de Kaschmir, Chapour, Veli de Caboul, etc. Mani (qui n’a naturellement rien de commun avec son homonyme chinois qui peignait sous le règne du Sassanide Schapour) était non seulement peintre, mais aussi poète et calligraphe. De Farrouk Beg, peintre persan cité plus haut, nous avons vu de superbes pages.
Sous les règnes d'Akbar, Djahanghir et Chah Djehan, les chefs-d’œuvre abondent. Jusqu'à 1907, on croyait élégant de critiquer l’art Indo-Persan et de prononcer à son sujet le mot de décadence; on l’accusait de mollesse et de banalité et lorsqu'on condescendait à le trouver « joli », c'était pour lui porter le dernier coup. Les opinions se sont modifiées depuis, et avec raison.
Il est certain que cet art a moins de style et de caractère que l’art antérieur, mais ses peintres, épris de réalisme et de fidélité, cherchaient avant tout à faire une figure ressemblante, aux traits précis et bien modelés, plutôt qu’à sacrifier à la simplification et au style. Question toujours pendante : la beauté réside-t-elle dans le caractère, obtenu parfois au prix de la sécheresse des formes, ou dans l'exécution moins synthétique, mais plus sincère et plus émue? Heureusement, aujourd’hui, on se montre moins intransigeant et on admet qu’une œuvre peut. être belle aussi bien par l’une que par l’autre de ces qualités.
Les Indo-Persans n'apportèrent aucune modification à la calligraphie des Persans. Il faut dire que les calligraphes du xvi‘ siècle, ayant atteint la perfection, n'avaient rien laissé à tenter à leurs successeurs qui ne pouvaient mieux faire que de les suivre, et l'estime dans laquelle ceux-ci tenaient les maîtres de la grande époque est suffisamment prouvée par le soin que prenaient les enlumineurs d’enchâsser, au milieu d'encadrements merveilleux, les beaux spécimens de Mir Emad et de Mir Ali. |
De même, la décoration indo-persane ne diffère pour ainsi dire pas de Îa persane, en ce qui concerne la dorure et l'encadrement, mais elle s’en éloigne assez sensiblement dans l'enluminure. |
On trouve en effet dans les ornements un moindre souci de la ligne, un emploi moins rigoureux des rinceaux et des fleurs, qui constituent la base presque obligée du genre persan. Comme note bien caractéristique de cette époque, citons ces belles pages dont un motif central de calligraphie occupe le milieu, tandis que dans les marges divisées en grands rectangles aux lignes coupées par des arcs de cercle, on voit évoluer, au milieu de plantes fleuries, les gazelles, les oiseaux et autres animaux empruntés à la faune de l'Inde. Ces pages sont basses d'époque, c'est entendu, mais elles n'en contribuent pas moins à la gloire de l'École. | Assurément, les enlumineurs n'ont pas manqué de faire des répliques, d'ailleurs magistrales, des belles rosaces et des pages de tête des manuscrits persans ; mais si leurs couleurs sont plus discrètes, la gamme en est plus complète, les bandes de rinceaux et fleurettes s'y retrouvent aussi, très bien traitées, et il n'est rien de plus beau que certaine rosace que nous reproduisons P1. XXX VII, qui est une véritable merveille de composition, de goût et d'exécution.
c) Miniatures Indo-Persanes gouachées. — Dans ces miniatures, les artistes font
preuve d’une rare délicatesse et d'une virtuosité étourdissante. Les compositions à nombreux personnages accusent nettement l'influence persane, surtout dans les scènes d'intérieur où la perspective des salles et des pavillons est encore un peu flottante et conventionnelle, et dans les représentations de batailles en pays de montagne, où l’on entasse un peu trop Pélion sur Ossa. Les traditions des manuscrits subsistent encore, mais la manière change quand il s’agit d’un paysage; là, en général, les plans sont respectés, les personnages bien en place, le souci des valeurs se fait sentir. La gamme des couleurs est plus étendue, les tons moins heurtés. Toutefois, la perspective est assez souvent sacrifiée au protocole et il n’est pas rare de voir l'échelle des personnages varier avec leur rang social. L'esprit de flatterie du peintre l'emportait sans hésitation sur son souci de l’exactitude.
Les Indo-Persans excellaient dans les compositions de cortèges et de réunions nombreuses. L'une des perles de l'Exposition était cette belle page (PL. CLXV) où l'empereur Djahanghir, placé au dernier plan dans une loge de son palais, est salué par les grands personnages de sa cour, au nombre desquels les Européens tenaient même parfois leur place comme on peut le voir, puisque ici, un Jésuite, le Père Paderi(?), se trouve mêlé à la foule des courtisans'.
Dans une autre miniature, nous voyons un artiste manifestement influencé par Dürer. La « Petite Passion » a fait impression sur le musulman, et lui a inspiré une composition très curieuse et très intéressante à comparer avec celle du maïître de Nüremberg (Voir pl. CLXXIX).
Il ne s'agit pas là d'une simple coïncidence, et nous en trouvons la preuve dans ces lignes du Père Catrou, où il est dit de Djahanghir : « Il protégeoit les arts et il se connaissoit en peinture. Aussi de son temps on trouvoit aux Indes des peintres du Pays qui copioient nos plus beaux travaux d'Europe à faire méconnoître l'original. » | |
Il y a quatre ans, est venu à Paris un admirable recueil, dispersé depuis
1. Paderi doit, selon nous, être une corruption du mot Padre (le Père) auquel nous pouvons sans témérité adjoindre le nom de d’Acosta (le Père Jésuite Joseph d’Acosta) en nous appuyant sur la mention qui est faite de lui dans le très curieux volume intitulé : Histoire Générale de l'Empire du Mogol depuis sa fondation, sur les Mémoires Portugais de M. Manouchi, Vénitien, par le Père François Catrou, de la Ce de Jésus, 1705. (Manouchi, qui était médecin, vécut quarante ans à la Cour des Empereurs Mogols.) | |
Ce Père d’Acosta, familier de Djahanghir, confondit un jour devant l'Empereur le premier Mollah de l’Inde qui contestait l’autorité de la Bible, comme nous le rapporte la citation suivante : « Qu'on allume de suite un grand feu, dit le Père, et que le chef des Mahométans y entre d’un côté, l’Alcoran sous le bras, tandis que de l’autre je m'y jetterai, l'Évangile à la main, on verra pour lors en faveur duquel le Ciel se déclarera, pour Jésus-Christ ou pour Mahomet. A ces mots l'Empereur tourna les yeux sur le Mahométan qui déjà paroissoit consterné, par la crainte qu’on acceptât l'offre. Il eut pitié du Moula et n’exigea point de lui une épreuve si dangereuse. Au regard du Jésuite on lui fit changer de nom, et l’Empereur ne l’appela plus que le Père Ataxe, c’est-à-dire le Père du Feu. »
dans diverses collections parisiennes, qui montrait tout ce dont l’art Indo-Persan était capable. Ce recueil était composé alternativement de pages d’'ornements analogues à celles dont nous avons parlé plus haut, et de portraits isolés ou gTOUPÉS. |
Dans ces feuilles à personnages, le motif central représente un ou plusieurs grands seigneurs de la cour de Delhi, voire même, rétrospectivement, des empereurs peints d'après des documents de leur époque, et dans les marges sont reproduits les familiers du personnage, ou même d'autres individus, fakirs ou mendiants, dont la tenue pittoresque a séduit l'artiste; dans d’autres feuilles, on voit des animaux merveilleusement dessinés.
Les miniatures des planches XXXVI, XXXVII, CLVIIT, CLIX, CLX, CLXI, (GLAXI CLAÆNE CLXIV, CLXV, CLXNI provennent dé ectié œuvre tres importante qui semble avoir été exécutée à la cour des grands Mogols, dans la première moitié du xvu° siècle et vraisemblablement sous Chah Djehan, le dernier des souverains qui y figurent. Ce recueil était un véritable monument élevé à la gloire de la dynastie des Empereurs Mogols dont, soit isolément, soit par groupes, les souverains et les princes de leur famille sont représentés depuis Baber jusqu'à Chah Djehan. Sur une de ces miniatures on voit même figurer l'arrière-grand-père de Baber, Timour ou Tamerlan, assis sur un trône et accompagné de Baber lui-même et d'Humayoum, fils de ce dernier. Les portraits de ces grands Mogols du xvr° siècle sont-ils de pure fantaisie ou peints d'après des documents authentiques? Nous pencherions vers cette dernière hypothèse, car les différentes eïfigies qu'on possède de Baber sont très voisines les unes des autres, et à notre avis, celle de Timour seule peut être contestée. |
Quelques-unes de ces miniatures sont signées. Nous relevons les noms de Hachim, de Abed, qui se vante d’être le frère d’un certain Meschedi sans doute alors célèbre; et celui de Morad qui a peint des animaux.
Ce recueil dont le dernier propriétaire, qui vivait au xix° siècle, a été Behmen Mirza, de la famille de la dynastie actuelle des Khadjars, fut acquis par M. Demotte en 1910 et dispersé entre les mains des amateurs.
d) Dessins au trait et rehaussés. — Ici, les artistes témoignent d’une habileté consommée et leurs dessins, croyons-nous, peuvent soutenir la comparaison avec les plus belles œuvres françaises des xv° et xvi° siècles. Les personnages sont représentés avec une sincérité, un accent de vie incontestable, au point qu'on les reconnaît à première vue, bien qu'ils soient figurés souvent à diverses époques très éloignées de leur vie, et par des peintres très différents. C'est là une qualité rare chez les artistes Persans, si rare même qu à vrai dire, nous ne l'avons jamais rencontrée. Non seulement les portraits sont d'une ‘ressemblance parfaite, mais les costumes, les armes, les bijoux, les coiffures, sont exécutés avec les plus
grands détails, sans cependant que cette minutie inimaginable nuise en rien à l'ensemble”. F
End