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LA RELIURE

Ce chapitre comprendra également les reliures persanes et les indo-persanes, car l'examen des nombreuses pièces que nous avons eues entre les mains ne nous a pas permis de constater une démarcation bien sensible de style entre les deux Écoles.

L'origine de la Reliure est fort ancienne et remonte, chez les Arabes, aux premiers temps de l'Hégire (622). Il en existe encore des spécimens datant du 1x°siècle et, d'autre part, nous connaissons beaucoup de noms de relieurs arabes célèbres aux x° et xI° siècles. Pratiqué avec succès chez les Timourides, l'art de la Reliure s'épanouit pleinement sous les Séfévides et les derniers Timourides du xvi° siècle. Des artistes s’y sont adonnés que nous avons eu déjà l’occasion de citer comme excellant également dans l’enluminure et la calligraphie. Il n'y a rien là qui doive étonner, car le cartonnage appelle la décoratidn, et 1l était tout naturel que le désir vint au décorateur du livre d’en orner lui-même l'enveloppe extérieure, sauf à utiliser, comme aujourd'hui, pour l'exécution, la collaboration des spécialistes maroquiniers, mosaïstes et doreurs, quand il ne réunissait pas personnellement toutes les habiletés nécessaires. Les relieurs ne se sont pas montrés inférieurs aux autres artistes du livre, et nous avons, de leurs travaux, des spécimens vraiment admirables.

La Reliure affecte deux formes : celle de notre reliure européenne composée de deux plats et d’un dos; celle du Portefeuille, présentant, en dehors des deux plats et du dos, un rabat de même matière et de même décor que les plats et attenant à l’un d'eux. Quand le livre était fermé, ce rabat prenait place entre le premier plat et le premier feuillet du livre. Il était aussi utilisé comme signet pour marquer la page où le lecteur s'était arrêté, ce qui fait qu'on trouve toujours ce rabat beaucoup mieux conservé que les deux plats. Nous ne ferons pas intervenir

1. De nombreux artistes et artisans travaillaient à la Cour même des Empereurs Mogols. Le Père Catrou nous dit : « Près de l’entrée et à l’intérieur du Palais se voient de longues galeries érigées pour les manufactures impériales. Tous les jours des artisans de toutes les sortes viennent travailler au Palais pour le Mogol. Dans l’une de ces salles sont des brodeurs et des peintres; dans l’autre des orfèvres et des émailleurs; dans une autre des ouvriers en soye; enfin dans quelqu’autre des tisserands et des personnes des métiers les plus vils. Toutes ces galeries ont chacune leur directeur, qui conduit les ouvrages et qui veille sur les ouvriers. Il est étonnant avec quel silence chacun s'occupe de sa fonction. »

cette question de forme dans notre classification de reliures que, pour plus de commodité, nous répartirons en deux catégories :

1° La reliure gaufrée, ou ciselée, avec motifs en relief et en creux.

2° La reliure à plats laqués.

(Notons en passant que la reliure à rabat, très fréquente dans la première catégorie, est plutôt rare dans la seconde.) |

I. Reliure gaufrée et ciselée. — Dans cette reliure, la surface extérieure des plats est recouverte d’un cuir ciselé puis doré, tantôt en totalité, tantôt seulement sur certains motifs choisis.

D'autres fois, on trouve aussi deux cuirs superposés, dont le premier forme le fond, sur lequel le second, découpé et dentelé, est appliqué; d'autres fois encore, il n’y a qu’un seul cuir assez mince qui, découpé dans le style des bandes d’ornements des pages de tête des manuscrits, est collé sur un fond de carton teinté de couleurs différentes. |

Le décor en relief, or sur fond or, est formé, soit d’une belle rosace rappelant celles des têtes de livres, mais encadrée, soit les belles pages de tête dans lesquelles un motif central remplace le texte. | ei |

Dans les spécimens les plus remarquables, nous voyons, reproduites au milieu de beaux encadrements, des scènes de combats ou de chasses, des décorations à rinceaux avec des chimères ou autres bêtes fantastiques d’un effet merveilleux, ou bien ce sont des arbres, des oiseaux, des animaux dans des attitudes variées, le tout coloré en noir ou or, et se détachant en relief sur fond d'or.

Les bandes d'encadrement sont aussi souvent ornées de caractères d'écriture, en relief, gardant le ton du cuir, ou dorés, qui sont d'un magnifique effet et qui sont tantôt des dédicaces, tantôt des formules traditionnelles de souhaits adressés aux propriétaires du livre. |

Il est probable qu’à l'origine, ces chefs-d'œuvre étaient exclusivement exécutés à la main par le relieur, qui donnait libre carrière à sa fantaisie dans la composition des deux plats, toujours différents.

Puis, pour simplifier son travail, l'artisan fit graver sur bois, cuivre ou acier, des plaques entières, ou des motifs isolés qu'il utilisait comme matrices et qui lui permettaient d'estamper un beau motif un grand nombre de fois. On peut voir de ces plaques gravées au Musée de South Kensington, et dans quelques collections particulières. Nous devons cependant constater que, parmi les nombreuses reliures examinées par nous, nous n'en avons pas encore rencontré deux qui fussent identiques. Il est clair que nous ne parlons pas ici des deux plats d'un même livre.

D'autres reliures plus simples sont gaufrées ton sur ton sans rehauts de couleurs, ni dorures, ce qui ne les rend pas moins intéressantes. Ce sont, en quelque sorte, les « Jansénistes » de la série.

Mais où le relieur a déployé toutes les ressources de son imagination, c'est dans les gardes ou surfaces intérieures des plats. Tantôt, ce sont, découpés en fines arabesques, des motifs en papier noir ou délicatement coloré qu'il colle à plat sur des fonds de diverses couleurs et qu'il encadre extérieurement de cuir fileté d'or; tantôt ce sont des bandes et des médaillons en cuir dentelé et ajouré, qu'il dispose sur des fonds bleu, vert ou rouge, dans les creux formés par les encadrements et les motifs de cuirs gaufrés. Mais, toujours, c'est la même maitrise dans l'exécution et la même somptuosité d'aspect. L'artiste se joue des difficultés et parvient à des effets surprenants, qui n’ont d’équivalent dans l'art d'aucun autre pays.

À titre documentaire, et en raison de son originalité, nous citerons une reliure gaufrée où figure la dédicace suivante en vers :

O Dieu! garde toujours

| Son ombre sur le monde!

La beauté de ce divan de Djâmi a grandi cent fois et bien plus encore Depuis que Khacim Sultan Djahanghir a daigné l’accepter. Au milieu d’un parterre de fleurs quand on chante du Djâmi, Tous les rossignols gazouillent : Vivat! Vivat! | C’est le recueil de Djâmi, rempli de paroles d'amour. Je le porte au roi si digne de le comprendre.

Et sur les gardes on lit :

Les vers de Djâämi ont conquis le monde parce que Le nom du Sultan Khacim est en tête du recueil.

Malheureusement, cette reliure est vide, et fait regretter la disparition de ce divan, ou recueil, de poésies de Djâmi.

2. Reliures laquées. — Dans ces reliures, les plats, dont la tranche est protégée par une bordure de cuir, reçoivent sur leur face extérieure une légère couche de plâtre gommé qui est elle-même recouverte de laque de couleur variable, mais toujours foncée et comme caramélisée, qui rappelle le « Vernis-Martin ». Sur cette préparation, des miniaturistes ont peint des scènes variées comme dans les manuscrits, en or et couleurs, parfois même avivées de burgau, ce qui leur donne un charme de plus. Une fois le plat terminé, sa surface extérieure était assez souvent recouverte d’un vernis à la gomme laque. Il est évident que dans ce genre de reliure le rôle du peintre était prédominant et faisait passer au second plan celui du relieur, à moins cependant que ce dernier n’affirmât la supériorité de son talent en traitant les gardes de la manière, d’ailleurs assez rarement employée, que nous avons indiquée plus haut. Disons aussi que nous avons vu, parfois associés dans une même reliure, le gaufré et le laqué. |

Aux xvi° et xvir° siècles, la reliure laquée a fini par s'imposer, sans doute parce qu'elle était d'exécution plus facile; puis, les gardes en disparaissent; enfin

aux xvnr et xx siècles, les fleurs, les oiseaux, les insectes y remplacent les scènes à personnages si belles d'autrefois; ou si parfois le peintre en représente encore, elles sont d'un sentiment banal et sans aucun intérêt artistique.

Comme les enlumineurs et les doreurs, les relieurs ont gardé l'anonymat et n'ont que fort rarement signé leurs œuvres. L'histoire cependant a recueilli certains noms. Nous relevons, dans l'ouvrage de M. CI. Huart, les noms suivants de quelques relieurs arabes et persans :

[ex ABiz Haricu, Bibliothécaire du Calife al Mansour (Arabe), vivait au ix' siècle, CHiFaAT EL Micran, EL Opjaïri,

ABOU ÎsA BEN CHIRAN,

Relieurs arabes DimyANA EL ASAR BEN EL HADJDJAM,

noi antérieurs au XI° siècle ?

Monammep, fils du précédent,

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