‹ Miniatures persanesChapitre 38 sur 86 · ENLUMINURES — MANUSCRITS MINIATURES ISOLÉES · texte numérisé non relu

ENLUMINURES — MANUSCRITS MINIATURES ISOLÉES

Les renseignements concernant les pièces reproduites se trouvant en regard

de chacune d'elles, nous nous bornerons à signaler sommairement ici les plus importantes, et nous renvoyons le lecteur, pour plus de détails, à chaque planche.

| Parmi les ENLUMINURES :

Page double d'un Coran Égyptien Fa x’ sicole avec Léxte node (PI. XXII) (M. Claude Anet). — Deux enluminures du xXV° siècle exécutées au Caire pour les sultans mamelucks Al Malek al Ashraf Inal, et Kaït Bey (PI. XXIII et XXIV) (M. H. Vever); — Première page d’un Sehih Bokhari, daté de 1440 (PI. XXV) (M. Marteau); — Page de Coran à décor d’arabesques avec inscriptions coufiques, exécuté pour le sultan Bajazet (1481-1412) (PI. XXX) (M. Édouard Kann).

Les reproductions des autres pièces montreront le bel effet décoratif qu'ont obtenu les enlumineurs persans du xvi° et du xvn‘ siècle.

Parmi les MINIATURES isolées ou les pages de manuscrits 19e la période primiliye d'écoles diverses, nous citerons :

Les feuillets détachés d’un manuscrit arabe, d’une traduction du 7roisième discours de Dioscoride sur la botanique et la médecine. Texte arabe en écriture Mohaq iq, daté 619 de l'Hégire (1222 A. D.). Les Miniatures sont d’Abdallah ben Fadl, école de Bagdad. L'influence byzantine y est manifeste. C'est, jusqu'à ce jour, le plus ancien document daté que nous connaissions. (PI. I), deux personnages auréolés attaqués par un chien enragé (PI. RL (M. Mutiaux), quatre docteurs assis discutant sous un arbre (M. Sambon).

Ce fragment de manuscrit, apporté en Europe par le D'Martin, comprenait une vingtaine de miniatures qui sont actuellement entre les mains de divers amateurs.

Cinq feuillets sans date détachés d’un manuscrit reproduisant, en écriture naskh, une traduction arabe, d’après l'original grec, du Traité des automates hydrauliques de Philon de Byzance (PI. I, XXXIX, XL, XLI, XLII) (MM. Goloubew, Léonce Rosenberg, Meyer-Riefstahl, Sambon, Mutiaux. Ce manuscrit, dont les feuillets sont aujourd’hui dispersés, a donné lieu à de multiples controverses. Il proviendrait de la bibliothèque de Sainte-Sophie, selon M. Blochet et le D'Martin, qui se sont efforcés séparément d'établir à quelle époque il remontait.

Le D’ Martin, se basant sur l'inscription placée sur la coupole de la

so MINIATURES PERSANES.

PI. XXXIX au nom du Sultan Ortokide Nour ed Din Mohammed, qui régna sur Kaïfa et Amid, de 1174 à 118$ : « Gloire à notre maître le Sultan, le roi, le savant, le juste, l'assisté de Dieu, Nour ed Din Aboul Fath Mohammed, fils de Kara Arslan », place cêtte pièce à la fin du xn° siècle et lui assigne comme origine la Nlooiee

M. Blochet, au contraire, croit pouvoir la dater du milieu du xiv° siècle en s appuyant sur deux inscriptions figurant sur des coupoles de deux miniatures dont l’une, reproduite avec la pièce correspondante, se traduit : « Gloire à notre maître le Sub régnant El Mélik el Salih Sal(a)h ed Douia Wed Din. »

Il conclut qu'il s'agit du Sultan Mameluk Salih qui régna . PISE q Lo5.

Il y a donc contradiction entre les deux opinions.

M. Max Van Berchem considère la première inscription comme un simple hors-d'œuvre décoratif dont les caractères sont d’ailleurs plus archaïques que ceux du manuscrit, et 1l estime que les deux inscriptions relevées sur les coupoles par M. Blochet ne rapportent que des surnoms communs à plusieurs souverains musulmans, et sont d’ailleurs aussi d’une écriture différente de celle du manuscrit, de sorte qu'on ne saurait accorder à aucun de ces textes la valeur d’une dédicace.

Dans ces conditions, M. Max Van Berchem, procédant par comparaison, croit ce manuscrit contemporain d'autres du même groupe, notamment des Hariri décrits par MM. Blochet et Martin, lesquels, pour autant qu'ils sont datés, le sont de la première moitié du xxi° siècle. |

Comme pays d'origine, M. Van Berchem indique, par ordre de probabilité, la Syrie, l'Égypte, la Mésopotamie.

Kalilé va Dimna.— Fables de l'Hindou Bidpay, traduites en Persan d’après la traduction arabe qu'Ibn el Mozaffer avait faite de l'original écrit en sanscrit.

Très beau livre calligraphié par Yahya ben Mohammed ben Yahya, surnommé Djeddé Roudi; il porte l'indication qu'il a été terminé le mercredi du milieu du mois de 21-61 gadé de l'an 633 de l'Hépire (1236 À D)

La planche IIT reproduit une page de ce manuscrit représentant, assis au milieu de huit personnes, un Sultan, ayant le teint bronzé et la barbe noire des Hindous; une étoffe dorée recouvre ses épaules et ses jambes. L'ensemble, bien dessiné et très sobre de couleurs, est dans une note assez personnelle et qui paraît exempte d'influence étrangère (M. Vignier).

Trois feuillets ayant appartenu au même manuscrit ci-dessus de Xalilé va Dimna (PI. XLIV, fig. 45, 46 et 47) (MM. Claude Anet et Henraux).

Plantes et oiseaux. École de Bagdad, xur° siècle, texte arabe. Deux feuillets détachés d’un autre manüscrit du Troisième discours de Dioscoride sur la botanique. Belle calligraphie Naskh, miniatures exécutées dans une gamme de quatre couleurs (PI. XLIII) (M. Vignier).

ANALYSE DE L'EXPOSITION. | no,

Trois feuillets détachés de la Grande Histoire universelle de Mohammed Ibn Djârir al Tabari. Scènes de guerre, xm° siècle (PL. XLVII et XLVIIT) (M. Keworkian).

Un feuillet détaché d'un Ouvrage d’Astrologie, daté de l’année 748 de l’Hégire (1349 À. D.), comprenant des bandes horizontales alternées de texte et de frises à personnages et animaux sur fond rouge. Influence byzantine. Perse, xiv* siècle (PI. XLIX) (M. Keworkian).

Quatre feuillets détachés d’un manuscrit de la Cosmographie de Qasvinr. Personnages d'influence byzantine. Perse, xiv° siècle (PI. XLV et XLVI) (MM. Claude Anet, Henraux, Vignier).

Parmi les dites & l'époque Timourine, nous signalerons plus particul‘èrement : |

Scène de guerre mongolo-chinoise d'époque Yuen (1270-1376) (PI. V) (M. V. Goloubew). |

= Deux pièces de travail mongol de la fin de la période Yuen (xrv° siècle) représentant deux Jeunes femmes apportant le thé. Ces dessins, au trait légèrement rehaussé, sont d'un caractère très particulier (PI. L-LI) (M"° Blair, M. Stoclet).

Il en est de même de la miniature de l’École de Hérat, peinte sur une soie chinoise, sur laquelle la branche fleurie et l'oiseau étaient vraisemblablement peints par un artiste chinois antérieurement à la Scène de Harem ajoutée par un artiste persan du xv° siècle (PI. LIT) (M. V. Goloubew).

Les deux grandes miniatures, d'aspect un peu étrange réprésentant, l’une, un Khan à barbe blanche recevant l'hommage de deux de ses sujets, et l’autre, un Démon enchaîné par deux paysans, sont des spécimens curieux dont nous n'avons pas encore rencontré les équivalents (PI. LIT et LIV) (M. Claude Anet et M. Vignier).

Courtisans sous un arbre fleuri. — École Timouride de la fin du xvi siècle. Belle composition à couleurs vives sur fond jaune (PI. VI) (M. Claude Anet).

Bouffon tenant un oiseau dans la main, miniature d'influence mongolo-chinoise, du xv° siècle (PI, CAVE N° 140) (M. Votes)

Deux feuillets détachés d’un manuscrit portant la date de 1417 : Arrivée au Palais et le Minaret (PI. VII et LVI) (M. Vever; M. Vignier.)

Les belles miNIATURES pu xv° siècle étaient assez nombreuses à l'Exposition et nous ne saurions les citer toutes. Mentionnons-en cependant quelques-unes :

Feuillet détaché d’un Xhamseh Nezami. Scène dans le pavillon noir (PI. LVII, N° 63) (M. Louis Cartier). — Pages d’un livre arabe d'Histoire naturelle, dont les animaux sont intéressants (PI. LIX, fig. 67 à 71) (M. Léonce Rosenberg). — L'Arrivée de Humay à la Cour de l'Empereur de Chine, École de Transoxiane, influence chinoise (PI. LXI, Musée des Arts Décoratifs). — Le Guerrier Timouride

(PI. CXII, M. Goloubew). — Les deux curieuses pages (PI. VIII et LXIT) (M. Marteau, M. Vever), Concert au jardin et la Collation, qui sont d'une exécution particulière et d'un style dont nous n'avons encore vu que ces spécimens.

Les belles miniatures de la PÉrioe SÉFÉVIDE sont tellement nombreuses, qu'il est presque impossible de faire une sélection. Nous citerons seulement les pièces principales et mentionnerons plus spécialement le grand maître Behzad. Bien qu'il ait vécu pendant la fin du xv° siècle et le commencement du xvr, nous rappelons que nous avons classé toutes ses œuvres au xvi‘, afin de conserver à notre étude plus d’unité. |

À l'Exposition, nous l'avons dit plus haut, figuraient de lui des pièces de valeur inégale; les unes authentiquement signées, d’autres qui lui étaient simplement attribuées, d'autres enfin, sans signature n1 attribution, quon pouvait cependant considérer comme étant de lui ou de son École. En voici quelques-unes :

Portrait du Prince Zizim, fils de Bajazet, et Portrait de Derviche, toutes deux à M. Jacques Doucet (PI. IX et X). |

Portrait du Sultan Hosséin Mirza de Hérat (PI. CXXXVII) (M. Goloubew) et la série si intéressante du Prince prisonnier ou blessé (MM. Doucet, Goloubew, Kœchlin ét Smet) (PL CXIUI, CXIV, CXLI. À sigmaler que le pl. LXIX fe, 87, Préparatifs de repas dans un jardin, ainsi que le dessin représentant le Sultan Hossein Mirza à cheval (PI. CXXXVII) (M. Goloubew) et le Derviche pleurant (PI. CXXXIX, fig. 183) (M. Demotte), portent l'inscription : œuvre de Behzad.

L'émule de Behzad et son contemporain fut Agha Mirek. Il produisit moins que le maître, mais ses œuvres sont charmantes ainsi qu'on pourra s'en rendre compte par les pièces suivantes, de lui ou de son École :

Festin et concert (PI. XI) (M. Goloubew).

Trois feuillets détachés d’un Khamseh d’Amir Khosrow Delhavi. Ce manuscrit a été calligraphié par Ala ed Din Mohammed, de Hérat, en 1504. Selon le D' Martin qui en fut le premier possesseur, 1l viendrait de la Bibliothèque de Yildiz Kiosk à Constantinople (PL LXVII, fig. 84 et 8%, et pl. LXIX, fig. 88) (M. Marteau et M. Sambon).

Dans un autre genre, citons encore la Princesse Timouride à la robe décorée de personnages et d'animaux avec une marge à personnages dans lesquels l'influence mongolo-chinoise se fait encore sentir. Cette miniature est signée Mechmed Mourad, de Samarkand (PI. LXXXIV) (M. Vever). La page qui faisait pendant à celle-ci se trouve dans la collection Marteau.

Salomon et la Reine de Saba sur un trône et environnés d'anges, de démons et d'animaux de toute espèce (PI. y. LXXXIX, XC) (M. Vever,.

Une belle miniature de la pl. CXVII (fig. 144) (M. Cartier), Princesse age-

noutllée, qu'il est intéressant de rapprocher de la Sultane de M. Marteau (fig. 193) et de la Sultane rajustant son aigrette (fig. 156); comparer également la figure 14, portrait de Chah Thamasp jeune, passé de la collection Sambon dans celle de M. Vever, et qui est de l’École, sinon de la main de Sultan Mohammed, comme doivent l'être également la Princesse aux lis (fig. 150) (M. Sambon), le Groupe d’amoureux, le Portrait de Prince assis et le Prince debout (PI. CXXIV, CXV, CXIX) (M. Goloubew). |

Nous signalerons encore les grandes miniatures avec motif central et marges à personnages (PI. XCIV, XCV, XCVII), le Prince et son précepteur au trait d'or, par Agha Reza, provenant de la collection de Chah Abbas (PI. XVII) (M. Vever), le délicieux Fauconnier de M. Claude Anet (PI. XVI), une composition à nombreux personnages de Farrouk Beg (PL. CIX) qui semble être du xvi siècle, et les curieuses cérémonies turques des pl. LXXXVII, CX et CXI (M. Goloubew).

Si nous passons à l'examen des Manuscrirs exécutés à ces mêmes époques, il nous est très difficile de choisir entre eux. Citons cependant :

Un superbe Gouy va Tchougan (Jeu du Mail) dont les miniatures sont attribuées avec beaucoup de vraisemblance à Agha Mirek. La page reproduite montre des anges aux quatre angles de chacune des deux pages de titre (PI. LXVIIL), à M. Louis Cartier, qui exposait encore, parmi d'autres belles pièces, un magnifique manuscrit qui porte le cachet de la Bibliothèque de Chah Rokh, fils de Tamerlan, mort en 1456. Sur l’une des miniatures, on remarque un ascète au désert, entouré d'animaux, dans un paysage bleu, sous un ciel d’or. Une autre page admirable

d'un Boustan de Saadi, également à M. Cartier, nous montre un sultan sur son trône entouré de nombreux personnages, dans un pavillon, au milieu d'un jardin (PI. LXXIIT) qui doit être de la main de Behzad.

D’autres encore : Un Divan Hafiz dans sa reliure originale (M. Smet) (PI. LXX). Un Boustan de Saadi, dont les figures sont traitées à la manière de Behzad (PI. LXXIT) (M. Vignier). — Un Golistan de Saadi de 1,43 (M. Marteau) (PI. XIV). Un Khamseh Nezami et un Divan d’Amir Ali Chir Newaï, représentés chacun par une page (PI. LXXI), le premier à M. Meyer-Riefstahl, le second à M. Demotte. — Un recueil de Poésies, dont les miniatures sont d’Abdollah el Mozahheb (le Doreur), à M. Demotte (fig. 122 et 124). — Un important Chah Nameh illustré par sept artistes différents, à M. Demotte (PI. CII, CII, CIV). — Un divan d'Amir Chahr, précieux manuscrit portant les cachets de Chah Abbas, de Djahanghir, de Chah Djehan, d’Alem Guir, et de la Princesse Beghum Saheb (P1. LXXX) (M. Demotte). — N'oublions pas la belle page de la première moitié du xvi° siècle reproduite PI. XII, qui fait partie d’un manuscrit appartenant à M. Gaston Migeon. — Le manuscrit de 1$10 dont les peintures sont attribuées à Behzad (PI. LXXIV)

(M. Sambon). —— Une belle miniature d'un Xhamseh Nezami (Scène dans le Pavillon vent) (M) Jéumiette) (PI. CV).

Mais notre embarras est très grand pour faire une sélection parmi tant de pièces, qui sont toutes intéressantes, et il faut nous arrêter.

Il en est de même pour les Dessins, parmi lesquels nous nous bornerons à citer l'Ermite dans un tronc d'arbre (P1. CL) (M. et M" Smet). — Balkis Reine de Saba, œuvre de Chah Qouly (PI. CXLVIIT) (M. Claude Anet). — Deux jeunes gens se tenant par la main (PI. XIII). — Portrait de mignon, avec enluminure (PI. CXLIV, fig. 197). — Vieux Beg à la chasse (PI. CXLV, fig. 201). — Scène des champs, par Mohammadi (PI. CLII); ces quatre dernières pièces, à M. Marteau. — Le portrait d'un Émir assis, par Sultan Mohammed (M. Albert Henraux) CO CORNE).

Nous rappelons enfin la belle réunion des dessins de Reza Abbaci, appartetenant à divers amateurs. |

2 ART INDO:PERSAN

Miniatures. — L'Art Indo-Persan était remarquablement représenté par les pièces des collections de Madame la Comtesse de Béarn, de celles de MM. Cartier, Goloubew, Marteau, Smet et Vever. Elles joignent à un mérite artistique considérable un intérêt documentaire au moins égal. Nous nous trouvons en présence de représentations fidèles de scènes de la Cour des Grands Mogols depuis Akbar jusqu'à Aureng-/eb, et même l'admirable morceau appartenant à M. Goloubew, et qui figure la cour de Djahanghir, nous donne les noms des grands seigneurs et des courtisans de l'Empereur (PI. CLXV). |

Une autre pièce de la collection Vever nous représente Chah Djehan au milieu de ses familiers, et une autre très belle miniature de la collection Cartier nous donne l'effigie d'Aureng-Zeb (PI. XX).

Toutes ces œuvres, nous l'avons déjà dit, sont d'une somptuosité et d’une exécution remarquables.

Page 1