QUELQUES TEXTES RECUEILLIS DANS LES ENCADREMENTS
Voici terminée cette étude sommaire consacrée aux artistes de tout genre qui, en Orient, ont collaboré à l'établissement des manuscrits, et travaillé ainsi à la gloire des lettres persanes et arabes, dont ils reproduisaient des extraits jusque dans leurs encadrements.
Dans notre désir d’arracher aux pièces en notre possession les secrets qu'elles pouvaient garder, nous avons eu la curiosité de faire traduire ces fragments littéraires ainsi répandus dans les marges ou le décor des pages illustrées. Nous avons constaté, comme nous l'avons déjà dit, que, dans la plupart des cas, 1l n’y a aucun rapport entre le sujet traité par l'artiste et le texte qui entoure ce sujet. Nous sommes parvenus cependant à réunir un certain nombre de ces morceaux de prose et de poésie (ghazals' entiers, fragments de ghazals et autres poèmes), qui nous paraissent avoir quelque intérêt. Puisque l'encadreur a trouvé plaisir à introduire ces textes dans sa décoration, pourquoi, dans notre modeste travail, n'en conserverions-nous pas la trace, afin de rendre ainsi un léger hommage à ces admirables lettrés de la Perse?
Voici quelques épis de notre moisson :
Extrait de la Préface d'un Chah Nameh :
I. Quand les lettrés prennent la parole, le mieux qu'ils nee faire, c'est de commencer par louer le Maître du Monde, le Dieu Tout-puissant.
Le Maître du Monde, qui, dans la création du Ciel et de la Ten et dans l’organisation de l'Univers, n’a besoin n1 d’un Ministre, ni d’un Conseiller, ni d’un assistant, ni d’un aide.
A lui appartiennent la gloire, la royauté, la souveraineté. Sa puissance éternelle le met à l'abri de toute fin, de tout effacement, de tout règne éphémère.
L'Éternel! La poussière des événements du temps n'arrive pas au bord du vêtement de sa gloire, et les vicissitudes du temps dans l'Univers ne parviennent pas jusqu'à son seuil. Les étages des neuf cieux sont les marches les plus basses de la maison de sa gloire et le flambeau du soleil qui illumine le monde entier, le ver luisant qu'est la lune, ne sont que de pâles lueurs de ses parvis immenses.
IT. De même style, nous trouvons aussi les six vers suivants dans une préface de Nezami :
1. Ces mots : Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux, sont la clef du trésor des philosophes. | 1. Ghazal. Poésie légère où le nombre des vers peut varier de cinq à dix ou douze. Non seulement
tous les vers riment ensemble, mais aussi les deux hémistiches du premier vers. Très généralement le nom, ou le surnom, du poète figure dans le premier hémistiche du dernier vers.
2. Le commencement de la pensée et la fin des paroles, c’est le nom de Dieu. Finissez toujours par là.
3. Il verra la fin de tous ceux qui viendront, il a précédé tous ceux qui ont passé.
4. Le sceau de son nom glorieux, c’est l'Unité; le piédestal de sa gloire, c’est l'Éternité;
5. Maître Tout-Puissant de ce vieil Univers, Il tient entre ses mains la Plume de la Providence. |
6. Il connaît le Mystère des mystères du monde: le but assidu des Penseurs, c’est d'arriver jusqu’à lui. | |
III. Citons encore une maxime d’Abuzardjomehr, ou Buzurdjmir, ministre et philosophe, extraite du Tohfat el Moluk (Conseils aux Rois): « Il y a quatre choses qu’on ne peut reprendre : La parole dite, la destinée, le trait lancé, le Passé. »
IV. Le vers, tiré du 2° livre de Nezami, où le statuaire Fahrad, amant malheureux de la belle Chirin, s’écrie : « Le portrait de Chirin s’effacera un jour de la pierre. Le souvenir de son visage ne s’effacera jamais du cœur de Fahrad. »
V. Et ces autres vers d’un amateur de livres : « Il n’y a point d'ami dans le monde qui vaille un livre. Dans la vie chargée de chagrins et d’ennuis, la seule consolation est le livre. A chaque instant, dans la solitude de ta demeure, il te donne cent tranquillités, pas un ennui! »
VI. Voici encore un quatrain' dans la manière d'Omar Kheyyam :
1. « Dès le premier jour, la Providence a décidé du bien et du mal, Il n'y a aucun effort qui puisse y rien changer.
2. Ne t'attriste jamais dans le malheur, ne te réjouis pas dans la fortune, Je jure par Dieu que le destin est immuable. »