L’ivrognerie
J’attaque :
— Vous m’avez menti cependant, derechef !
— Je vous ai menti?
— Dame! Ne m’aviez-vous pas juré de ne plus boire?
Moû attaque perce... .Mon attaque jolie aux regards de Minn la lueur blanchâlre des regards qui s’effraient.
— Jolie conscience que nous avons-là, hein, ma chère?... Conscience élastique !... J’arrive, m 'était* gardé de vous avertir, — il y a une justice, — et qu’aperçois-je, ridicule, vautrée sur le sol?
Minn est pourpre; Minn est lamentable.
— Méfiez-vous! à force de pardonner, on ne pardonne plus... Et si vous avez encore pour moi de la tendresse...
— Une très grande, Edmundl
Elle fond en larmes :
— Vous le sav... savez, d’ailleurs !
— Êtes- vous certaine que je le sache ?...
puisque vous me préférez n’importe quel ratafia, n’importe quelle mixture!...
— Oh ! il se compare...
— Certes! je me compare; mettez-vous à ma place, réfléchissez! N’ai-je pas le droit d’être jaloux, colère?
— Oui, colère...
— S’il était agréable de boire au moins, de devenir laide, affreuse, une sorte d’animal inepte, inerte, gâteux!
Minn sanglote.
— Mais non... vous tenez à ce que je cesse de vous aimer, à ce que la souffrance, le dégoût...
Minn a un « alas » morne, imperceptible, comme dans le cab. . .
Je poursuis :
— Vous avez une peine secrète?
Elle ne dit mot.
— La... soif de l’oublier, de vous anéantir?
Elle ne bronche pas.
— Voyons! Minnie, un mot, une parole!
Troisième silence.
— Voulez vous me répondre, à la fin ? ou je sors, vous laisse à votre mutisme et à votre déluge !
Elle se précipite :
— No, no, my hecirt , my darling, restez!
Elle m’accroche, me pétrit, applique sa douce gorge contre ma poitrine :
— No... Tenez! je parle, je parle...
— Vite, alors!
— Edmund... j’ai bu, parce que je m’ennuyais de vous , parce que vous m’aviez abandonnée.
— Et à Londres, vous avais-je abandonnée?
— A Londres, vous n'étiez pas avec moi.
— Donc, il va falloir que je ne vous quitte plus, que je m’érige en policeman ? Délicieux, vraiment!... policeman !... policeman de miss Brandon!
Sa gorge est d’une tiédeur, d’un attrait!...
— Eh bien ! ce rôle, ma bonne amie, je le refuse...
« Est-ce que je le refuse? »
— Et, puisque vous avez un vice, rédhibitoire... vice que j’épiais du reste, que je craignais, permetlez-moi de vous l’apprendre!... adieu, séparons-nous.
Minn vacille... Minn est toute blanche...
— Edmund... Edmund...
Je la soutiens, et elle m’incante... J’ai devancé l’époque où, peut-être, serai-je de taille à me priver d’amour... si Elle continue.
— Edmund...
Elle m’a remis au fourreau ; puissance de la faiblesse!... Pauvre petite Minn, hors de sa counlry, des siens, pour mon plaisir, et que je maltraite !
— Qu’est-ce que vous avez?
« Ne le sais-je pas? »
Je baise ses yeux, sa bouche de fruit,
Téloffe de ses manches... Je l’assois, la tlatte, lui murmure des phrases gentilles, des phrases couardes, l’aveu de mes torts, torts illusoires, un blâme de mon caractère, vif, acariâtre...
Voici que je demande pardon !
— Excusez, bijou, mon ange, le chagrin que je vous ai fait.
Elle se réconforte.
— Mais plus l’ombre d’une récidive, par exemple, Minn!... Prometlcz-le-moi de nouveau, sur l’honneur, et je vous croirai, je désire vous croire...
Elle est inquiète :
— Vous fermeriez à clé notre cave?...
Aucune chose buvable ne traînerait, que la chose vulgaire, la chose du philtre?
Je ne lui ai pas ri au visage. Nul n’aurait osé rire de son flegme.
— Soit! ai-je prononcé, niaisement.
Et, pour ma gouverne, j’interroge Minn sur ses débuts d’ivrognesse :
— Quand l’alcool vous a-t-il prise?
Elle se remémore le square, l’entremetteuse :
— Une confession, une deuxième, après la si délicate?... O-oli!
— A qui la faute?
— A moi, je comprends très bien...
mais...
— AU rightl dans mes bras, chérie... La tête penchée... Me voyez-vous un peu moins?
— Je ne vois qu’une moustache...
— Je ne vous intimide plus?
— Presque plus.
— Alors, cette confession, de grâce.
Quand l’alcool?...
— Il y a huit, neuf années. I dont
know
— Pourquoi?
— Decause ma sœur Agnès. Agnès aime