Une petite goutte
M1NNIE BRANDON
— Et à ce café, jadis!
— Impossible de me retenir, quelquefois... J’entends des ordres.
— Des ordres?
— Qui me développent, m'insurgent...
qui me poussent.
— Comme Jeanne d’Arc?
Je plaisante et me le reproche.
— Yes, yes , comme votre Jeanne d’Arc, si son histoire est bien vraie.
Euh! l’Anglaise!...
— Que diable, Minn, on résiste!... Un ordre s’écoute, se rejette.
— Les miens me torturent... Ils m’arrachent l’estomac... Je boirais dans le ruisseau .
Elit est franche !
— Je suis pareille aux joueurs, aux fumeurs, aux femmes riches et voleuses.
Que lui dire?... Mon crâne s’enlénèbre, se nuage de monotonie... Boire! boire!
même acte, même geste!... Dois-je m’y
éterniser, puisque l’on avoue, se charge, puisque je n’ignore point?...
Ma compagne jase... Elle me regarde... elle veutguérir...
Ce jour-là, rue d’Auerstaed, me souvenanl que Minn fut piétiste, par hasard, nous sommes entrés dans une église luthérienne ; je lui ai fait résumer en un vœu grave toutes ses promesses d’être sobre... Mais l’église ressemblait à une brasserie où l’on aurait caché les verres, les lilres et les bocks.
Trois mois, à la suite de mon algarade, — les arbres se pomponnaient de vert, —
Minn demeura l’esclave de sa parole. Et, — sauf la blêmeur, le cerne revenus, — peut-être... oui, peul-être eût-elle guéri... n’étaient le voisinage, les tentacules du cabaret borgne, n’étaient mes allusions, mes suspicions, mes désignatifs, atroces coups d'œil, et une jalousie sourde, infuse, une jalousie active, une jalousie bouillante d’éprouver, de tâtonner, une jalousie peureuse...
— My dear, vous êtes morose... 11 faut vous distraire, poor boy ', renouer avec le monde, — me conseille Minn, pleine de grâce, un malin bleu.
« Espère-t-elle boire de nouveau , en cachette?... »
J’hésite à me démentir... agrippe le conseil au vol, pour que ma maîtresse ait du temps à perdre, me choisisse ou se choisisse... etje commence derudes, excessives,