‹ Minnie BrandonChapitre 9 sur 68 · C'est tout · texte numérisé non relu

C'est tout

rait absurde de m’ouvrir à John, qui répéterait à sa femme, que je blesserais.

Depuis Versailles, cependant, l’un et l’autre semblent curieux de mes manœuvres, les observent. Croient-ils m’abattre d’un mot, ou, parce que l’on refusa de se marier, veulent-ils voir si on refusera de se donner?...

Adviennent les traverses. Je persévère à circonscrire Minnie de sapes, de fosses, de pièges.

Elle, me remémore les jeunes chiens, se jette à tout ce que je lui jette. Plus je la courtise, plus elle frétille. Nuis gages d’amour, nulles faveurs dont je puisse me targuer, soit! mais, continuement, elle me parle de moi, boude, a des ombres sur le visage, pour peu que je ne la devance point aux durs lotos de la rue Fontaine.

Un soir, à une question précise :

— Qu’avez-vous fait de votre temps, hier?

Je me suis permis de répondre :

— J’ai pensé à quelqu’un... à Minnie Brandon... Je ne cesse d’y penser.

Et mon audace ne fut pas désagréable, me valut d’être mieux incisif, mieux net, — d’oser, selon la mode anglaise, une gerbe de clématites : espoirs, soupirs! fleurs bavardes, que j’expédiai, le lendemain, à l’hôtel Gluck.

— Merveilleuses, vos clématites! m’a dit la bien-aimée, lorsque je l’ai revue. — Je vous remercie... beaucoup.

Oh ! cet azur, ces regards qui me pénétraient! ce timbre de voix peureuse, à cause de John ! Il tapote contre la fenêtre.

— Malheureusement, ajouta-t-elle, — malheureusement, la clématite est un symbole fragile.

« Fragile? »

J’achèterai le Langage des plantes , et, au besoin, j’enverrai du lierre, du buis.

Nos chairs ayant un parfum, et les parfums étant des fluides tenaces, que l’on évoque à souhait, je grille d’embrasser, de respirer Minnie, pour l’honneur, pour attendre avec patience.

Un baiser la marquerait à mon chiffre, serait une répercussion, un lien nerveux.

Et, comme l’anniversaire de l'obèse Wilding tombe cette semaine, — elle naquit le 8 août, — j’accolerai les John... puis ma violette...

C’est le jour! C’est la seconde!... Au delà du Pas-de-Calais, l’usage ordonne

de s’embrasser les lèvres!... Suivons l’usage... Grenues, bovines, celles de John... Fades, celles de Mary... Pouah! — Mais les autres, après quinze ans d’oubli, d’abstractif, j’ai, sur ma bouche, tandis que j’écrivaille, leur saveur de reine-claude, et à mes narines, leur fraîche odeur poivrée, si suave, remonlante, si loin de toute vieillesse et de toute mort.

Le Jardin d’acclimatation, où viennent d’atterrir Minnie, Mary et moi, — ne faut-il point amuser l’étrangère? — est une sorte d’oasis que, par intervalles, je hante. Elle me refait adolescent.

On s’assied à la brise d’un hêtre, on

glisse à du sommeil, les membres affalés, le couvre-chef sur les cils, et, avec un peu de bon vouloir, de Mavne-Heid, grâce aux bêtes captives, aux cris dans l’air, aux minuscules rocs, aux pelouses piquées d’arbres, soufflées de buissons, aux lacs de nymphéas et d’iris, apparaît le pays des savanes, des fleuves énormes, des troupeaux libres, des libres chasseurs d’antilopes et de chevelures.

Je reviendrai me souvenir, un matin ; car, à présent, it is out of season

— Qué lé hasard nous mène! a décidé Mary Wilding.

Et il nous mène, d’un pas torpide, le long de grilles, de grillages, en une atmosphère de fournaise.

Les deux femmes regardent, inspectent les curiosités, les moindres quadrupèdes; moi, j’admire la nuque blonde de Minnie,

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