ACTE PREMIER
MADAME GRANDIER
Le comte Urbain, qui vient ici tous les jours et achète régulièrement dix paquets de tabac. Ces* inouï, ce qu'il en consomme. Uh ! ce n*est pas qu'*.. suit dangereux. C'est un bon i,rar<;on, mais il n'est pas très fort
MlyUETTE, avec un sourire attendri.
Non, il n'est pas très fort.
MADAME UltAXDIER.
On peut même dire qu'il est un peu bébête.
MIQUETTE, même jeu
Oui, il est un peu bébête !
MADAME GRANDIER
Enfin, il n'a pas inventé la foudre.
Non...
MADAME GRANDIER
Il arrive ici effaré. 11 s'assied et, sans perdre une minute, il ne dit rien. Quand il fait beau, il a son parapluie.
Oui; mais, quand il pleut, il a sa canne!
MADAME GRANDIER
Il est aussi ahuri que ton percepteur.
MIQUETTE, un peu triste.
Seulement, lui, il n'est pas amoureux de moi. Ah ! ne pensons plus à tout ça!... Qu'est-ce qui t'a donc pris de me parler de toutes ces bètises-là ?
MADAME GRANDIER
Je nesais pas. J'ai toujours peur. Je voudrais tant que tu sois heureuse, ma c lié rie l
MIQUETTE, tendrement
Mais je le suis, maman II ne me manque rien, je te jure. On s'aime bien toutes les deux. Il tient beaucoup de bonheur dans notre petit coin. On ne fait pas de bruit, on est snge. Le temps glisse tout doucement, on ne lui dit rien. Alors il passe. Ne sois pas triste, maman. Tu sais, il y a un grand saint qui a dit: « Il faut laisser la tristesse aux heureux de 1:0 monde... » Laissons-la-leur, sois pas triste, maman.
C'est que l'avenir m'inquiète.
Dali 1 l'avenir !
MADAME GRANDIER
L'avenir, c'est de.nain ! Et, demain, c'est tout à l'heure I
MIQUETTR.
Nous avons bien le temps d'y songer. Je suis encore une toute petite fille qui aime à se mettre sur les genoux de sa maman et qui joue des heures entières avec Juliette !
MADAME GRANDIER
Ta poupée I A ton âge, tu n'as pas honte.
MIQUETTB.
Oui, c'est ridicule, je le sais bien ; je suis encore une gosse, c'est malheureux. Mais c'est ta faute aussi; tu es si jeune !...
MADAME GRANDIER
Tu es folle, ma pauvre petite. Ma vie est finie, à moi, ma vie de femme. Elle est bornée maintenant aux quatre murs de notre pauvre vieille boutique.