ACTE PREMIER
MADAME GRANDIER
Comme c'est drôle!
MONGRÉBIN.
Pas du tout ! C'est de l'atavisme I
MADAME GRANDIER
De la quoi? monsieur Mongrébin?
MONGRÉBIN.
De l'atavisme, madame Grandier.
MADAME GRANDIER
Qu'est-ce que c'e»t que ça?
MONGRÉBIN.
C'est une théorie ingénieuse qui permet d'avoir tous les vices possibles, de commettre toutes les turpitudes imaginables, en les mettiint sur le dos de se< aïeux I Comme on e*t sûr qu'ils ne diront rien, çt va tout seul !
MADAME GRANDIER
Oh ! que c'est commode !
MONGRÉBIN.
C'est très commode, madame Grandier. Eh bien, la famille de La Tonr-Mirande sort de Hugues-Aidebeit qui, en 11:10, partit pour la croisade.
MADAME GRANDIER
A la suite d'un \œu ?
MONGRÉBIN.
Non. A li suite d un pati ! C'était un guerrier résolu. Aussitôt débarqué à Saint-Jean d'Acre, il m tarda pas à se faire distinguer.
MADAME GRANDIER
Par ses chefs ?
32 MIQLETTE ET SA MEIiE
MONGRÉBIN.
Non, par une grosse dame... une grosse dame qui tenait des bain^, une ancienne aimée.
Des bains I Comment 1 II y en avait déjà à cette époque ?
MONGRÉBIN.
Il y a toujours eu des hammams, en Orient. Hu« gnes-Aldebert s'enthousiasma pour cet établissement et s;i propriétaire, et prit des bains turcs avec une ardeur si répétée et si communicative qu'un enfant en n-.iquit.
MADAME GRANDIER
Pas possible !
MONGRÉBIN, égrillard.
On naîtrait à moins.
MADAME GliANDIER, choqul*.
Monsieur Mongrébin...
MONGRÉBIN.
Ainsi se fonda la famille : et, depuis lors, à travers les âges, on retrouve, chez tous les La Tour-Mirande, ou bien l'énergie, la grunde allure et l'impétueuse volonté de Hugues-Ahlebert, ou bien l'indolence passive et la mollesse orientale de la patronne du hammande Saint-Jean-d'Acre. Le marquis, c'est Hugues- Aldebert. Le comte, c'est la grosse dame des bains.
MADAME GRANDIER
C'est tout de même drôle qu'il y ait des histoires comme ça dans les grandes familles...
MONGRÉBIN.
S'il n'y avait pas des histoires comme ça, ce ne
seraient pas des grandes familles... Et, là-dessus, madame Grandier, il ne me reste qu'à vous payer mes cigares.
MADAME GRANDIER
Ah ! C'est vrai !
Mongrébin paye. Madame Grandier lui rend la monnaie.
MOXGRÉBIN, lui rendant une des pièces qu'il Tient de recevoir.
Elle est un peu fausse 1
MADAME GRANDIER
Oh 1 excusez-moi...
MONGRÉBIN.
Je vais présenter mes devoirs à notre député qui est de passage ici...
MADAME GRANDIER
Ah! Je ne savais pas!... Je vais vous accompagner... Justement, voici Miquette qui rentre...