ADMINISTRATIONS DU DÉPARTEMENT ET DBS DISTRICTS
corde. Elle était trop éloignée et trop humide. Le vœu général était de se transporter dans celle de Saint-Jaume qui dépendait du collège de ce nom. Cette église et ce collège, jadis possédés par les jésuites, avaient été, depuis 1782, confiés par la municipalité à la congrégation de TOratoire.
M. Michel Roussier écrivit au supérieur, le père Duvaublin ; celui-ci , avec la politesse la plus prévenante , mit à la disposition des électeurs, non seulement Téglise, mais toutes les pièces de la maison (1).
Ils se montrèrent dignes de cette hospitalité par le sérieux avec lequel ils remplirent leur devoir civique. Une pancarte placée à côté de l'urne électorale leur présentait le serment de ne nommer que les citoyens qu'en leur âme et conscience ils auraient jugés les plus dignes de la confiance publique. Chacun d'eux, en votant, disait à haute voix : « je le jure (2). »
Les administrateurs d'un district pouvaient être pris indifiFéremment et sans réserve parmi les éligibles de tous les cantons de ce district. Ils étaient d'ailleurs élus suivant les mêmes règles que ceux de département.
Le mercredi 30 juin, à onze heures et demie du matin, le scrutin fut fermé. Cent quatre-vingt-dix-neuf listes de vingt-quatre noms chacune y avaient été déposées. Le dépouillement ne donna qu'un résultat. Seul M. Michel Roussier réunit la majorité absolue (3).
Le second tour de scrutin n'aboutit qu'à trois élections. Au troisième, les huit autres administrateurs furent désignés à la pluralité relative. Les deux derniers n'obtinrent que cinquante-quatre voix (4).
Plusieurs intermèdes étaient venus couper la monotonie de ce travail (5) : défilé de gardes nationaux, harangue de
(1) Procès-verb&lf pp. 3-4.
(2) Idem, etc., p.*18.
(3) Idem, pp. 18-23.
(4) Idem, pp. 26 et 33.
(5) Idem, pp. 20-37.
leur capitaine , visite des élèves du collège de Saint- Jaume, discours de l'un d'eux, M. Chapelon fils (1). Ce discours paraîtrait bien écrit, et dans le ton, si l'on pouvait oublier l'âge de l'orateur. L'assemblée battit des mains. La réponse de M. Michel Roussier eut des accents simples, vrais et touchants, surtout lorsqu'il rappela sa propre éducation au collège de l'Oratoire : « Elevé comme » vous, dans le sein de ce corps vénérable où vous puisez » l'amour de l'étude, des vertus, des mœurs, de la reli- » gion , » dit-il , « je lui dois le peu que je vaux ; daignez » être auprès de lui l'organe de ma reconnaissance (2). »
A l'exemple de l'assemblée électorale du département, celle du district de Marseille voulut rendre grâces à Dieu.
Le dimanche, 4 juillet au matin, deux compagnies delà garde nationale , commandées par les capitaines Henri Trestour et Jean-François Méry, l'escortèrent à la Major avec le drapeau et la musique (3).
Au retour de cette solennité, le président ajourna les électeurs au jeudi suivant, 8 juillet, pour entendre la lecture d'une adresse à la Constituante , dont la rédaction et l'envoi avaient été décidés. L'esprit et le langage de cette adresse sont remarquables à plus d'un égard.
On dirait une sorte d'accord et de compromis entre les sentiments de la haute bourgeoisie libérale, mais modérée, et ceux du parti populaire. Celui-ci consent à déclarer que la liberté ne sera jamais pour lui que « le respect, la fidé- » lité, l'obéissance et l'amour pour la constitution, la na- » tion, la loi et le roi (4). » Eu revanche, la bourgeoisie s'associe avec M. Michel Roussier aux protestations véhémentes de la municipalité contre les imputations que Marseille s'est attirées par ses audaces révolutionnaires. La
(1) Procés-verbal, pp. 28-29.
(2) Idem , p. 30.
(3) Idem, p. 37-38 et 40.
(4) Idem, etc., p. 43.
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solidarité du patriotisme local a opéré ce rapprochement , facilité par le talent du rédacteur.
Ce rédacteur ne serait autre que M. Brémond- Julien , si les inductions tirées du style de cette pièce ne nous trompent pas.
Naguère substitut du procureur général de la commune, il vient d'être nommé procureur-syndic du district. Il n'a pas dû laisser échapper une si bonne occasion d'exercer sa plume.
Quel que soit d'ailleurs l'auteur de cette adresse , il serait assez difficile et peu profitable d'en essayer l'analyse.
Signalons pourtant un passage curieux : l'éloge de l'assignat « qui fournit une plus grande abondance de moyens et décuple les ressources (i). » Les places de commerce les plus considérables avaient bien accueilli cette monnaie fiduciaire. Le 18 avril 1790, M. Verdollin mandait aux commissaires des communautés que la ville de Rouen en faisait demander pour quarante millions; elle ofi'rait de les payer comptant. Caen, Bordeaux, Lille, Douai, etc., en réclamaient aussi (2). « Les assignats circulent et vien- » nent fort à propos suppléer à la rareté du numéraire, » écrivait, le 15 mai, la municipalité de Marseille à ses députés de l'Assemblée nationale. Dans l'intérêt des ouvriers et des journaliers, elle avait ouvert à l'Hôtel de ville un bureau où tous les assignats de 200 livres provenant du fruit de leur travail, leur étaient échangés contre des espèces sonnantes (3). Si la mesure était bonne pour les travailleurs, elle n'était pas mauvaise pour les assignats. L'adresse la rappelait avec éloge (4).
Cette louange semblait promettre un heureux accord en-
(1) Procès-verbal, etc., p. 45.
(2) Archives départementales des fiouches-du-Rhône , G, 1337 : lettre de M. Verdollin aux commissaires des communautés (18 avril 1790).
(3) Archives municipales de Marseille, registre des lettres écrites, commencé le 8 septembre 1789 : à MM. les députés de Marseille à l'Assemblée nationale (15 mai 1790), ^ 167.
(4) Procès-verbal de rassemblée électorale du district de Marseille, p. 45.
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tre la municipalité et la nouvelle assemblée administrative. L'événement ne tarda pas à démentir ce présage.
Le district de Marseille inaugura ses fonctions le lundi 12 juillet (1). Celui d'Aix avait été organisé le premier dans le département des Bouches-du-Rhône (2) ; il s'était réuni le 6 et séparé le même jour après avoir élu au scrutin individuel son président, M. Noé, marchand d'Aix, et les quatre administrateurs de son directoire (3). Ce directoire s'occupa aussitôt des objets confiés à son administration ; mais pour imposer aux municipalités qui voulaient s'écarter des décrets et aux gardes nationales qui, la force en main, se portaient « à des excès condamnés par toutes les lois, » comme allait dire son vice-président M. Bermond, son autorité était trop précaire; il vit avec bonheur se constituer l'administration départementale (4).
Celle-ci tint à Aix, du 20 au 22 juillet, une session extraordinaire pour former son bureau et désigner les huit membres de son directoire (5).
Les avocats ou magistrats étaient l'élément prépondérant parmi ces administrateurs du département. Ils étaient dix-huit et avaient pour collègues sept négociants, quatre prêtres ou chanoines, un ménager, un agriculteur, un dpcteur en médecine, un bourgeois (6).
(1) Archives dcpartemon taies des Bouchos-du-Rh6ne, registre des délibérations du district de MarseiUe, L. 4, n* 1, p. 1.
(2) Archives départementales des Bouches-du-Rhône (L. III. 1), procèsverbal de rassemblée d*administration du département des Bouches-do- Rhône, commencé le 20 juillet, f* 5. — (Imprimé dans l'inventaire des archives départementcdes postérieures à 1789» par Louis Blancard : Documents de la période révolutionnaire, série L, t. I, p. U). — Registre des délibérations du district d'Aix, L', n*. 1, pp. 1-3.
(3) Archives départementales, registre des délibérations du district d'Aix, L", n* 1, pp. 1-3.
(4) Archives départementales, registre des délibérations du district d*Aix, L*, n* i, p. 8. — Inventaire, etc., p. 14.
(5) Archives départementales. L. III, 1 : procès-verbal de rassemblée d'administration du département des Bouches-du-Rhône, commencé le 20 juillet 1790, f" 1-10. Inventaire, etc., pp. 9-16.
(6) Bibliothèque Méjanes , Recueil 3i32^, t. VI , pièce XII : liste dos administrateurs du département des Bouches-du-Rhône , reproduite par M. de Ribbe, PtLScaliê, pp. 313-4.
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Ce fut pourtant à un négociant que vingt et un suffrages sur trente-trois votants donnèrent la présidence. Il se nommait Etienne Martin, fils d'André. On ne doit pas, comme a fait un savant histocien provençal, le confondre avec le maire, son homonyme (i). 11 était né à Marseille le 4 octobre 1748, et s'y était marié avec une marseillaise, M"* Christine Fresquet ; mais , originaire de Genève par son père , il tenait fort à son titre de bourgeois de cette cité. Propriétaire foncier et armateur , il possédait plusieurs vaisseaux et faisait le commerce des colonies françaises d'Amérique (2).
Le doyen d'âge, M. Pierre Lenice, le félicita sur son élévation, en louant la précision de son esprit et son amour du bien public (3).
Dans sa réponse, M. Martin rappela qu'il avait « reçu » ses premières impressions sociales dans un pays qui » n'existe que pour la liberté (4). »
La loi voulait que le secrétaire archiviste fût pris en dehors de l'Assemblée. M. Decène fut choisi. Il remplissait déjà cette charge dans la société patriotique d'Aix (5).
La nomination des huit membres du directoire devait avoir lieu à la majorité absolue et au scrutin de liste double. Il ne fallut pas moins de huit tours pour arriver à un résultat définitif et complet.
(1) De Ribbe, PascaliSt p. 312 (en note).
(2) Bibliothèque publique do Marseille, Pièces relatives au conseil municip&l de celle ville^ DeK, 4768, t. III, pièce xiv : protestation du sieur Martin, fils d*André, contre les délibérations prises par le conseil municipal renforcé de cette ville, les 19, 20 et 25 janvier 1790.
(3) Archives départementales : procès-verbal (manuscrit) de l'assemblée do Tadministration du département des Bouches-du-Rhône, commencé le 20 juillet 1790, L. HT, 1, f* 2. — Inventaire (imprimé) des archives départe^ mentales des Douches-du-Rhône , postérieures à i789, rédigé par Louis Blancard, archiviste. — Documents de la période révolutionnaire, série L, t. I, p. 13.
(4) Archives départementales des Bouches-du-Rhône : procès-verbal, etc., L. III, 1, f* 3. — Inventaire^ etc., t. I, p. 13.
(5) Archives départementales, procès-verbal, etc., L. lil, 1, (• 7. — Inventaire, etc, p. 14.