‹ MirabeauChapitre 18 sur 104 · AA RE · texte numérisé non relu

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un a min autre bre que Hi même qu il confère; quand tout le monde ne saurait pas qu’ un père n’a plus de droits de juridiction sur sa fille mariée, sans l’aveu et la connivence de son mari, fût-ce même pour arrêter les désordres les plus déshonorants et les: plus scandaleux, ton cœur aurait dû te dire que nulle autorité humaine, excepté la force, ne pouvait t'ôter de dessous mon inspection médiate, que tout conseil qui t'éloignait de venir me rendre les devoirs de la tendresse conjugale était un conseil lâche, perfide et méprisable, toute autorité qui voulait l’exiger une usurpation tyrannique. Ton cœur aurait dû te dire que l’on doit au père de ses enfants, au compagnon de sa fortune et de sa vie, auparavant tout autre être, un tribut de tendresse et de soins, et qu'on ne doit qu’à lui seul, ou au moins à lui seul avant tous, ce que les hommes ont appelé « obéissance ». Tu devais donc me parler du prétendu ordre de ton père pour m'en instruire, mais jamais pour motiver ta conduite, car, je le répète, dire à son mari : je ne saurais vous allez voir, aider, consoler, quoique vous le demandiez avec instance, parce que mon père m'a défendu de bouger d'ici, c’est faire au mari le plus sanglant et le moins pardonnable des outrages. » Quoiqu'il se plaigne, dans la fin même de cette lettre, et de l'air nitreux du pays, qui lui est contraire, et de la nourriture, qui est très malsaine, Mirabeau n'avait qu'à se louer des attentions personnelles dont il était l’objet au château d'If. Sa femme lui avait écrit : « Use, mon bon ange, de cette magie que tu possèdes si bien, quand tu veux enchanter quelqu'un ». Il avait « enchanté » Je commandant de la citadelle, M. d’Allègre. Il entretenait par fraude une correspondance avec sa mère et avec sa sœur, Mme de Cabris. A celle-ci il avait envoyé la femme du cantinier, qu’il avait compromise. Cette aventure facile ne lui avait pas laissé de remords. « Il n'y avait, écrivait-il plus tard à son père, qu’une femme au château d'If qui eût figure de femme. J'avais vingtsix ans. C’est un furieux délit que d'avoir donné lieu de

a MIRABEAU PART RAR AR CAT MANN soupçonner qu de me paraissait Votes »> L’aveu ne manque de pas d'esprit, et il faut convenir que la vie de Mirabeau passerait pour irréprochable s'il n'y avait, pour charger sa mémoire, que cette intrigue de jeune Éomme avec la TN . peu farouche cantinière du château d'If. | ne Le marquis avait appris, par une indiscrétion de son A cv second fils, Boniface, les relations qui existaient entre to | IP son fils aîné, sa femme et sa fille. La crainte d’une coali-

- tion aussi menaçante pour ses intérêts, plus encore que

& ï - . les rapports favorables des autorités d'If et de Marseille AMEN sur la conduite du prisonnier, le détermina à faire trans- Etre férer celui-ci « dans un endroit beaucoup plus conve

nable », où il jouirait d’une demi-liberté. D'If, Mirabeau fut envoyé, le 25 mai, au château de Joux, près de Pon-. tarlier, et remis entre les mains du gouverneur, M. de Saint-Mauris, dont il était le seul détenu. « Relégué parmi nles:outs; dans un nid de hiboux », il ne parut pas, : tout d’abord, trouver une amélioration véritable dans le ‘ changement dont son père l'avait gratiñé comme d’une Me faveur. Ses relations avec sa femme, qui s’excusait avec ! une assez plate maladresse de ne pas aller le rejoindre, . s'étaient aigries. « Je veux bien croire, Madame, lui écri- © , vait-il, que vous n’avez pas senti combien infailliblement vous vous déshonoriez en prenant le parti que vous me : proposez de retourner chez votre père et de fuir mon 4 retour. Comme on ne saurait cette fois attribuer votre … … mécontentement à mes mauvais procédés, de quel œil 5 croyez-vous qu'on verrait votre désertion, au retour d’un ‘4 époux malheureux dont vous avez déjà abandonné lesort? . Date Rentrez en vous-même, Madame, et ayez moins de sensimu | bilité pour les choses que je vous ai dites que de regret de Ni m'avoir fourni les occasions de vous les dire. » Mirabeau, dans cette même lettre, donne des détails curieux sur sa 4 situation personnelle : « Je suis, avec la seule liberté de la | * chasse, dans un pays où il n’y en a pas, et où d’ailleurs mes jambes fortement goutteuses ne sont plus assez KA bonnes pour me porter. Point de ville, du moins où il me ti soit permis d'aller, quoiqu'elle soit à un quart de lieue;

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point fie société, point de livres: en un mot, je sors * d’une prison que les égards qu’ on y avait pour moi avaient adoucie pour entrer dans le pays le plus triste et le plus froid de l’Europe. Je vous prie de dire à mon . père que je n’ai pas touché un sol depuis que je suis ici, où par ordre du tout-puissant du Bourguet (homme de confiance du marquis) je suis venu sans le sol. Je suis dans le plus cruel embarras, et arrivé d’ailleurs avec dès habits de camelot, dans un pays où le drap est un trop léger habit d'été, où tout était couvert de neige le 30 mai et où, les premiers jours de juin, il n'y avait pas une feuille. >» Quand il écrivait, le 11 juin 1775, cette lettre jusqu'ici inédite, Mirabeau disait-il exactement à sa ‘ femme la vérité sur sa situation ou n’en exagérait-il pas les inconvénients pour l’apitoyer et provoquer son intervention auprès du marquis? On peut croire que la rigueur de M. de Saint-Mauris envers son prisonnier n'était pas aussi sévère. Du moins ne tarda-t-elle pas à s’attendrir. Mirabeau, grand liseur et preneur de notes, eut des livres; il put se rendre librement à Pontarlier; et les égards de son nouveau gouverneur allèrent jusqu’à . l’associer aux fêtes qu’il donnait. C’est dans un de ces dîners offerts par M. de Saint-Mauris qu'il fit, au cours du mois de juin, la rencontre qui devait avoir sur sa vie ‘une influence ere

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