‹ MirabeauChapitre 3 sur 104 · L: MIRANKAT, L · texte numérisé non relu

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des bases dont leur profession n’est jamais à court. Mais l’examen rigoureux des textes et des preuves laisse la question plus que douteuse; il est probable qu'elle restera insoluble. |

Il résulte, au contraire, d’un acte authentique, que” Pierre Riqueti fut « créé et élu >» consul de Seyne, (aujourd’hui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Digne), le 26 janvier 1346. Cette origine, moins ancienne et moins éclatante que celle dont se prévalait le marquis de Mirabeau, a pour elle, à défaut d’autre titre, la force de la certitude.

La famille Riqueti s'établit à Marseille au commence- : ment du xvl° siècle. Elle y fit le commerce du corail et elle y installa une manufacture d’étoffe d’écarlate. En 1562, Jean Riqueti fut élu premier consul de Marseille. « C’est là, disait, cette fois avec exactitude, le marquis de Mirabeau, que notre maison eut son véritable lustre, fondé sur l'utilité publique. » Il semble en effet que Jean . Riqueti acquit à la fois une grande réputation et une grande fortune. Marié à Marguerite de Glandevès, qui appartenait à la vieille noblesse provençale, il acheta en 1570 les terres et le château de Mirabeau, situé sur la Durance. Son petit-fils, Thomas, fit encore un plus brillant mariage; il épousa, le 27 septembre 1620, « demoiselle Anne de Pontevès, fille légitime et naturelle de feu magnifique seigneur Messire Pompée de Pontevès, vivant seigneur de Buoulx, capitaine de cinquante hommes d'armes ». Il reçut chez lui, en 1660, le jeune roi Louis XIV. Des lettres patentes du mois de juillet 1685 érigèrent la terre de Mirabeau en marquisat.

Le fils de Thomas, Honoré III, lettré, soldat et administrateur, joua à Aix, comme premier procureur du pays de Marseille, dont il fut le délégué auprès de la cour, un rôle important. Il mourut en 1687. C’est avec Jean-Antoine, son fils, que la famille Riqueti de Mirabeau produit son premier type caractéristique. Mirabeau nous montre ce Jean-Antoine, son grand-père « imposant à tous égards par sa réputation, ses services, sa

Rs les ses vertus, et jusqu’ à ses Bu >.

| Jean-Antoine, né le 29 septembre 1666, passa son Donne au château de Mirabeau, où il reçut une éduca-

tion de famille. Grand, la taille bien faite, la figure noble,

le cœur généreux et ‘brave, il fut, avant l'â âge de dix-huit ans, placé au corps des mousquetaires, où il resta quatre ans. Vaillant et aimant son métier, il allait sans cesse « à

. la guerre ». En 1606, il eut un régiment d'infanterie, que par son activité, sa fermeté, son esprit de justice, il tenait - admirablement en main. Plus affable pour les petits que

commode avec les grands, il avait l'esprit indépendant et la repartie prompte. On cite de lui des mots drôles et d’autres, terribles, qui, n'étant pas d’un courtisan, ne devaient pas contribuer à sa fortune. Le duc de Vendôme,

. mécontent d’une réponse plus que vive qu'il aurait faite

à Louis XIV, lui disait : « Désormais je te présenterai à

. l'ennemi, mais jamais au roi ».

Contre l'ennemi, il était partout au premier rang, exposant aux coups sa taille colossale, plus ménager de ses hommes que de sa personne, à Chiari, à Luzara, à

Mantoue. A Cassano, en 1705, il disputa à un de ses

amis, pistolet en main, l'honneur de défendre un pont

dont l'importance stratégique était décisive, afin d'arrêter le prince Eugène. Une balle lui ayant cassé le bras droit,

il prit une hache du bras gauche, mais un coup de fusil lui coupa les nerfs du cou et la jugulaire : il tomba, on le crut mort et son corps servit de marchepied à ses

ennemis. Quand il parlait, plus tard, de Cassano, il disait : « C'est l'affaire où je fus tué ». S'il en réchappa,

ce ne fut pas tout entier. Il resta privé de l’usage du bras

droit, « pour lequel il s'était fait une parure d’une grande”

écharpe noire », et, à la suite d’une opération dont la

- hardiesse étonna, il dut porter un collier d'argent pour soutenir sa tête.

, ‘Sa carrière militaire était interrompue. Il “avait quarante ans. L’inaction lui pesait, il se maria. Il n'avait

« ni tous ses nerfs, ni tous ses os », pour parler comme

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Monluc, et son

et belle, qu’il épousa. Aux eaux de Digne, où il soignait ses blessures, en 1706, il rencontra Mile de Castellane, dont les qualités physiques, et surtout la sagesse et la dignité, le séduisirent. [l essaya, assez bizarrement, d’obtenir sa main d'elle-même, à l'insu de ses parents. Cette singularité, par laquelle il voulait hâter le mariage, le retarda. La cérémonie n'eut lieu que deux ans après.

Mlle de Castellane avait vingt-trois ans. Elle sut se plier :

aux humeurs d'un mari dont les douleurs aigrissaient le caractère. « Ah! madame, disait-elle un jour à une de ses amies qui s’avisait de la plaindre, si vous saviez combien on est heureux de pouvoir respecter son mari! » Elle ne manqua ni au respect qu’elle lui devait ni à celui qu’elle se devait à elle-même. Son régiment vendu, Jean- Antoine se retira dans son château de Mirabeau. Aïdé de sa femme, il s’efforça, non sans rudesse, de remettre ses terres en état. Le système, par suite d’un ordre qu'exécuta mal son beau-frère, lui coûta cent mille écus. Le ménage, retiré à Aix, supporta avec un grand courage cette perte, qui le faisait passer de la gêne à la pauvreté. L'ordre et l’économie réussirent à tout réparer. Jean- Antoine mourut le 27 mai 1737, dans sa soixante et onzième année, regretté et pleuré de ceux-là mêmes qui

avaient eu à souffrir de son tempérament autoritaire.

Sa femme se prolongea jusqu'en 1766.

Sept enfants naquirent du mariage de Jean-Antoine de Riqueti avec Françoise de Castellane. Quatre de ces

enfants moururent avant le père. Trois garçons lui survé-

curent. Leur éducation avait été rude. Ils n’avaient jamais

« osé adresser un culte direct » à Jean-Antoine, et ils

n’eurent, à aucune époque, d’entretiens suivis avec lui. Ils le craignaient au point que ses lettres, qu'il dictait à sa femme, leur donnaient des battements de cœur. « Je n'ai jamais eu, disait le fils aîné, l'honneur de toucher la chair de cet homme respectable, de ce père essentielle-

caractère, “impétueux et violent, ne je recommandait pas plus que ses infirmités au choix d’une . jeune femme. Ce fut pourtant une jeune femme, et noble,

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fat toujours sentir, sans se montrer jamais au ai » Était-ce un exemple particulier d’un système général d'éducation? Il ne serait pas excessif de le dire. Cette sévérité, qui tenait à l'écart les élans de la tendresse filiale, procédait du tempérament exceptionnel de Jean- Antoine. Ses enfants ne se trouvèrent pas armés au

même degré contre les surprises de la vie.

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