‹ MirabeauChapitre 4 sur 104 · VERS TE · texte numérisé non relu

VERS TE

ee

Ils avaient été reçus tous les trois chevaliers de Malte de minorité.

Le cadet, Alexandre-Louis, eut la carrière la plus courte, mais non la moins romanesque. Ses « singularités fougueuses », pour parler comme son frère, quoi-

qu'elles eussent l’air commun à la famille, n'étaient pas

he N

nu + re 1 à LU w

Es *:

de celles qu'on rappelait avec plaisir. Après avoir servi sous les ordres de Vauvenargues, promu capitaine au

régiment du roi, il se trouva aux batailles de Dettin-

ghen, de Fontenoy, de Lawfeld, de Raucoux, et aux sièges de Namur; d’Ypres et de Furnes. C'était, comme son père, un vaillant soldat. Mais les « passions vives » que - Vauvenargues avait démêlées en lui le jetèrent dans

une intrigue avec une Mademoiselle Navarre, maîtresse

du maréchal de Saxe, — et de quelques autres, — qu il épousa, étant âgé de vingt-trois ans, en 1747. Cette union

à scandalisa sa famille. Elle dura peu. Veuf en 1749, mais __ toujours brouillé avec les siens, qui ne lui pardonnaient pas sa déchéance matrimoniale, Alexandre-Louis plut en

1755 à la margrave de Bayreuth, sœur de Frédéric, qui

passait par Avignon. Il devint grand chambellan et cons seiller privé du margrave. Le roi de Prusse d’abord, le margrave de Bayreuth ensuite, l’'envoyèrent en mission :

auprès de la cour de France. Si ce crédit imprévu le réconcilia avec ses frères, il fallut, pour le rapprocher de sa mère, un nouveau mariage, qui fit oublier le premier. Il épousa, avec une dot par laquelle le margrave paya ses services, la comtesse de Kunsberg. Ces noces réparatrices lui donnèrent à peine quelques mois de bonheur. I1 était enlevé, moins d’un an après leur célé-

, mais dont la dignité contenait la bonté, qui

# Ye + - .

Lu Née?

Nr

LT J «. AN PE Er de

Di4rs

MIRABEAU RES NS ee en “bration, en jillet 1767. Sa femme, « la petite comtesse »,

s'installa auprès de sa belle- -mère, qui l’adorait, et à

laquelle elle prodigua, dans les crises terribles qui acca-

blèrent sa vieillesse, un dévouement admirable. Elle mourut en 1772.

Cet oncle de Mirabeau ne joua, sinon par l'exemple, aucun rôle dans la vie du tribun. Aussi ai-je passé rapidement sur son existence, dont les péripéties ne sont pourtant pas dépourvues d'intérêt. Il en va tout autrement avec l’autre fils de Jean-Antoine, connu sous le titre de « bailli >. Celui-ci, le second par l’ordre des naïissances, vécut de 1717 à 1794. Dans sa longue carrière, honorable et même glorieuse, il ne trouva peut-être pas toutes les situations que méritaient ses services, mais il ne fut réellement malheureux que par les malheurs des siens : ilest vrai qu'à ce point de vue il eut plus que sa mesure.

Entré dans le corps des galères du roi à treize ans, il eut une adolescence précoce. À quinze ans, selon son propre aveu, il avait « déjà diablement couru », et il faut prendre ce mot dans tous les sens qu'il comporte. Passe encore s’il n'avait fait que « se déniaiser », mais il aimait l’eau-de-vie, et les excès auxquels il s’abandonnait le conduisaient souvent en prison. À dix-huit ans, par un acte raisonné de sa volonté énergique, il se guérit de ce vice terrible. Depuis, presque chaque année se compte pour lui par une campagne. Blessé deux fois, prisonnier des Anglais, il conquiert un à un tous ses grades. En 1751

il est capitaine de vaisseau, ayant déjà écrit de nombreux mémoires, et en 1752 il est nommé gouverneur de la Guadeloupe, où ses attributions s’étendaient sur presque tous les domaines. Ce marin courageux était un sage administrateur. A l’en croire, il était « un peu aimé, assez estimé, et encore plus craint ». Il va de soi que les fripons surtout, nombreux et cupides, le craignaïient. Son honnêteté -intransigeante les laissait sans prise sur lui. L'esclavage répugnait à ses sentiments d'humanité. Avec de telles idées, qui blessaient tant d'intérêts, dont quelques-uns étaient inavouables, il était mal vu des bureaux

Page 1