‹ MirabeauChapitre 36 sur 104 · CT NI · texte numérisé non relu

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suivirent : De la Banque d'Espagne, dite de Saint-Charles ; — Lettre à M. Le Couteulx de la Noraye, sur la Banque d'Espagne et sur la Caisse d'Escompte; — Sur les actions de la Compagnie des Eaux de Paris; — Réponse à l’écrivain des administrateurs de la Compagnie des Eaux de Paris. Les titres suffisent à indiquer que ces ouvrages étaient de circonstance et de polémique. Ils ne conservent d'intérêt que pour l’histoire du crédit et de la fortune mobilière au xvirr° siècle. A les analyser, on risquerait

trop souvent de discuter ou les opérations financières de

Panchaud, chez lequel Mirabeau passait sa vie, ou les écrits économiques de Clavière. Quand parut le pamphlet contre la Compagnie des Eaux, signé en grosses lettres du nom de Mirabeau, ce fut Clavière qui fut appelé chez le lieutenant de police, et l’on sait, de façon presque certaine, que le premier ouvrage contre la Banque de Saint- Charles fut rédigé par Brissot et Clavière. j

Le marquis, toujours à l'affût, écrivait de son fils : « Ce monsieur est maintenant à la solde de l’agio; on se sert

de lui comme d’un chien hargneux et fol, qu’on jette aux jambes à tous venans, et toujours prêt sitôt qu’il est question de mordre ». Mirabeau reçut, de son propre aveu, des secours d’« amis qui pariaient pour ses opi-

nions ». Mais fut-il payé par Calonne, dont les deux

premiers mémoires soutenaient la politique et les intérêts? Il s’en est hautement défendu, et rien, ici, ne permet de mettre sa parole en doute. Pour s’enrichir, il lui aurait suffi de se taire. Il n’a pas exagéré quand il a dit qu'il « faisait fléchir à son gré le balancier de la Bourse et qu'on aurait payé son silence au poids de l’or ». Le comte de La Marck, dont le témoignage a une haute autorité morale, rapporte que la Banque de Saint-Charles, pour

saire renoncer Mirabeau à sa publication, n’avait pas reculé . devant les propositions pécuniaires les plus avantageuses.

Mirabeau les déclina. Sa fierté était d'autant plus méritoire qu'il avait dû, pour vivre, envoyer au Mont-de-Piété tout

ce qu'il possédait d'effets. Pourquoi faut-il ajouter qu'il

MIRABEAU vendit à Calonne, comme étant de lui, un mémoire sur: les municipalités que Dupont (de Nemours) lui avait prêté pendant une de ses visites au donjon de Vincennes ?

L'affaire de la Compagnie des Eaux fut l’occasion d’une polémique entre Mirabeau et Beaumarchais. Attaquée par le premier, la Compagnie fut défendue par le second. Les Mirabelles, comme disait l’auteur du Barbier de Séville, n'eurent pas le dessus dans ce duel où l'esprit était l’arme la plus meurtrière. « C'est, disait Beaumarchais, aux avocats décriés à tout plaider en désespoir de cause; l’homme éloquent a tout à perdre en cessant de se respecter, et cet écrivain l’est beaucoup. » Il est vrai que Beaumarchais représentait aussi l’auteur de la brochure incriminée comme « livré à des joueurs connus pour avoir un grand intérêt à la baisse ». Mirabeau reprit et développa sa thèse, puis il décocha à Beaumarchais une longue page toute pleine d’insinuations perfdes. Certains traits en seraient plaisants si Mirabeau n’avait eu l’aplomb ou l’inconscience de s’instituer le champion des bonnes mœurs. « On déchire, disait-il, on insulte, on outrage tous les ordres de l'État, toutes les classes des citoyens, toutes les lois, toutes les règles, toutes les bienséances. > Cette allusion aux hardiesses du Mariage de Figaro a de quoi surprendre sous la plume de celui qui devait, quatre ans plus tard, par sa parole, les transformer en actes. On aime mieux Mirabean dans un rôle moins vertueux et plus naturel.

Il s’en faut pourtant qu'il fût dépourvu d'esprit et de finesse. Lucas de Montigny a publié, dans ses Mémoires, dont la documentation, quoique sujette à caution, reste toujceurs si précieuse, une lettre que Mirabeau destinait à Calonne, et « telle que jamais stipendiaire n’en écrivit de pareille à son acheteur ». Ses amis en ayant empêché l'impression, Mirabeau n'eut que l'intention de son audace. Mais il serait dommage de n’en pas faire honneur à sa verve. Il y a de délicieux morceaux. Mirabeau excellait à maltraiter les ministres. J'ai trouvé dans ses Lettres

| MADAME DE NEHRA de Cachet un curieux passage, qui n'a peut-être pas tout à fait vieilli : « Je conçois que des ministres, pour la plu- part hommes nouveaux, qui, ne possédant qu’une existence précaire et momentanée, ont tout à gagner et presque rien à perdre, se hâtent de pousser aussi loin qu’ils peuvent leur autorité fragile, pour faire rapidement leur fortune, pour s'attacher des créatures, pour réaliser leurs désirs. Il leur faut profiter de l’instant : demain ils ne seront plus... » Et n’est-ce qu’à M. de Calonne qu’on peut appliquer les traits de cette amusante apostrophe? « Vous avez beaucoup d’esprit, monsieur, assez du moins pour tromper les autres et vous-même. On croit trop aisément que vous savez ce que vous comprenez; que vous comprenez ce que vous écoutez d’un œil spirituel et fin; que l’on vous décidera facilement à ce qu'on vous a démontré. Ce sont autant d’erreurs. Uniquement occupé de prendre une attitude de corps et d’esprit favorable à votre amour-propre, de multiplier pour vous les jouissances de la vanité et de la plus mince des vanités, d'échapper à la difficulté du moment, de trouver les moyens d’être ministre demain, sans savoir comment vous le serez dans huit jours, vous voulez des expédients, et non pas des conseils, des prôneurs, et non pas des amis; des louanges, et non pas la vérité. Pourvu que vos sociétés, j'ai presque dit vos coteries, vous encensent, et que vos obsesseurs ne vous grondent pas; que votre inexprimable légèreté rencontre des distractions, et que rien ne vous arrache à vos plaisirs, les affaires vont toujours assez; vous reculez des mois entiers; puis vous employez une heure à ce qui demanderait l'attention la plus suivie, la méditation la plus profonde; en un mot, ce serait faire un roman pour se tromper soi-même que de vous supposer une autre combinaison que celle de l'intrigue et des intérêts de vos petites passions... » Ce

« saltimbanque de Beaumarchais », comme l'appelait

Mirabeau, n’aurait pas mieux dit.

C'est à Berlin que Mirabeau écrivit ce violent pamphlet. Ses campagnes contre la Compagnie des Eaux l'avaient

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