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IS

IRABEAU partit pour Berlin à la fin de 1785.

Mme de Nehra, qui l’accompagnait, raconte

qu'entre Toul et Verdun, on tira sur la voiture plusieurs coups de pistolet, sans qu'elle ait pu savoir si c'était une plaisanterie ou un attentat. Elle raconte aussi qu’à Francfort-sur-le-Mein, Mirabeau eut « une intrigue de galanterie ». A Paris, elle avait déjà constaté ses infidélités : « Voyait-il un joli minois, une femme lui faisait-

elle des agaceries, aussitôt il prenait feu ». Mais, sûre de

son cœur, qui suffisait à sa tendresse, elle se résignait à tolérer les fantaisies de son tempérament.

Après un arrêt à Leipzig, où il fréquenta des savants,

Mirabeau arriva à Berlin vers le milieu de janvier 1786. .

Le ministre des Affaires étrangères, M. de Vergennes, lui avait donné une lettre pour l'ambassadeur de France, le comte d’'Esterno, qui lui fit un accueil plus que réservé. Mirabeau, plein de confiance et d’audace, sollicita directement une audience de Frédéric II. Le grand roi la lui accorda tout de suite, et le reçut avec bienveillance, mais ne retint pas, le lendemain, l'offre déguisée de service que lui apportait dans un placet son visiteur. Son frère, le prince Henri, fit à Mirabeau un accueil cordial et, sans

trop s’offusquer de ses familiarités, du moins au début, Sans lui faire de confidences, s’intéressa à ses talents et s’amusa de ses façons et de son esprit.

En venant en Allemagne, Mirabeau avait l'intention de réaliser l'idée, qui déjà l'avait hanté en Angleterre, d'écrire une sorte de journal où seraient résumées les connaissances essentielles en matière de sciences et de lettres. Ce

projet n’aboutit pas. Toujours préoccupé de saisir l’actua-

lité, il écrivit une lettre sur MM. de Cagliostro et Lavater, que l’affaire du Collier mettait à la mode. Il y combattait la secte des illuminés, dont l'influence sur les princes était grande en Allemagne, et il lui opposait les bienfaits de la raison. De cet ouvrage de circonstance on ne peut retenir qu’une allusion précise à «une révolution toujours plus nécessaire dans l’ordre légal » dont Mirabeau avait déjà posé le principe dans son livre sur les Lettres de Cachet : « I] faut juger l’accusé dans les formes les plus régulières, disait-il; il faut que son emprisonnement soit légal, que sa détention le soit aussi, il faut qu'elle soit humaine et même douce; il faut que l'accusé soit conseillé, soutenu, défendu, instruit de tout ce qui peut contribuer à sa justification ; mais il ne faut pas que la justice se croie le droit de juger une cause qui n’est pas instruite; car elle commettrait une injustice envers les juges, qui n’ont pas moins de droit à son équité que les accusés. » :

Mirabeau retira surtout de ce Premier voyage à Berlin le bénéfice des relations qu’il s'y créa avec des hommes distingués, tels que sir James Murray, Ewart, secrétaire de l'ambassade d'Angleterre, et surtout Dohm, historien, philosophe et économiste, auquel il dut beaucoup. Il s’intéressait à tout, pénétrait partout, et, des ministres aux artisans, interrogeait tout le monde. ‘Une femme éminente, Rahel, avait gardé de lui un profond souvenir : « Ses moindres mouvements, disait-elle, indiquaient un homme plein d'énergie, qui examine tout par lui-même, veut tout connaître, tout approfondir. » Et Dohm portait une appréciation non moins caractéristique : « Il poussait

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