‹ MirabeauChapitre 55 sur 104 · L'HOMME »; LE & VETO » || LE DISCOURS SUR LA BANQUE · texte numérisé non relu

L'HOMME »; LE & VETO » || LE DISCOURS SUR LA BANQUE

\ EUL, dans cette assemblée d'environ onze cents membres qui constituait les États Généraux, Mirabeau était célèbre. Ses aventures, ses malheurs et ses écrits Jui avaient fait à la fois une réputation et une légende. C’est lui que les yeux cherchaient tout d’abord. « Il était

difficile de ne pas le regarder longtemps, dit Mme de Staël,

quand on l'avait une fois aperçu; son immense chevelure le distinguait entre tous, on eût dit que sa force en

dépendait comme celle de Samson; son visage empruntait

de l'expression à sa laideur même, et toute sa personne

donnait l’idée d'une puissance irrégulière, mais enfin

d'une puissance telle qu’on se la réprésenterait dans un

tribun du peuple. » Il y avait plus de curiosité que de

sympathie et surtout que d’estime dans l'attention dont Mirabeau était l’objet. On le méprisait et on le redoutait. Quand son tour vint, le jour de l'ouverture des États Généraux, de pénétrer dans la salle avec la députation

d'Aix, un murmure désapprobateur l’accueillit. Il sup-

porta avec une fierté dédaigneuse cette première épreuve, (101)

« l’acharnement de la haine et par l'activité de l'in- trigue », il s'attendait à être violemment attaqué au moment de la vérification des pouvoirs et au sein même des Communes. Son Journal des États Généraux, qu'il avait publié sans se soucier du régime spécial auquel était soumise la presse politique, se ressentait de son amertume. Non content de s’en prendre au discours et aux projets de Necker, dont la popularité était immense, il traitait de haut l’Assemblée elle-même. Ses conversations n'étaient ni plus indulgentes ni plus prudentes. Des amis le mirent en garde. Il se calma, observa et attendit. Son journal ayant été suspendu par un arrêt du conseil, il lui substitua les Lettres du comte de Mirabeau à ses commettants. Cette hardiesse, appuyée par l'opinion, fit céder le garde des sceaux. La liberté de la presse, avant d’être reconnue en droit, était ainsi acquise èn fait. Mirabeau écrivain l'avait toujours réclamée : il n’est que juste

de lui faire honneur de sa conquête.

Il s'était tracé, en dehors et au-dessus des groupements qui sous une unité apparente composaient le Tiers État, une ligne de conduite indépendante. Tandis que Sieyès devait son autorité à une doctrine, Mirabeau attendait son influence de la seule action de son génie. Au cours de sa campagne aux États de Provence, il avait . mesuré le pouvoir de son éloquence : c'était en elle qu'il mettait son espoir de vaincre les préventions, de briser les résistances, de ramener et de dominer l’Assemblée. « C'est avoir entrepris une fière et difficile tâche, disait-il, que de gravir au bien public sans ménager aucun parti, sans encenser l’idole du jour, sans autres armes que la raison et la vérité, les respectant partout, ne respectant qu’elles, n'ayant d'amis qu’elles, d'ennemis que leurs adversaires, ne reconnaissant d'autre monarque que sa conscience et d'autre juge que le temps. Eh bien! je succomberai peut-être dans cette entreprise, mais je ne reculerai pas! » . En attendant l’occasion de mettre en pratique cette

fière attitude, sa tactique prévalait. Le premier, il avait

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dont la signification ne put lui échapper. Inquiété par FC TRES

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; RE AN CE Tor PRE DA ART EE __‘ LES PREMIÈRES SÉANCES « PR Pre 5 VTT CS + ÿ x ; RS - pressenti qu’il suffirait au peuple « de rester immobile pour se rendre formidable à ses ennemis ». Le « rien 74 faire » du Tiers État, son immobilité, sa force d'inertie, CA déconcertaient les prétentions du clergé et de la noblesse KE et annihilaient leur action. Mirabeau ne se vantait pas sans raison d’avoir préconisé la dignité et l’habileté de à #e cette attitude. Le 18 mai, il en oppose le principe à la 2e proposition de Rabaut-Saint-Étienne, qui demandait A res d'envoyer seize commissaires aux deux autres ordres pour SE SNTE

é. obtenir leur réunion, et à celle de Le Chapelier qui voulait F2 1 D qu'on leur démontrât l’illégalité de leur conduite. Entre RE - les deux ordres privilégiés, Mirabeau fait une différence : - il n’a aucune confiance dans la marche « usurpatrice

autant qu'orgueilleuse » de la noblesse, mais il ne désespère pas du clergé, qui, « soit intérêt bien entendu, soit politique déliée >, peut exercer sa médiation. Le 27 mai, après l'échec des conférences, il décide l’Assemblée à envoyer une députation au clergé pour l’adjurer de se ranger, en se rendant dans la salle commune, « du côté : de la raison, de la justice et de la vérité ». Sans l’intervention imprévue du roi, cette initiative profondément politique, qui tendait à séparer les deux ordres et à réunir le clergé au Tiers État, aurait sans doute abouti. Le roi, « afin de pouvoir contribuer directement à une harmonie désirable et instante », proposa la reprise des conférences

; des commissaires conciliateurs en présence du garde des | sceaux et de commissaires nommés par lui, lesquels lui rendraient compte. Toujours sur la brèche, Mirabeau

mit en lumière les dangers d’une acceptation, qui conduirait à un arrêt du conseil, et les inconvénients d’un | refus, qui permettrait aux adversaires des Communes de dénoncer, pour obtenir la dissolution des États, leur indiscipline et leur indépendance, destructrices de l’autorité royale. Il conseillait, afin de déjouer le piège, de se rendre à l'invitation du roi, mais en lui faisant connaître, par une Adresse, à la fois l’attachement inviolable des Communes à sa personne et leur intention de ne se prêter ro qu'à des expédients qui ne porteraient pas atteinte au 1

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