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ils auront bientôt de mes nouvelles. » Trop sensible aux
attaques qu’il avait subies la veille encore, Necker ne
vit pas le parti qu’il pouvait tirer de cette force pour ses propres idées et pour la défense de la monarchie. L'occasion manquée ne se retrouva malheureusement plus.
. La déception de Mirabeau ne nuisit pas à sa sagesse. Il n'avait pas gagné l’ « idole du jour », mais il restait fidèle à sa volonté de ne flatter aucun parti au détriment de ce qu’il considérait comme la raison et la vérité. Après la réunion de quelques membres du clergé aux Communes, l'heure était venue pour celles-ci de se constituer. Quel titre allaient-elles prendre? Siéyès, dans sa célèbre brochure, avait écrit ces lignes prophétiques : « Le Tiers seul, dira-t-on, ne peut pas former les États Généraux. Eh! tant mieux, il composera une Assemblée Nationale. » Mais ce théoricien se doublait d’un tacticien. Il crut imprudent de faire du premier coup ce pas décisif et proposa, tout d’abord, aux Communes de se constituer
sous le titre « d'Assemblée des représentants connus et vérifiés de la nation française ». Mirabeau objecta que ce
titre n’était pas intelligible, qu’il pourrait se heurter au refus de la sanction royale, qu’il effraierait ét que,
d’ailleurs, il faudrait le modifier si les ordres privilégiés
se décidaient à se rendre à la réunion.
Doit-on croire avec Michelet que Mirabeau voulait ainsi se mettre en face de la Révolution, l'arrêter et lui barrer la
route? C'est mal le comprendre, et c'est le juger sur des
intentions qui n'étaient pas les siennes. Comme il l'avait dit à Malouet, il redoutait les malheurs et les commotions terribles qui pouvaient résulter de la fermentation des esprits, de l’inexpérience et de l’exaltation de l’Assem. blée, de la résistance et de l’aigreur inconsidérées des deux premiers ordres. Il voulait que la modération, don il n’hésitait pas à prononcer le mot, s’associât au courage pour le rendre durable et invincible. A tort sans doute (et peut-être eût-il mieux valu ne pas le dire pou
MIRABEAU re ee n’en pas donner l’idée), il redoutait une prorogation ou une dissolution de l’Assemblée. Il entrevoyait des boucheries et des pillages : pour les éviter, il préconisait, sans rien abandonner de ses. principes ni des droits du Tiers, une tactique prudente et sage, « légale et graduée ». Partisan d’une Assemblée Nationale, il ne désespérait pas encore d’y amener les ordres privilégiés; avant de la déclarer sans eux et contre eux, il essayait, dans une dernière tentative, de la faire avec eux.
Le titre qu’il proposa : « Représentants du peuple français » lui paraissait être un mot « vraiment magique et à tiroir ». Il avait, à ses yeux, cet avantage de tout contenir, de répondre et de se prêter à tout, de « pouvoir agrandir l'existence de l’Assemblée à mesure que les circonstances le rendraient nécessaire, à mesure que, par leur obstination, par leurs fautes, les classes privilégiées la forceraient à prendre en main la défense des droits nationaux, de la liberté du peuple ». Ainsi défendue, la motion de Mirabeau pouvait avoir d’incontestables avantages, mais elle souleva, dès le début, une objection qui, en raison même du conflit ouvert entre les ordres, devait la condamner et l'emporter. Ce mot de « peuple » signifiait trop ou trop peu, selon qu'il s’étendait à toute la nation dans le sens de populus, ou selon qu’on n’y comprenait, dans le sens de plebs, qu'une partie, et une partie jugée inférieure, de la nation. Ni la dialectique de Mirabeau ni une péroraison vibrante ne purent triompher de la crainte trop légitime que faisait naître cette équivoque. On accabla Mirabeau sous les cris et sous les injures. Ce fut le premier orage qu'il essuya. Debout et immobile, il le subit avec l'imperturbable sang-froid dont il ne se départit jamais. N’eut-il contre lui que sa thèse? L'homme, il faut le dire, avait nui à la thèse, et son passé à ses raisons. On le soupçonnait de s’être livré au gouvernement. Il en riait. « En vérité, disait-il, je me vends à tant de gens que je ne comprends pas comment je n’ai pas encore acquis la monarchie universelle. >» Mais au fond il en souffrait, connaissant trop bien son point faible, dont il avait
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V'obsession et le chagrin. Jamais, même avant de s’être lié, il ne passa pour libre. L'épouvantable soupçon, qu'il
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vint du passé ou qu'il tint au présent, pesait sur lui comme un cauchemar.
L'audace du Tiers État, qui se constitua en Assemblée nationale, fut plus sage que la sagesse calculée de Mirabeau. Elle fit avec ces deux mots toute la Révolution. A partir de cette séance décisive du 17 juin, il n'est presque pas un événement important dont Mirabeau ne prenne sa part, ni un débat dans lequel il n’intervienne. Comment le suivre sans faire l’histoire même de l’Assemblée constituante? Entre une sèche nomenclature de ses interventions et une étude approfondie des délibérations et des décisions de l’Assemblée, comment choisir? Quelle méthode adopter? Dans l'impossibilité absolue de tout dire, il faut essayer du moins de dégager l’homme de ses actes et sa doctrine de ses discours. |
Y a-t-il une unité sous ses contradictions et la diversité de ses moyens est-elle exclusive d’un plan fixe? Ce plan, on se rappelle avec quelle fierté décidée il en avait
fait l'offre à M. de Montmorin, qui l’éconduisit. Il vou-
lut le discuter avec Necker, qui ne l’encouragea pas. En attendant qu’il le rédige pour en faire un programme de gouvernement, il l’esquisse par lambeaux. À Malouet, il déclare qu’il ne veut pas ébranler la monarchie : il veut une constitution libre, mais monarchique. Au comte
de La Marck, il révèle partiellement ses conceptions,
dont il oppose la fermeté délibérée aux. hésitations de Necker. « Le sort de la France est décidé; les mots de liberté, d'impôts consentis par le peuple, ont retenti dans
tout le royaume. On ne sortira plus de là sans un gou- |
vernement plus ou moins semblable à celui de lAngleterre. >» Au major Mauvillon, il se présente à la fois
comme un révolutionnaire décidé : « Est-ce le peuple
français ou les cent mille individus, qui se prétendent une caste à part, qui donnent des lois à la France? » et comme un monarchiste prudent : « On est irrité de ce que je suis toujours aux partis modérés. Mais je suis