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pour … comprendre, remonter un peu en arrière et” 7e
‘aborder, avec le marquis de Mirabeau, la physionomie la plus curieuse qu’aurait produi te la famille des Riqueti si le marquis lui-même n'avait pas eu un fils dont les vices, le génie et la gloire dépassent et cffacent presque tout ce que « cette race effrénée » avait produit avant lui.
Victor de Riqueti, père du tribun, naquit le 5 octobre 1715. C’est dans la petite ville de Pertuis, en Provence, que sa mère (et ainsi fit-elle pour les deux garçons qui vinrent après) se rendit pour faire ses couches. A trois ans, il était chevalier de Malte. On ne saurait dire astement s’il fit ses premières classes à Aix ou à Marseille, Mais, conformément aux traditions de la famille, son éducation ne fut pas longue, puisque, à l’âge de quatorze ans, il entra au service comme enseigne. Son père lui recommandait, en lui donnant congé avec assez de brusquerie, d’être sage pour être heureux : sa vie, où il ne réussit ni à être heureux ni à être sage, démentit ce prudent conseil. Dans | « Académie » de Paris où il fut envoyé, après deux ans de régiment, il devint le chef « d’une troupe de jeunes gens qui ne valaient pas grand'chose ». Il était régulier aux exercices, mais des
excès qu'il qualifie lui-même « d’étonnants » compromirent sa santé et épuisèrent sa bourse, dont les appels laissaient son père insensible. Sur l’ordre de celui-ci il alla rejoindre le régiment de Duras à Besançon en qualité de capitaine : il avait dix-huit ans. Il fit un peu la guerre, échoua dans ses démarches à Versailles, contracta des dettes, prit part à des campagnes où il fut blessé, se dégoûta d’une profession où on le tracassait et, pour en sortir avec honneur, donna sa démission le 7 mars 1743.
Le travail de cabinet lui convenait mieux que le métier
des armes. Dès 1737, et peut-être encore plus tôt, il avait abordé l’économie politique et écrit de copieux mémoires. C'est aux environs de cette époque qu'il connut Vauvenargues, comme lui officier et un peu son parent. Vauvenargues ne mit pas grand temps à démêler son
Lé APT Lio ruts
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| science et d'honneurs. » » Il y à dans cette phrase tout un portrait dont il n’est pas sans doute prématuré de dire que la ressemblance passera du marquis à son fils. Le
marquis de Mirabeau ne se trompe pas plus d’ailleurs sur
Vauvenargues que celui-ci ne s’est trompé sur lui. Il lui
révèle même son vrai talent en lui promettant une réputation dans la « république des lettres » s’il veut y apporter de la force, de la justesse et de la profondeur de pensée.
Il l’encourage, le pousse, l’excite et lui reproche avec une affectueuse insistance de laisser enfouis le génie et les dons que la nature lui a prodigués. Lui-même, dévoré par l'ambition, qu’il avoue, de se faire un nom et d’être quelqu'un, il recherche dans les lettres une consoiation aux déceptions-qui lui viennent du régiment. Il écrit en prose et en vers, il fait des portraits dans la manière de La Bruyère, il compulse des notes, il collabore au Voyage de Languedoc et de Provencé, fait en 1740 par Le Franc de Pompignan, et il s'intéresse aux questions agricoles parce qu'il sent « qu'un philosophe doit finir par là ».
En attendant l'heure de cette fin philosophique, le marquis de Mirabeau songeait au mariage. À l’âge de
vingt-cinq ans, il avouait que « la volupté était devenue le bourreau de son imagination » et que « le dérangement
des mœurs était pour lui une seconde nature ». Cette confidence, qu'il faisait à Vauvenargues, s’accompagnait, ilest vrai, de l'espoir que les femmes cesseraient, à un
certain âge, d'occuper « le moindre petit coin » dans Sa vie. Pensa-t-il, en 1743, que ce moment était venu? Toujours est-il qu'âgé de vingt-huit ans, pourvu d’un physique agréable, d'un nom sonore, d'une suffisante fortune, libéré du service militaire, il songea à se marier.
On peut évaluer à environ 16000 livres de rente les revenus nets que son père lui avait laissés. En 1740, il avait acheté la terre de Bignon, dans le Gâtinais, à
MIRABEAU TE DT dix lieues de Soie et, deux ans 5 plus tard un hôtel, « un cadavre de maison », à Paris, rue Bergère.
Ainsi doté d’une maison de ville et d’une maison aux champs, il chercha une femme. Il la trouva, en 1743, dans la famille de Vassan. M. de Vassan, fils d’un président à la Chambre des Comptes de Paris, originaire du Soissonnais, avait épousé la fille du marquis de Sauvebœuf, qui lui avait apporté, avec des biens en Périgord et en Poitou, la baronnie de Pierre-Buffière, près de Limoges. De ce mariage était née une fille, Marie- Geneviève, alors âgée de dix-sept ans, et déjà veuve, à la suite d’un mariage qui, il est vrai, n'avait pas été consommé. Ce fut cette jeune femme dont le marquis de Mirabeau demanda et obtint la main. Il ne la connaissait pas. Ce n’était donc pas pour ses qualités personnelles qu'il l’'épousait. L’épousait-il pour ses biens? On pourrait le croire si l’on ne savait, d’une part que le contrat de mariage ne donnait à Mlle de Vassan qu’une dot de 4000 livres, et, d'autre part, que la mère se réservait de disposer presque à sa guise de l’immense fortune qui lui appartenait. Le marquis de Mirabeau escomptait donc des espérances.
Incertain quant aux biens, ce mariage, qui fut célébré au château d’Aigueperse, près de Limoges, ne se relevait guère par les agréments de la femme. Mile de Vassan n'était ni jolie ni laide. Elle n’était pas dépourvue d’un certain esprit plaisant, mais les lectures sérieuses lui répugnaient. Son caractère était difficile, acariâtre et irritable. Futile, bavarde, inconstante et tracassière, elle remplissait mal et sans goût ses devoirs de maîtresse de maison. Par ailleurs, aucun ordre, aucune tenue et, en attendant pis, un débraillé dans les manières qui démen- . tait ses origines et son rang social. Avec cela « tellement conjugale », d’un tempérament si exigcant et si facilement jaloux, qu’il y avait sans cesse des scènes de pleurs, suivies « de négociations consolatrices ». Les amis du marquis s’étonnaient qu'il eût épousé une telle femme dont les ridicules ne pouvaient que faire obstacle à sa
arrière et à ses légitimes ambitions. Le bailli jugeait, dès a première entrevue, que la jeune fille « n'était pas
À ME propre à être sur un théâtre quelcenque ». Pourtant, le mari s’en accommoda. À l'attachement turbulent de sa
femme il répondait par une sorte de patience résignée où il entrait plus de complaisance que d'amour. Les pre- . mières années de ce mariage si mal assorti furent relativement calmes. Il y eut, en onze années, onze enfants. 2 dont cinq seulement survécurent. | s L Le marquis partageait son temps entre l'administration ; de ses domaines, auxquels il ajoutait ou retranchait des e terres, et des études d'économie politique. En 1747, il écrivit un Testament Politique, resté manuscrit, dont l'idée principale, entourée de bien de bizarreries, paraît être de reconstituer une sorte d’aristocratie féodale, rajeunie et fortifiée par le développement des justices seigneuriales et du pouvoir local. En 1750 il publia, sans - le signer, un Mémoire concernant l'utilité des Etats | provinciaux relativement à l'autorité royale. Ce titre | est, à lui seul, un programme, dont la hardiesse pré- | - voyantefit attribuer par d’Argenson le mémoire anonyme 1 au président de Montesquieu. Je n'en veux citer qu'un sage, mais ii vaut qu’on le retienne. Passant en revue | l'organisation des États dans les différentes provinces, le marquis de Mirabeau s'arrête aux États de Languedoc, dont la constitution et le règlement ont ses préférences. - Les trois ordres se réunissaient tous les ans et délibéraient en commun. Mais la représentation du tiers état égalait en nombre celle des deux autres, et les votes avaient lieu par têtes. Le marquis de Mirabeau trouve ces droits du tiers état légitimes, « puisque c’est lui qui porte le poids principal des charges ». Quarante ans plus tard, 27 l'éloquence passionnée du fils, au Jeu de Paume, sera LEE comme l’écho retentissant de cette affirmation. 2 Avec l'Ami des Hommes, ou Traité de la population, paru en 1756, le marquis de Mirabeau connut la popularité et la gloire. Ce fut, autour de ce livre, un véritable A4 ‘engouement. On ne le lit plus aujourd’hui. Il serait Fe Ne
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premier, proposé la création d’un ministère de l'Agriculture. Il se prononce pour la liberté des échanges. Il
| trouve que les biens sont mal répartis et, dans une formule pittoresquement audacieuse, il va jusqu’à écrire
que « les grosses fortunes sont dans un État ce que sont les brochets dans un étang ». Cet homme actif et entreprenant jusqu’à l’aventure n'aime pas qu'on vive et qu’on profite sans travailler. Il dénonce dans le rentier « un oisif qui jouit », auquel il attribue presque tous les maux dont la société souffre. Au milieu de ses paradoxes et de ses boutades, de ses obscurités et de ses hésitations, il rencontre des vérités profondes, qui devancent l’avenir. Il dira plus tard, après avoir connu Quesnay, qu’il a mal posé le problème de la population et il s'excusera d’avoir mis la charrue avant les bœufs. Mais il n’en aura pas moins bien vu en demandant des établissements nombreux __ pour que toute fille-mère puisse y faire recevoir et y
élever son enfant. Il va plus loin : il veut « qu’en sortant, si elle est nécessiteuse, elle reçoive 10 écus pour prix du présent qu’elle a fait à l'État ». Avant l'Émile, il se prononce avec force pour l'allaitement maternel. « Si j'en étais le maître, dit-il, j’'augmenterais par une loi les droits matrimoniaux de toute mère qui aurait nourri ses enfants. » La désertion des campagnes le frappe comme un mal social. « Nous désertons les villages pour les __ bourgs, les bourgs pour les villes, les villes pour la capi- tale, et c’est à quoi tend toute une nation, si le gouvernement n'est attentif à lui donner une propension con-
traire. » Il est l'adversaire de la guerre et de l'esclavage,
Il préconise la fraternité des peuples. Il est trop aristo-
pour conclure à l'égalité civique. Mais il faut lui savoir gré « de se ranger avec un mouvement de respect intérieur devant le porteur d’eau, parce que le pauvre homme est chargé, et d'accepter le contact d’un mendiant dont l'odeur infecte et les haïllons lui reprochent une fraternité
pourtant injuste de ne pas reconnaître les idées neuves qu'il contient. C'est le marquis de Mirabeau qui a, le
crate, et trop fier de sa race, et trop entier dans ses droits,
se faire É détalese de ces mêmes porteurs d’eau. On a souvent cité, parce qu’on y a vu l’annonce de la Révolution, une phrase de l’Amz des Hommes : « Ceux qui
ne voient pas le danger sont bien aveugles, nous y
touchons ». Je ne méconnais pas la gravité d'un semblable avertissement : il ne faut pas pourtant en exagérer la portée réfléchie et voulue. Ce qui manque, en effet, à l’Ami des Hommes, et l'oubli dans lequel il est tombé vient surtout de là, c’est une doctrine précise, logique, complète. Dans ce livre, abondant et touffu, il y a des vues, mais pas de système. Le système ne vint qu'après, et par emprunt. C’est le docteur Quesnay, médecin de Mme de Pompadour, qui en imposa les principes au
marquis de Mirabeau.
Quesnay venait de publier, dans l'Encyclopédie, deux articles sur les « Fermiers et les Grains >» où, par
- certaines idées neuves sur l’agriculture, il se rencontrait
avec l’Asmi des Hommes. Agé de soixante-deux ans, chirurgien habile, le docteur Quesnay était un esprit à la fois entêté et ouvert, indépendant et laborieux. Il occupait un entresol au-dessus de l’appartement de Mme de Pompadour. Celle-ci, que la gaîté et l'originalité de son
médecin amusaient, lui rendait souvent visite et se rencon-
trait chez lui, s’il faut en croire les Mémoires de Marmontel, avec d'Alembert, Diderot, Turgot, Helvétius et Buffon. On pense quel laboratoire d’idées la présence de tels hommes devait faire de cet entresol! On y parlait de bien des choses, il serait même plus juste de dire qu’on y parlait de toutes choses, et le docteur n’était inférieur par la puissance de la pensée à aucun de ces esprits d'élite. Îl avait une doctrine et même un système, auquel tout se
rattachait. Élevé à la campagne, il professait pour les ques-
tions agricoles un goût prononcé. Selon lui, toutes les choses qui servent à l’homme sont des produits de la terre. L'industrie les transforme et le commerce les transporte, mais il n’y a que le travail agricole qui crée directement
MIRABEAU AR Ne la richesse, La re par sa ‘fertilité naturelle, donne aux | cultivateurs, en sus de leurs peines, de leurs frais et de leurs avances, un excédent qui constitue le « produit net ». Ce « produit net » était la base essentielle de la doctrine. Il en découlait des conséquences économiques, fiscales et sociales, de la plus haute importance. C’est pour les exposer au marquis de Mirabeau et pour obtenir son adhésion que Quesnay le pria de venir le voir.
Ha première entrevue irrita l’ Ami des Hommes, mais il n’en fallut qu’une seconde pour le convaincre et le subju-
guer. « Les principes de ma science, écrivait-il plus tard à Jean-Jacques Rousseau, ne sont point à moi: j'avais plus de quarante ans quand j je les aiadoptés et il me fallut
pour cela faire sauter à mon amour-propre la barrière du désaveu de l'ouvrage auquel je dois ma célébrité et mon
- nom public, courber le front sous la main crochue de je homme le plus antipathique à ma chère et natale exubé-
rance, le plus aigre aux disputes, le plus implacable à
: la-résistance, le plus armé de sarcasmes et de dédains. »
Le ton de cet aveu suffit à dire l’étendue dela conquête
| que « cé singe » de Quesnay avait faite. Avant l’entrevue, . l’auteur de l’Ami des Hommes pouvait se croire un
… … maître; après l’ ÉRteNMe, il se De àn ‘être pAus qu'un et disciple,
C'est sous l'influence du « tenace docteur » que le marquis de Mirabeau publia en décembre 1760 sa Théorie de l'impôt. | en savait les audaces : il se doutait des risques qu elle lui faisait courir. « Ce sera un prodige, :
disait-il, si le tout passe sañs plus d’émoi que par le . passé. » L’émoi s’élargit jusqu’ aux proportions d’un
scandale. Il y avait de quoi. Le début donnait le ton; il était terrible : « Seigneur, vous avez vingt millions d'hommes et de sujets, plus ou moins. Ces hommes ont tous quelque argent; ils sont tous à peu près capables - du genre de service que vous démandez, et toutefois vous:
-ne pouvez plus avoir de-services sans argent, ni d'argent pour payer les services. Cela signifie, en langue naturelle, que votre peuple se retire de vous sans le savoir, attendu
volontés “sont on ralliées à votre personne, #5 en ce supposant isolée des agents de votre autorité, et, ne d'a autre part, sans oser le dire, vu que nous sommes en un siècle nul et craintif; votre puissance n’est autre chose
que la réunion des volontés d'une multitude forte et active s à la vôtre, d'où suit que la disjonction des volontés est ce qui coupe le nerf de votre MAS Voilà le mal. Voicid'où il provient. >
Re Quand on parle ainsi au roi, il est difficile d’être plus F audacieux contre les agents de l'autorité royale. Le mar- | # quis de Mirabeau ne les ménageait pas. Le tort qu'il fai- " sait aux abus souleva plus de rancunes que ses doctrines.
Pourtant, les doctrines étaient hardies : elles n’admettaient l'impôt que comme un tribut consenti volontairement par les sujets, avec les états provinciaux rétablis partout pour se en fixer l'assiette et pour en opérer le recouvrement. Mais. ce fut la proposition de « renverser les fermes » qui, naturellement, frappa le plus les fermiers généraux, dont l’auteur dénonçait l’action comme destructrice de la nation elle-même. La riposte qu'ils provoquèrent ne tarda __ pas à se manifester. Le 16 décembre, le marquis de . Mirabeau était arrêté et enfermé au château de Vincennes. La joie de ses adversaires fut de courte durée. Ses amis s’émurent et s’agitèrent. Le roi céda à leurs instances. Le 24 décembre le marquis de Mirabeau quitta sa prison, mais il reçut l’ordre de partir pour sa terre du Bignon. . C'était un exil. Malgré l'hiver, il ne se plaint pas trop,
ciée. Mais ce n’est pas elle qui le console. Il a avec sa
la solidité de son esprit et la bonté de son cœur ». En parlant ainsi à Mme dé Rochefort de cette amie, sans la nommer, le marquis de Mirabeau n'ajoute pas qu'âgée de trente ans, -elle est jolie, spirituelle et séduisante. C'est- Mme de Pailly,. mariée à Lausanne avec un officier suisse, sexagénaire, dont elle vivait presque toujours séparée. Le marquis la connaissait depuis plusieurs années. Son
tout d’abord, de son sort. Mme de Mirabeau y est asso-
femme une dame de leurs amies, « une des personnes de son sexe qui lui font le plus d'honneur par l'étendue, | :
Fe ee à | Mine de Mirabeau.
il ne semble pas que la sympathie de cette dernière fût. allée à une rivale. Mais l’heure approchait où Mme de Paiily allait prendre ouvertement dans la vie du marquis de Mirabeau, et jusqu'à la fin de ses jours, la place abandonnée ou mal occupée par la femme légitime.
Le ménage, depuis deux ans déjà, se disloquait et ne gardait plus les apparences. Au mois de juillet 1758, le marquis pestait contre sa femme, qui se plaignait d'être délaissée au point de vue conjugal (il est difficile de préciser le reproche), et qui exigeait le renvoi d’une domestique. Puisque sa maison déplaisait si fort à la marquise, déclarait-il, 11 lui proposait « un arrangement sans éclat », consistant, son bien rendu, à se retirer chez sa mère, et « à concourir de quelque chose à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ». C'était une séparation amiable. Le marquis, dont la patience était lasse, en
prenait son parti aisément. « Caton renvoya sa femme;
et quand on lui voulut dire les « si » et les « mais », il montra son soulier. Il est bien fait, dit-il, cependant il me blesse, et personne de vous ne sait par où. Je ne renverrai pas la mienne, mais si elle me renvoie, je me tiendrai pour bien renvoyé, et vous pouvez compter sur . ma parole d'honneur. » Depuis l'exil du Bignon, où la marquise avait rejoint son mari, il ne semble pas qu’il y eût eu d'incident notable. En mars 1762, deux ans après, Mme de Vassan étant malade, sa fille alla la rejoindre en Limousin. Elle y appela son mari « qui lui sera cher,
telle chose qui arrive, jusqu'à son dernier jour ». Le
marquis répondit à cette invitation sans se presser, mais il échoua à la fois auprès de la mère et auprès de sa femme sur les projets de séparation qu'il leur soumit. C'est à ce moment que des documents, « des papiers et un blanc-seing », lui furent remis qui ne laissaient aucun doute sur l’inconduite de la marquise. C'était « un fumier qu’un honnête homme ne devait pas couvrir de son manteau ». Non seulement la malheureuse avait eu un amant, mais, par un raffinement de vice que seule une folie
usqu qu’ à cette date,
Et: 4 © liquer, elle lui avait délivré un certificat AA omplaisance. Ainsi armé contre elle, le marquis "ÈS lonne à sa femme de rester en Limousin. Celle-ci se à défend mal, avec une mollesse qui est presque un aveu, ; et résiste à peine. Elle prend l'engagement « de ne jamais retourner à Paris » à la condition (c'est son dernier mot) LEE que Je marquis lui alloue une pension de deux mille écus LA , sans retenue, payables par quarts tous les trois mois chez Er des tiers qu’elle désigne. Un mois après, le 3 mars 1763, Ve
le marquis donne son assentiment à ce projet, qui réalise ses intentions, et même, dans une conversation avec Mme de Vassan, il accepte d'élever, après la mort de celle-ci, jusqu’à 10000 livres la pension qu’il paie à sa femme. Telle est, au mois d’août 1763, la situation des deux époux : leur séparation est complète et amiablement réglée. |
Ê Je n'ai rien dit encore des enfants nés de ce singulier
Le pee. MEME PS MAS .
ménage. Il y en avait cinq. L'aînée était Agée de dix-huit ans. C'est à elle que sa mère fait allusion dans une de ses lettres: « J'ai un devoir absolu; je veux voir ma fille avant qu'elle se fasse religieuse; je le dois; je veux, par mes discours, mes craintes, mes résolutions, éprouver sa vocation et la combattre. Un parti pris pour toujours est une chose à laquelle on ne saurait trop faire attention. » Ce désir de la mère n’eut pas de suite. Sa fille prit le voile au couvent des dames dominicaines de Montargis, le | 13 mars 1763. Elle avait des accès de démence. Deux autres filles étaient âgées, l’une de seize ans, l’autre de onze ans. La première épousa, en novem- 2e . bre 1763, le marquis du Saillant; la seconde devint en TE 1769, à dix-sept ans, la femme du marquis de Cabris. - Il y avait deux garçons. L'aîné des deux, Honoré- Gabriel, avait quatorze ans au moment de la séparation de ses parents, L'autre, André-Boniface-Louis, âgé de neuf ans, était le cadet de toute la famille. j Dans une lettre du 1* avril 1762, écrite du Limousin par la marquise de Mirabeau, elle parlait de « quelque chose de fort avantageux pour l’une de ses filles », et qu’ « il
MihABLAQ,
« On veut me séparer de mes enfants, qu’ils ne prennent aucun goût pour moi, pour qu'ils n’en dépendent pas. J'espère qu'ils sont assez bien nés pour ne pas me ES et je ne veux le devoir qu’à leur cœur. »
En parlant ainsi, elle ne faisait guère illusion ni à son mari ni à elle-même. Elle n’avait pu rien faire pour gagner ou pour conserver le cœur de ses enfants. Nonchalante, légère, dominée par son mari, elle ne s'était pas occupée de leur éducation. Elle avait dû se décharger du soin d'élever ses filles sur le couvent de Montargis, d’où les enfants passèrent sans transition au mariage. A plus forte
raison fut-elle sans action directe sur, les garçons.
L'influence qu’elle exerça en ce qui les concernait fut celle de son tempérament. Celle-ci, hélas! n’est pas niable, et il y faut remonter si l’on veut comprendre certains des actes les moins louables du plus célèbre de ses fils.
Mirabeau, d’ailleurs, ne peut être séparé des siens. Je ne sais pas de grand homme qui ait dû davantage ses qua-.
lités, ses défauts et ses vices, aux races dont il était issu. Sa vie et son génie, sa grandeur prodigieuse et ses lamentables faiblesses, tout, dans sa carrière si mouvementée, reste une énigme irritante pour qui ne le rattache pas à la série de ses ancêtres. Hors d’eux et sans eux, rien ne s’explique. Avec eux et par eux, tout, ou presque, s éclaire.
Je note les traits essentiels.
D'abord une aptitude exceptionnelle au métier militaire.
Les Riqueti de Mirabeau sont une race de soldats. Sans remonter plus haut, on trouve dans les premières années du xvu° siècle, que Thomas, fils d'Honoré II, fait la
guerre en Italie, où il tient un état brillant. Il a six fils, dont les quatre cadets sont reçus chevaliers de Malte de minorité. Tous, plus ou moins, bataillent. Avant de mériter par ses vertus civiques d’être surnommé « le . Salomon » du pays, Honoré III a porté les armes en Italie, en Catalogne, à Lérida. Ses frères de même : l’un, capitaine des galères de France, en devient l’inspecteur; un autre, capitaine de vaisseau, guerroie contre les
ne : fallait pas nouer >. Te 3 ae Vos elle disait