‹ MirabeauChapitre 94 sur 104 · VS RE · texte numérisé non relu

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monarque ». Seulement, depuis qu'il ‘avait tenu au “ comte de Provence ce langage énergique dans le mémoire * du 15 octobre 1789, s'il n'avait pas changé d'opinion, il ©

s'était, par son traité avec le roi, condamné au silence. Comment aurait-il pu, au lendemain de la fuite de Louis XVI, arrêté à Varennes, dénoncer ce départ sans

-s’exposer à la publication par la cour, — qui, en le

discréditant, aurait espéré discréditer la Révolution, — des notes qu’il lui avait envoyées et des sommes qu'il en. avait reçues? Sans doute, en remettant, en juillet 1700,

les manuscrits de ces notes au comte de La Marck afin

que celui-ci pût défendre sa mémoire, il se flattait de lui laisser « de nobles éléments d’apologie » et cette confiance témoigne de la fierté de ses intentions. Mais il

est peu probable que les révolutionnaires, ses compagnons de lutte, aux prises avec les résistances et les

dissimulations du roi, eussent apprécié cette apologie avec l'impartialité de la postérité, et cette fois on n’eût pas crié en vain dans les rues de la capitale la « Grande trahison du comte de Mirabeau ». Abandonné, livré par la cour, Mirabeau aurait-il pu se retourner contre elle devant l'Assemblée sans se briser contre les préventions, accrues et exaspérées par des preuves certaines, dont il avait eu tant de peine à triompher au moment de la réunion des États Généraux? Cette fois, le reproche

de vénalité n'aurait pas reposé sur de vagues indices et

sur des présomptions incertaines. Le Livre Rouge aurait ouvert ses pages infamantes. Aurait-il suffi à Mirabeau de crier, comme il l’annonçait quelques mois. auparavant à Malouet, qu’en défendant l'autorité légale et tutélaire

du monarque, il n'avait pas déserté la bataille pour la |

liberté et la lutte contre la tyrannie? Sa grande voix. aurait été impuissante à dominer les tumultes déchaînés et sa vie orageuse se serait achevée, dans la jalousie des uns, la haine des autres, le mépris de tous, comme une pitoyable et douloureuse aventure.

La mort, en l’enlevant le 2 avril 1791, lui apporta, au lieu de ce déclin tragique, la grâce suprême d’une inou-

res HOMME D'ETAT:

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hu qu'orateur », il s’indignait à l’idée qu’il n'aurait contribué qu'à « une vaste démolition ». Après avoir plus que tout autre participé, par l'éclat de sa plume et par la puissance de sa parole, à l'abolition de l’ancien régime, il avait la noble ambition de fonder le régime nouvéau sur les bases de raison, de liberté et de justice dont son cerveau avait médité le plan d'ensemble et arrêté Jes détails d'exécution. Il sentait que la Révolutién ne Fe serait durable et définitive qu’à la condition de remplacer ce qu’elle avait détruit, et il voulait être l’ouvrier de

pour luil

Camille Desmoulins distinguait dans Mirabeau le tribun, qu’il admirait, et le consul, dont il redoutait les projets. L'heure d’un « consul » n’était pas encore venue. Mais aurait-elle jamais sonné si Mirabeau, en novembre 1789, avait été ministre? C'était la « balle » qu il : fallait à ce joueur. Le sort la lui refusa. Appelé au ministère à cette date, non seulement sa destinée eût été changée, mais il n’est pas téméraire de dire que les des-

beau, conseiller occulte de la cour, ne pouvait faire au

l'aurait tenté, dix-huit mois auparavant, et sans doute réussi. En conciliant la royauté et la Révolution, l’auto-

4 et les prérogatives du pouvoir exécutif, en faisant du « pouvoir royal le patrimoine du peuple », il aurait | épargné à la France la Terreur, le césarisme et l’invasion. Il aurait avancé d’un quart de siècle l'établissement définitif des conquêtes politiques de la Révolution. M. Jaurès salue en lui « le seul homme qui suscite dans l'esprit une hypothèse capable de balancer un moment la

& les fronts d’ un peuple reconnaissant et tas Trop tar= EN dive revanche, hélas! d’une destinée injuste! Mirabeau ne laissait pas. dans le souvenir des hommes la gloire qu'il avait rêvée. Se considérant et voulant être « plus homme

cette œuvre. Au moment de sa mort, il était trop tard

tinées du pays lui-même eussent été autres. Ce que Mira-

moment de sa mort, Mirabeau, ministre responsable,

rité royale et la liberté nationale, les principes de 1789.

“réalité ». Avant

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émouvante justification. Elle ne peut faire hésiter aucun de ceux qui, ayant pénétré le génie de Mirabeau, connaissent la puissance de sa pensée, sa prodigieuse perspicacité, son sens des réalités, sa connaissance des hommes, et la variété des ressources que sa souplesse était capable de mettre au service d’un dessein longuement réfléchi et fermement arrêté. Mirabeau avait

‘tout pour jouer ce rôle et gagner la partie, la culture

générale et la pratique des affaires, le talent et l'audace, l'habileté et la force, la passion et le sang-froid, la conviction et le courage, et aussi cette volonté d’une réhabilitation personnelle qui s’accordait avec la rénovation nationale dont il espérait être l’artisan. Sans rien changer d’essentiel aux lignes générales du programme

qu’il offrait plus tard à la cour, il en aurait poursuivi la

réalisation avec d’autres moyens, plus dignes de lui et, il faut le dire, plus dignes de la Révolution. La tribune aurait remplacé la police. Là, dans l’action publique,

dans le conflit des intérêts et des partis, nul, aux heures

décisives, ne pouvait lui tenir tête. Qu’étaient, en novembre 1789, les trente voix qu’il écrasait, en février 1791,

de son superbe mépris? Et que devinrent, après sa

magnifique réplique dans la discussion sur le droit de paix et de guerre, non seulement les Lameth, dont une allusion dédaigneuse évoqua le passé de courtisan, mais Barnave lui-même, porté la veille en triomphe? Lanjuinais ne s'était pas trompé lorsqu'il parlait de l'influence que Mirabeau ministre eût exercée sur l’Assemblée : il en aurait été le maître. Mais le profit n'aurait pas été moins grand pour le pays que pour Mirabeau. Le décret du 7 novembre brisa la seule force qui pût consolider la

Révolution en la modérant. C’est ce jour-là vraiment, et non celui de la mort de Mirabeau, que « les débris de.

la monarchie devinrent la proie des factieux » et que la Révolution par la Terreur remporta sa première victoire sur la Révolution par la Loi.

; M. Jaurès, Proudhon avait donné à cette hypothèse la force d’une logique saisissante et d’une

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