‹ Mirabeau: sa vie, ses opinions et ses discoursChapitre 5 sur 11 · LE LECTEUR Y METTRA UN TITRE · texte numérisé non relu

LE LECTEUR Y METTRA UN TITRE

AYIS AUX HESSOIS.

Le premier soin de Mirabeau en arrivant en Hollande , avec Sophie , dut être de chercher à se procurer par le travail les moyens d'existence que la pauvreté des fugitifs et la nécessité de se cacher leur rendaient indispensables. Il fit ainsi de nombreux travaux de librairie ; il s'occupa de l'édition hollandaise de V Histoire des Voyages; il fit le premier volume d'une traduction de Gesner ; il traduisit V Histoire éPAngleterre, de madame Macaulay, et VHistoire de PhiHppe II, par Robert Watson, etc. Mais ces travaux mercenaires ne le détournent pas de ses nobles préoccupations politiques, et, dans un autre but que celui de gagner de l'argent, aussitôt après son installation à Amsterdam, il écrit Y Avis aux Hessois.

Frédéric II, landgrave de Hesse-Cassel, avait promis aux Anglais le secours de 6,000 Hessois, qui devaient être transportés en Amérique pour combattre les insurgens. Cet odieux marcné enflamme Mirabeau d^une noble indi-

g nation, exaltée jpar Tamour de la liberté et la aine du despotisme. Il s'écrie :

Intrépides Allemands! quelle flétrissure laissez-vous imprimer sur vos fronts généreux !

Quoi ! c'est à la fin du dix-huitième siècle que les peuples du centre de l'Europe sont les satellites mercenaires d'un odieux despotisihe ?

Quoi ! ce sont ces valeureux Allemands qi défendirent avec tant d'acharnement leur L berté contre les vainqueurs du monde, et hn vérent les armées romaines, qui sont vendu et courent verser leur sang dans la cause d( tyrans I

Vous êtes vendus ! Eh î pour quel usag"»

justes dieux!.... pour attaquer des peuples qi défendent la plus juste des causes, qui voi donnent le plus noble des exemples... Eh! qi ne les imitez-vous, ces peuples courageux, a lieu de vous efforcer de les détruire î . . .

Savez-vous quelle nation vous allez atfo quer? Souvenez-vous ce que peut le fanatisn de la libwté? C'est le seul qui ne soit pj odieux , c'est le seul respectable ; mais aus c'est le plus puissant de tous

Profitez de leur exemple, pensez à votre hoi

neur, pensez à vos droits N'en avez-voi

pas comme vos chefs ? Oui, sans doute, on i le dit point assez ; les hommes passent avai les princes qui, piour la plupart , ne sont ps dignes d'un tel nom. Laissez à d'in£3ines cou tisans, à d'impies blasphémateurs , le soin c vanter la prérogative royale, et ses droits iU mités ; mais n'oubliez pas que tous ne furei pas faits pour un^ qu'il est une autorité supe rieure à toutes les autorités ; que celui q\ conunande im crime ne doit point être obé et qu'ainsi votre conscience est le premier t vos che£s.

Cette adresse, écrite d'un ton un peu déclamatoire, mais énergique, produisit le plus grand efGet. Un partisan de l'électeur fit une réponse sous le titre de Conseils de la raison. Mirabeau répliqua vivement. Nous ne citerons qu'un passage de sa brocliure intitulée : réponse aiuc conseils de la raisrni,

« Quand l'autorité devient arbitraire et oppressive; quand elle attente aux propriétés, pour la protection desquelles elle fat instituée; quand elle rompt le contrat qui lui assura ses droits et les limita, la résistance est de devoir, et ne peut s'appeler révoUe,

» Si celk n'est pas vrai, les Batavessontautant de criminels révoltés. Celui qui s'efforce de recouvrer sa liberté et combat pour elle exerce un droit très légitime, et la révolte, qui est un acte très illégitime, diffère essentiellement d'une confédération permise par la constitution des peuples libres, et surtout par la loi naturelle, le Code universel d'où, doivent dériver toutes les lois Le crime de lèsenation est le plus grand des forfaits ; et un peuple est aussi supérieur à son souverain, que son souverain l'est à im individu. •

LE LECTEUR T METTRA U?f TITRE.

Parmi les écrits publiés par Mirabeau pendant son sejour en Hollande, U faut encore signaler une hrochure, Leledeur y mettra un tUt0f dont le sujet est la musique, n examine si cet art est vraiment aussi frivole que beaucoup de personnes le croient ; s*il est possible de l'aire de bonne musique instrumentale sans s'être proposé de peindre un objet déterminé; si elle peut expruner les passions ; quel rapport il y a entre l'art du poëte et celui du musicien, etc. Ce spirituel et piquant opuscule, est un peu étranger au genre et au ton har bituel des ouvrages de Mirabeau, mais on Vy trouve encore tout entier, comme on en pourra juger par l'extrait suivant, relatif à la protection arUstiqne :

La plupart des gouvernements, qui devraient protéger, encourager et surtout surveiller les arts, les dégraderont toujours en les tournant vers des objets avilissants ; loin de les diriger vers le beau, l'utile et Thonnête, ils se sont trop souvent servis de leur influence poiu* corrompre. Les beaux-arts, en un mot, furent toujours les pièges et les amorces des despotes. Les sublimes efforts de l'esprit humain hâtèrent les progrés de la servitude, en accélérant ceux du luxe, l'introduction de la molesse,, et la décadence des mœurs. En xm mot^

defr

la dépraTation des arts est tm des teaîts âa deRpotisme et son arme la plus acérée.

Ce n'est pas tout : Le deapotieme détruit les arts après les avoir avilis; car celui dont le cœur est corrompu a rarement l'imagination élevée. Ce fut à l'époque du retour de la liberté que les Athéniens prirent un vol si haut dans tous les g'enrcs de gloire. On vit ensuite les ■ arts, succombant sous les coups de la tyrannie, fuir de la Grèce, où ils avaient jeté de si profondes racines, et produit tant de fleurs et de fruits. — Leur transplantation acheva da corrompre ; ils furent accueillis à Rome par despote qui voulait dorer les chaînes dont 'lai^eait un peuple qui, jusque-là, avait mis ;e sa e'Ioire à conquérh- et à dominer. Auile fut l'ami des grands artistes, mais il fut aussi leiir corrupteur. Ha se souillèrent à sa cour par les plus viles flatteries. La volonté d'un seul iiomme donna la loi au génie comme ta reste des citoyens.

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