CHAPITRE XX
CONCLUSION
Nous voici arrivés à la fin de ce que nous pouvons regarder comme les Préliminaires de la Doctrine Mystique.
Avant d'entreprendre de traiter à fond et séparément des deux fonctions de la Vie Mystique qui sont la Divine Contemplation et l'Action Sainte, il était urgent de déblayer le terrain et de rendre à la notion de la vie mystique son sens catholique traditionnel. Nous nous sommes largement acquittés de cette tâche. Laissant de côté la controverse, nous avons préféré procéder par voie de simple présentement 288 —
CONCLUSION
et développement de la notion traditionnelle de la vie mystique. Nous avons cru que sa splendeur suffirait à lui ramener bien des esprits, parmi ceux qui se sont laissé tromper par des définitions plus récentes, mais trop étroites et qui ne donnent point satisfaction à l'esprit. Nous pouvons dire qu'il n'y a pas un seul chapitre de ce volume ou du précédent, qui ne présente quelque point de vue particulier de la notion/ traditionnelle de la vie mystique et qui n'aide à en mieux comprendre le mécanisme intérieur.
Mes lecteurs doivent être maintenant convaincus de cette grande vérité que la vie mystique n'est autre chose que la vie avec Dieu ; l'attention à Dieu persévérante et pleine d'amour ; la vie qu'une âme fervente mène au fond de son cœur, dans l'aimable compagnie de Dieu qu'elle ne voit pas, mais que sa foi lui montre présent en elle comme dans un sanctuaire.
En d'autres termes, c'est Tentretien plein d'amour mutuel, de Dieu et du Chrétien fervent.
Ce n'est qu'à la lumière de l'idée mystique traditionnelle ainsi comprise, que la religion du Christ et l'Église Catholique reçoivent leur véritable interprétation. La mystique traditionnelle est la seule qui fasse justice à Dieu et à l'homme tels qu'ils nous sont présentés par la révélation divine. Le mystique est le seul qui fasse pleinement justice à son Christianisme.
« Je cherche un homme » répondait le cynique, Diogène, à ceux qui lui demandaient pourquoi il allait, en plein jour, une lanterne à la main. Sa recherche fut vaine : pour trouver un homme il lui eût fallu rencontrer un serviteur de Dieu ; or il n'y en avait pas à Athènes en ces jourslà ; quoique cette ville pût se vanter alors d'être ifi ville intellectuelle par excellence.
CONCLU SIOU
Il n*y a que le mystique qui soit digne du nom d'homme, parce qu'il est le seul à saisir le sens profond et divin de la vie. Les autres ne sont que des bêtes de somme, ou des bêtes de proie, ou des bêtes de plaisir immonde ou des bêtes d'org-ueil, comme nous l'avons précédemment établi.
Le monde est dans les douleurs de l'enfantement d'un ordre de choses définitif qui sera tout mystique, tout surnaturel, divinement glorieux et heureux. Le monde présent est dans l'enfantement de la Jérusalem Céleste, laquelle recevra tous les prédestinés et embrassera un jour dans ses limites tout cet univers matériel dont nous sommes les citoyens. De même que l'homme est encore en voie de formation, de même en est-il de la Cité Céleste, et tout aussi bien de la Babylone infernale. Le lieu de notre épreuve, c'est-à-dire le monde présent, est Tatelier. Nous sommes — 29? —
MÎRACLÈ ET MVSTIQVË
embauchés au service de l'une ou l'autre des deux cités ; il n'est loisible à personne, excepté aux tout jeunes enfants et aux adultes privés de l'usage de la raison, de rester neutres. Si nous ne sommes pas avec Jésus nous sommes contre Lui. Par conséquent, celui qui n'aura pas, en dernière fin, réussi à se rendre propre à la vie mystique en paradis, sera réprouvé.
Le mystique est donc bien réellement le seul homme qui sache jouir de la vie et tirer du temps présent le meilleur parti. Les autres jouissent de la mort et non de la vie ; car ce qu'ils appellent la vie n*e3t autre chose que la mort. Dieu est la vie et le mystique a la sagesse de mettre sa jouissance en Dieu seul.
Plût à Dieu que tous les hommes devinssent mystiques ! Plût à Dieu qu'il nous fût donné d'en attirer au moins quelques-uns à cette vie qui est la seule vraie.
CONCLUSION
C'est dans ce but que nous nous proposons, avec l'aide de Dieu, de faire briller à leurs regards dans les volumes suivants les splendeurs de la Divine Contemplation et les charmes tout surnaturels de l'Action Sainte.