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CHAPITRE XIX

LES NOCES DE L^AGNEAU

Les Noces de l'Agneau telles qu'elles seront inaugurées à la suite du Jugement Dernier, forment l'étape suprême dans la merveilleuse évolution de la vie mystique.

Parvenus à ce point de notre tâche, nous éprouvons les émotions du grimpeur de montagnes, auquel le cœur manque au pied du dernier et du plus haut sommet, parce qu'il est. en même temps le plus rude et périlleux. Très forte est la tentation de ne pas poursuivre cette escalade jusqu'au bout, et il ne manque pas de bonnes raisons pour nous servir d'excuses.

Des questions comme celles-ci nous assiègent : Est-il nécessaire d'aborder un sujet si difficile et apparemmeçt inaccessible? A-t-on jamais essayé de décrire le bonheur des Élus, tel qu'il sera après le Jugement Dernier? N'y a-t-il pas présomption et folie à tenter l'aventure?

N'est-ce pas aller au devant d'un désastre?

Et puis : Pourquoi ne pas nous en remettre à l'enseignement secret du Saint- Esprit au cœur des mystiques, d'ailleurs peu nombreux, dont le regard cherche à pénétrer l'avenir jusqu'à de telles profondeurs? Est-ce que de tels mystères ne mettent point toute description au défi? Est-ce qu'ils ne réduisent pas à l'impuissance toutes les ressources du langage humain ? Est-ce qu'ils n'éludent pas, même les plus pures conceptions spirituelles de notre, intelligence, pendant que nous sommes encore sur la terre? C'est

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pourquoi je me sens porté à m'écrier O vous, mes frères, qui m*avez suivi jusqu'ici, ne me pressez pas de pousser plus avant, moi qui ne suis qu'un homme comme vous et un plus gfrand pécheur, et qui n*ai jamais joui de la vue des divines réalités de l'au-delà. Un apôtre eut un jour ce privilège, pendant les jours de son pèlerinage ici-bas, et voici ce qu*îl put en dire d'une voix mal assurée : Non: Vœil de Vhomme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur n*a jamais goûté les délices que Dieu tient en réserve pour ceux qui Vaiment (Cor., ii, 9). Il ne serait même pas possible aux Bienheureux du paradis, maintenant qu'ils ont la vue et la jouissance de ces délices, de nous donner une idée du surcroît de bonheur qui les attend, après que l'état de choses, tel qu'il est à présent, aura été complètement aboli, et remplacé par l'ordre de la Gloire sans mélange, porté à — 277 — ^

son plus haut degré. N*est-il pas bien remarquable que la divine révélation des Livres Saints, laquelle entre dans tant de détails sur ce qui précédera le Jugement Dernier, garde le silence sur ce qui suivra ces paroles du Christ : Venez, 6 vous les bénis de mon Père, prendre possession du royaume qui vous a été destiné depuis le coinmencement du monde (Matth., xxv, 34). Ne pourrions-nous pas nous contenter de clore ce chapitre en disant : C'est absolument ineffable !

Et cependant nous ne serions point satisfaits. Ce nous semblerait une espèce de trahison de ne pas indiquer, au moins en quelques mots, cette étape suprême de la merveilleuse évolution mystique. Nous n'avons point mené notre lecteur à travers les sentiers de la doctrine mystique, pour l'abandonner au moment d'atteindre l'endroit le plus convoité ; avant d'avoir au moins, semblable à Moïse mourant, — 278 ~

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jeté de loin un regard non seulement sur la Terre Promise du bonheur actuel des élus dans le ciel, tel qu'il est dans l'état présent, mais encore dans les profondeurs de l'avenir, sur les Noces de l'Agneau qui suivront le Jugement Dernier et dureront éternellement. Ainsi Moïse mourant put jeter un coup d*œil sur la Terre Promise et y découvrir, en même temps, une vue anticipée du Royaume du Christ, l'Église Catholique, dont la Palestine n'était qu'une image et un prélude et comme une faible ébauche.

Après que la fin du monde tel qu'il est k présent aura été consommée, après que les maudits auront été bannis pour toujour et enfermés dans leur prison de feu, et que les Bienheureux, ressuscites en corps et en âme, auront été assumés dans la gloire, convient-il de dire que nous aurons alors atteint la dernière étape de la grande évolution mystique? Oui, si Ton

veut : seulement il ne faudra pas la considérer comme une fin, mais bien plutôt comme un commencement. Tous les grandioses événements qui se seront déroulés jusqu'alors, n'apparaîtront que comme une immense préparation à des réalités infiniment plus magnifiques et qui ne devront jamais prendre fin. Il était sans doute nécessaire que les mystères du temps fussent achevés, avant que les derniers mystères non encore révélés, de l'éternité bienheureuse, pussent être inaugurés. Les voici résumés en deux mots : Les Noces de l'Agneau !

Et je vis, dit saint Jean dans l'Apocalypse, un nouveau Ciel et une nouvelle terre ; car le ciel et la terre d'auparavant avaient passé et la mer n'était plus. Et moi, Jean, je vis la Sainte Cité, la Jérusalem Nouvelle, descendant du haut des deux, procédant de Dieu, parée comme une épouse pour son époux» Et j'entert'

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dis sortir du trône une grande voix qui disait : « Voici la demeure de Dieu au inilieu des hommes : il habitera avec eux ; ils seront son peuple et Dieu sera leur Dieu. Et Dieu essuiera de leurs yeux toutes les larmes ; la mort cessera d'exister, ainsi que l'état précédent est aboli. » Et celui qui est assis sur le trône dit : « Voici que je renouvelle toutes choses. » (Apoc., XXI, 1-5.)

Jésus, l'Époux Céleste, n'atteindra sa perfection en nous, qu'à la suite de la Résurrection Générale et du Jugement Dernier. Alors seulement et pas avant, son Épouse mystique, l'Église, parviendra à la plénitude de ses charmes. Alors seulement aussi, chacun des élus deviendra tout ce que Dieu a souhaité qu'il fût. Jusqu'à ce moment béni, le corps mystique du Christ et chacun de ses membres pris séparément, sont encore en formation. Jusqu'à ce moment-là, le Christ

n'est point pleinement réalisé en nous, et la grande fête des Noces n'est pas même commencée. Tant que le nombre des élus ne sera pas complet, les hommes continueront de naître, et l'œuvre de la Création se poursuivra. Il faut que le mystère de l'Incarnation s'étende à tous les Chrétiens qui seront faits jusqu'à la fin du monde. L'œuvre de la Rédemption n'aura produit son plein effet définitif, que lorsqu'enfin la mort aura été vaincue à tout jamais par le fait de la résurrection de toute chair. Enfin, l'œuvre de notre Sanctification ne brillera de tout son éclat que lorsque tous les Élus auront reçu, dans leur âme et dans leur corps, la récompense qui leur revient de leurs bonnes œuvres et des effets posthumes de leurs bonnes œuvres.

L'Église, telle qu'elle est en ce moment, même l'Église triomphante des Anges et des iSaints, n'est fencore qu'une petite

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ftlle en comparaison de la parfaite Épouse que Dieu le Père veut qu'elle devienne, pour faire les délices de son Diivn Fils. Dans le Cantique des Cantiques, où se joue le mystérieux drame de l'amour Divin, le chœur des anges s'écrie : Notre sœur est petite, il lui manque les charmes de la femme nubile (Cant., viii, 8). Cela est également vrai, et de TÉglise dans son ensemble, et de chaque élu en particulier, soit sur la terre, soit au ciel, soit ange, soit homme. Aux yeux de l'Époux Céleste, chacun d'eux n'est encore que comme une petite fille tendrement aimée de Lui et heureuse dans son amour, mais qui n'a pas atteint la plénitude de ses charmes. Elle est incapable de donner à son Bien-aimé toute la joie qu'il attend d'elle, et d'autre part, sa capacité de jouir des embrassements divins n'est pas encore entièrement développée. Cette double perfection ne se réalisera enfin dans

rÉgîlise, qui est le corps mystique du Christ, et dans chacun des élus séparément, qu'après le règlement définitif des affaires du temps qui aura lieu aux solennelles Assises du Jugement Dernier.

Alors, non seulement chacun des élus recevra selon le mérite de ses œuvres, mais, de plus, il se verra assigner sa place définitive dans l'étemelle hiérarchie de la charité parfaite. Cela ne pourrait se faire plus tôt.

Si immense et si comblée qu'elle soit, dès à présent, chez les bienheureux habitants du paradis. Anges et Saints, la puissance de jouir du bonheur est loin d'avoir atteint ses dernières limites. Les élus eux-mêmes ne savent jusqu'où ces limites s'étendent. Quand ils le verront ce leur sera une véritable révélation. Ils peuvent s'appliquer à eux-m^mes les paroles que saint Jean dit de nous : Ce que nous deviendrons un jour nous est caché pour

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le motnent (I Jean, m, 2). Les aTjges eux-mêmes, après le Jugement Dernier, recevront chacun selon sa capacité propre, un ineffable accroissement de noblesse personnelle, de splendeur et de joie. Ce sera un des effets de la formation pleine et entière de Jésus-Christ dans son Église et de la parfaite beauté de l'Épouse de l'Agneau et la récompense de la manière dont ils s'employent à son service, dans le temps qu'elle est voyageuse sur la terre d'exil.

Ce serait une erreur de croire que la joie des Bienheureux, même la joie essentielle de la Vision Béatifique telle qu'ils la possèdent à présent, ne puisse pas être augmentée. Il faut considérer que c'est Dieu qui est l'ordonnateur de la fête des Noces de l'Agneau, et qu'il lui est loisible, à cette occasion, d'augmenter la capacité qu'ont les élus de Le connaître et de L'aimer. Dieu est l'auteur et du -a8s-

banquet et des convives, et il saura les adapter réciproquement, ein donnant à chacun des élus, à l'occasion du Jugement Dernier, la dernière touche de sa main toute-puissante. Quelle différence n'y a-t-il pas entre l'aimable bouton de fleur- du pommier au printemps et le fruit mûr, bien arrondi, aux riches couleurs, d'automne.

Le bouton délicat n'est encore qu'une promesse, un gage de ce qui doit venir ; le fruit en est la splendide réalisation. Ainsi en sera-t-il pour les élus à la fin du monde en comparaison de ce qu'ils sont à présent.

Les Noces de l'Agneau ne seront point stériles. Le mariage virginal du Fils de Dieu avec l'épouse qui lui est promise, l'Église des Élus, produira un fruit qui n'a au-'dessus de lui que le fruit du mariage mystique de la Très Sainte Vierge Marie avec le Saint-Esprit, qui ne fut autre que le Christ lui-même. Son fruit sera

LES NOCES DE L'AGNEAU la PARFAITE LOUANGE DU CRÉATEUR.

Et ce merveilleux nouveau-né sera engendré de 'la nianière qui convient à Dieu: d'un enfantement éternel. Eternel non seulement parce qu'il sera d'une durée sans jamais aucune fin, mais éternel même dans son moëe d'être. Éternellement Dieu le Père dit à son Divin Fils: Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui; éternellement aussi et avec les transports d'une joie infinie, 'l'Agneau de Dieu et son Épouse l'Église des prédestinées, diront de la Louange Parfaite de Dieu dans la bouche des élus : Tu es notre fille : aujourd'hui nous t'avons engendrée.

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