RÉPONSE A M. MAXIMILIEN HARDEN
Oui, vous êtes des barbares; et vous le savez bien; et vous avez de trop niaises prétentions à la « culture » pour que le mot, dont vous savez toute la justesse, ne vous cingle pas en plein visage, comme un coup de cravache.
1. M. Maximilien Harden avait publié dans sa revue Zukunft, un article dont voici la conclusion :
« Nous sommes barbares, l’Angleterre est alliée aux singes jaunes et se réjouit d’entendre dire que les Allemands sont assassinés par des cosaques ivres.
« Les Anglais, les Belges, les Français, les Slaves du Nord, du Sud et les Japonais n’ont pas assez de louanges l’un pour l’autre, se disant les gardiens et les dispensateurs de la civilisation la plus raffinée et nous appellent barbares.
« Nous serions étourdis de les contredire.
« Pour la vieille Rome malade à mort, les Germains qui creusaient sa fosse étaient des barbares»
LES BARBARES
Vous êtes des barbares, vous qui ne connaissez, n’aimez que le « colossal », vous qui ne respectez que la force aveugle et brutale. Le Droit, la Justice, ce ne sont pour vous que des chimères ou des « nuées » ; les traités que vous avez signés, de simples « chiffons de papier », la parole que vous avez engagée, un mot en l’air qui ne compte pas. Vous massacrez, vous brûlez, vous violez, vous pillez, comme jadis ces Huns dont votre Empereur vous propose l’exemple. Vous faites de la terreur un système, et les sentiments les plus humains sont par vous tournés en une odieuse dérision; vous êtes inaccessibles à la pitié. La guerre est pour vous « une industrie nationale », et voici plus de quarante ans que vous préparez celle que vous nous avez frau*
« Votre civilisation, compères, n’envoie pas de bonnes odeurs !
« Habituez-vous à l’idée qu’en terre allemande vivent des barbares et des guerriers qui n’ont pas pour le moment le temps de conter sornette. Ils doivent battre vos armées, s’emparer de vos états-majors, couper vos tentacules dans les océans. Quand Tanger et Toulon, Anvers et Calais seront sujettes de la Barbarique Puissance, alors nous converserons quelquefois gracieusement avec vous. »>
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duleusement imposée. Vous voyez, dans la guerre, dans la victoire même, non pas la gloire, mais, — vos hordes l’ont assez prouvé, — un moyen d’assouvir votre soif des plus basses jouissances matérielles. Vos rêves sont peuplés de visions sanglantes de carnage, de crapule et de mort. Vous n’avez pas changé depuis le temps des Germains, vos ancêtres. Un homme d’Etat anglais le disait récemment avec profondeur : vous êtes un peuple qui sait créer la force, mais qui ne sait pas en user.
Barbares, vous l’êtes encore par votre duplicité. Le mensonge vous est chose si naturelle, que vous mentez, je crois bien, sans vous en apercevoir. Du haut en bas de l’échelle sociale, vous pratiquez le dol avec une impudeur déconcertante : Empereur, chancelier, ministres, ambassadeurs, fonctionnaires, officiers et soldats, la somme des mensonges constatés, authentiques, que vous avez tous accumulés depuis deux mois, — et nous en connaîtrons d’autres, plus tard, — est véritablement effroyable. Vous n’avez même pas le courage et
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la loyauté de vos violences, et votre cynisme n’a d’égal que votre fourberie. Vos tromperies sont grossières, d’ailleurs; car vous êtes totalement dénués d’esprit de finesse, et le plus souvent elles se retournent contre vousmêmes; mais vous êtes incorrigibles, et vous mentez et « bluffez » de plus belle. Chose bien remarquable, le seul génie qui vous appartienne peut-être en propre est celui de l’espionnage, et il faut avouer que vous êtes passés maîtres dans cet inutile et hideux métier; vous en avez fait, comme de la guerre elle-même, une « industrie nationale ». Vous avez poussé l’hypocrisie jusqu’à vouloir associer Dieu, — « votre vieux Dieu », comme l’appelle un peu bien familièrement votre César, — à votre œuvre de meurtre et de spoliation, et par un blasphème dont vous êtes les seuls à ne pas sentir l’outrageuse inconvenance, vous ne cessez d’invoquer son nom. C’est lui sans doute qui vous a ordonné de détruire la cathédrale de Reims! On parlait dans l’antiquité de la mauvaise foi punique : on parlera
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désormais de la mauvaise foi germanique, fides germanica.
Barbares, vous l’êtes enfin par votre esprit de rapine. La guerre que vous nous faites, — et vous avez dû l’avouer vous-mêmes, honteusement, — est une véritable guerre de bandits. Ce n’est ni une guerre nationale, ni une guerre religieuse, ni une guerre de gloire, ni même une guerre de conquête; non, c’est une guerre de vol et de brigandage. Nous étions un peu plus riches que vous, étant moins nombreux, et peut-être plus économes; vous vous êtes dit que nos richesses étaient bonnes à prendre; vous nous avez tendu un guet-apens; et vous nous avez mis brusquement la main au collet, en nous criant : la bourse ou la vie! La « bourse », c’étaient, outre nos colonies et peutêtre quelques-unes de nos provinces, les quatre milliards de la Banque de France qui fascinaient vos imaginations de pirates, comme jadis les trésors de la vieille Rome tentaient la cupidité de vos ancêtres. En plein xxe siècle, vous êtes restés ce qu’au fond vous n’avez jamais
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cessé d’être, le dernier des peuples de proie.
Mais, dans votre naïve outrecuidance, vous vous êtes grossièrement mépris sur notre compte. Nous ne donnons pas notre bourse, et nous saurons défendre notre vie. Vous avez trop aisément cru à notre décadence. Cette fois,
non contents d’avoir le Droit, nous avons
aussi la force; vous venez d’éprouver que notre poudre est au moins aussi sèche que la vôtre. Notre générosité, notre bonne grâce, notre humanité, la sûreté de notre commerce, la solidité modeste de nos vertus cachées nous ont valu de chaudes sympathies, de fidèles et robustes amitiés. On nous aidera à vous mettre à la raison. Par vos brutalités, par vos maladresses, vous avez réussi à soulever contre vous l’unanimité de la conscience humaine. Et sans l’avoir presque cherché, nous nous trouvons représenter contre vous tout ce que l’homme depuis quinze siècles, — depuis votre apparition dans l’histoire, — a gagné sur la brute hurlante et vorace qui sortait des sombres forêts delà Germanie, tout ce qui s’appelle
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Droit, Justice, Liberté, Patrie, Idéal, tout ce que l’on désigne du mot de Civilisation. Si vous veniez à triompher, la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue.
Mais vous ne triompherez pas. Et nous qui ne sommes pas des Barbares, nous nous garderons bien de vous imiter. Nous ne brûlerons pas vos villes ouvertes, vos cathédrales, vos bibliothèques, vos œuvres d’art et vos souvenirs d’histoire; nous ne lancerons pas de bombes sur vos demeures royales pour nous venger sur de faibles êtres sans défense; nous n’emploierons pas contre vous d’armes déloyales et faites pour aggraver et prolonger les souffrances; nous n’achèverons pas vos blessés; nous respecterons vos femmes, vos vieillards, vos prêtres et vos enfants; nous ne tirerons pas sur vos ambulances; nous ne pillerons pas vos demeures; nous ne ferons pas marcher devant nos armées pour les exposer à votre mitraille les plus inoffensifs d’entre vos compatriotes; nous ne violerons pas la neutralité des peuples libres. Mais nous
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sommes bien résolus à aller jusqu’au bout de notre droit de vainqueurs, ' et, puisque aussi bien on ne peut se fier à voire parole, à vous mettre pour toujours dans l'impossibilité de nuire. Nous serons humains; mais nous ne serons^ pas dupes.
Et vous disparaîtrez de l’Histoire, parce que vous êtes un peuple sans moralité1.
1. Ces pages étaient écrites quand a paru le fameux Appel aux nations civilisées, qui restera comme un monument... disons de la candeur allemande. Voici ce factum :
« Nous, représentants de la science allemande et de l’art allemand, protestons, devant' le monde civilisé' tout entier, contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis prétendent souiller la cause pure de l’Allemagne, dans la difficile lutte pour l’existence qui lui a été imposée. La bouche d’airain des événements a infligé un démenti à la propagation des nouvelles concernant d’imaginaires défaites allemandes. Avec d’autant plus de zèle on travaille maintenant à des altérations et des mises en suspicion. G cst contre celles-ci que nous élevons notre voix retentissante qui doit proclamer la vérité.
« Il n'est pas vrai que l’Allemagne a été la cause de cette guerre. Ni le peuple ne l’a voulue, ni le gouvernement, ni l’empereur. Du côté allemand tout a été fait pour l’empêcher. Le monde possède à ce sujet des documents irréfutables. Maintes fois Guillaume II, durant les vingt-six années de son règne, a démontré qu’il est le protecteur de la paix mondiale; maintes fois ses adversaires l’ont reconnu. Et ce meme empereur qu’ils osent maintenant appeler un Attila, a été raillé par eux, pendant des années, à cause de son amour de la paix. Ce n’est que lorsque des forces prépondérantes, qui depuis longtemps guettaient aux frontières, se
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sont jetées sur notre peuple de trois côtés, qu’il s’est levé comme un seul homme.
« II n'est pas vrai que nous avons violé d’une façon criminelle J a neutralité de la Belgique. La preuve existe que la France et l’Angleterre étaient décidées à cette violation, d’accord avec la Belgique. Nous nous serions détruits nousmêmes si nous n’avions pris les devants.
« Il n’est pas vrai que nos soldats ont touché à la vie et à la propriété d’un seul citoyen belge sans y être contraints à leur corps défendant. Car, encore et toujours, en dépit de tous les avertissements, la population leur a dressé des embuscades pour tirer sur eux, mutilant des blessés, assassinant des médecins pendant qu’ils faisaient œuvre de samaritains.
« Il n’est pas vrai que nos troupes ont ravagé brutalement Louvain. Elles ont été forcées d’exercer des représailles contre les habitants forcenés qui les ont assaillies traîtreusement et c’est d’un coeur douloureux qu’elles ont bombardé la ville. La plus grande partie de Louvain a été conservée. Le célèbre Hôtel de Ville reste brillamment intact. Au péril de leur vie nos soldats l’ont protégé des flammes. — Si dans cette guerre terrible des œuvres d’art ont été détruites, si d’autres l’étaient encore, tout Allemand le regretterait. Mais alors que nous ne nous laisserions surpasser par personne dans l’amour de l’art, nous nous refuserions à racheter par la conservation d’un monument artistique une défaite allemande.
« Il n’est pas vrai que notre façon de faire la guerre méconnaît le droit des gens. Elle ne connaît pas de cruautés indisciplinées....
« Il n’est pas vrai que la lutte contre ce que l’on appelle notre militarisme n’est pas une lutte contre notre culture, ainsi que le prétendent hypocritement nos ennemis. Sans le militarisme allemand, la culture allemande aurait depuis longtemps disparu du monde. Pour sa protection il est sorti d’elle, dans un pays qui, pendant des siècles, a été éprouvé par les invasions comme nul autre. L’armée allemande et le peuple allemand ne font qu’un. Cette conviction unit aujourd’hui 70 millions d’Allemands sans distinction d’éducation, de condition sociale et de parti.
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« Nous ne pouvons pas arracher à nos ennemis Parme empoisonnée du mensonge. Nous ne pouvons que proclamer dans le monde entier qu’ils ont rendu un faux témoignage ; et vous qui nous connaissez, qui, jusqu’à présent, avez veillé avec nous sur les biens suprêmes de l’humanité, à vous nous faisons ap,pel.
« Croyez-nous! Croyez que nous mènerons le combat jusqu’au bout, comme un peuple cultivé auquel l’héritage de Goethe, de Beethoven et de Kant est aussi sacré que son foyer et sa terre. Nous nous en portons garants avec notre nom et notre honneur. »
Ce document porte la signature, par ordre alphabétique, de 93 personnalités allemandes, parmi lesquelles on relève les noms suivants :
Les historiens Lamprecht et Harnach; les jurisconsultes Laband, Liszt et von Mayr; les philosophes Eucken, Riehl, Windelband et Wundt;' le physicien Rœntgen; les chimistes Ehrlich, Fischer et Ostwald; le zoologiste Hæckel; l’astronome W. Foester; les économistes Brentano et Schmoller; le philologue Willamowitz-Mœllendorf ; le publiciste Naumann; l’historien d’art W. Bode; les peintres Kaulbach, Klinger, Liebermann, Stuck et Trübner; les écrivains L. Fulda, G. Hauptmann, R. Dehmel, Halbe et Sudermann; les musiciens Humperdinck, Siegfried Wagner et Félix Weingartner; -enfin le président du Reichstag Arth. Kampf et le directeur de théâtre Max Reinhardt.
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