‹ Miracles de Nostre Dame par personnages (volume 4)Chapitre 14 sur 16 · RI RACLE DU · texte numérisé non relu

RI RACLE DU

Pieça que j'ai en appétit Dde vous dire.

LOSTËLLIÉRE

Dites ce qui vous plaira, sire :

XXXlJ

Vouleniiers vous escouieray, N"a riens je ne contrediray Qui bon vous semble.

L'OSTELLIER

Il n"a ci que nous deux ensemble :

Si vous demande vostre avis.

D"Osanne que vous est avis.

Par vosire foy ?

L'OSTELUÉRK

Sire, par la foy que vous doy, Ne la devons en riens blâmer, Mais ta devons louz deux amer;

Car grani bien le jour nous avint Qu'elle ceens demourer vint.

Pour quoy le me demandez, sire f S'il vous plaist, veuillez le me dire.

Je vous em prî.

Je le vous diray sanz detri.

Je me voy un homme, quel ? un

Sanz fille ne sanz filz nesun ;

Et si n'ay pas laissié passer

Le temps sanz des biens amasser,

Et s'ay fait po de bien pour Dieu, Si que, quoyque je soie au lieu Uu Jhesus soulTri passion, Je vous dy c'est m'entencion D'aler jusqu'à Romme la granl;

Pieça en ay esté engrant ■ Et pour ce me vueil ordener Et mes biens Osanne donner Touz, ei d'eJle laiie mon hoir;

Car, d;imii, il me semble pour voir Qu'el le vauk bien.

L'OSTELIÊHE

Vostre entencion bonne tien, Mon seigneur, car la créature Si a louz jours mis paine et cure A les garder songneusement Et a nous servir bonnement.

Et les hosies qu'avons eu Si benignement receu Que ceens l'un l'autre envoioii Pour le bien qu'en elle on voioit; Et puis que n'avons nulz enfans, Et il a ja plus de douze ans Que sanz loier nous a servi, C'est droit qu'il 11 soit desservi. Dieu merci, nous avons assez :

Mais, puis qu'a Romme alcr pensez, S'il vous plaist, avec vous yray, Et ma part des biens li lairay Aussi que li laissez la vostre, Si que dame sera du r Se irespassons en ce voyage ; Et je la sec de tel courage Qu'elle pas ne les retenra.

Mais des aumosnes en fera Pour nous assez.

Dame, se vous la mer passez, J'ay doubte que mai ne vous face ; Car nulz a paine ne la passe Qu'il ne faille qu'il mette hors Par vomite ce qu'a ou corps Jusqu'au der sanc.

L'OSTELLIÉRE

Tant conme j'aie ami si franc

XZZIl ROY THIERRY 321

L*OSTBLLIER

j52 b Ce sarons sans arrestoison.

Bien va : a son huis le voy estre.

Alôns !

Dieu vous doint bon jour, maistre !

Il nous faulsist que, sanz eslongnc.

Nous feissiez un po de besongne 1 875

Que vous diray.

Le tabellion Dites, et je la vous feray Sanz demourée.

L^OSTELUER

Moy et ma femme avons pensée Dealer a Romme, se Dieu plaist, 1880

Mais de ce ne quier faire plait ; Si voulons une lettre avoir Par laquelle nous ferons hoir De noz biens et dame planiérc Osanne, nostrc chamberiére, i885

Par quoy nulz n'y puist débat mettre.

Vous m'entendez assez bien, maistre, Quant en ce cas?

Le TABELLION

C'est voir, ne vous en doubtez pas; Un instrument vous en feray 1890

Bon et bel, que vous porteray Ja : souffist il ?

L'OSTELLIÉRE

C'est bien dit, maistre Pierre, oil.

Or soit, nous vous attenderons, Et de vous congié prenderons 1 895

Pour maintenant.

Le TABELLION

Alez, je vous enconvenant A vous iray.

L'OSTBLUER

Bien est, et je vous paieray 1900 Si con direz tresvolen tiers,

Si qu^il n^y fauldra point de tiers Entre nous estre.

L^OSTELLIÉRB

Nous avons donc fait. A Dieu, maistre !

Râlons men, sire.

L'OSTBLLIBR

1905 Aussi le vouloie je dire. i52 c

Or sus, marchiez.

L'OSTELLIÉRB

Voulen tiers, sire, ce sachiez, Legiérement.

L'OSTELLIER

N'avons pas demouré granment 1910 La ou esté, Osantie, avons;

Je croy que bien tost revenons :

Qu'en dites vous?

OSANNE

Il me semble, mon seigneur doulx, Ce n avez mon, en vérité; 1915 En quel lieu avez puis esté,

Pour Dieu merci ?

L'oSTELLIER

Dame, seez vous lez moy ci.

Je le te diray, or entens :

J'ay en voulenté de long temps 1920 Dealer jusqu'à Romme requerre

Saint Pierre pour pardon acquerre.

Et avec moy venra ta dame ;

Et pour ytant que bonne famé

T'avons trouvé, coye et taisant 1925 En nostre service faisant.

Et loyal, si com m'est advis,

XXXII ROY THIERRY iti

Nous te laissons pour indivis

Touz les biens que pouons avoir

Et te faisons seule nostre hoir,

Et de ce te baillerons lettre iqBo

Pour toy miex en saisine mettre

Tant de meubles con d^heritages.

Or pense conment par suffrages,

Par aumosnes, messes, prières,

Et par biens faiz d^autres manières igSS

Tu faces tant que nous puissons.

Se de ce siècle trespassons,

Venir au repos de lassus

Et de purgatoire estre ensus

Et Dieu veoir. 1940

Osànne i52 d Je vous promet d'y pourveoir, S^il est que faire le conviengne , Laquelle chose pas n^aviengne ;

Et grans merciz.

Le tabeluon Diex y soit ! Je vous voy assis : 1943

Ho ! ne vous mouvez de vostre estre.

Je vous apporte vostre lettre;

Sire, tenez.

L*OSTELUER

Cest bien fait, tout a point venez.

Or ça, combien en paieray? 1950

Dites, et je le paieray

Voulentiers, voir.

Le tabellion Je n^en puis mains d'un franc avoir :

Cest bon marchié.

L*OSTELLIER

A tant m^estoie je chargié ; 1955

Tenez, mon maistre.

324 MIRACLE DU XXXIl

Lb tabellion En boD an vous vueille Dieu mettre !

Ailleurs mVn vois.

L'oSlTELLléRE

Il me semble homme assez courtoys, 1 960 En nom de moy.

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