‹ Mirage [microforme]Chapitre 4 sur 12 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

veille de commencer sa seconde année de cours. Monsieur Doré s'était fixé à Saint-Au

au bout de deux ans, comme Arthur venait de sortir du collège. Il

laissait peu le fortune à Sa veuve, juste de quoi vivre bien mo-

destement. Aussi madame Doré résolut-elle de continuer à demeurer à Saint-Augustin, avec sa fille. Quant à son garçon, pour lequel elle

avait une grande tenderesse, mêlée de beaucoup de faiblesse, elle l’en- S voya à l’université, ne voulant pas tenter de lui trouver de situation et voulant au contraire lui faire faire des études qui le conduiraient, elle en était persuadée, à un avenir brillant.

* Arthur avait assez bon Caractère, mais il était fort égoiste et d’une insouciance complète, avec cela aimant à s'amuser et n’observant Pas la tempérance d’une façon bien sévère. Ii lui eut fallu une direction ferme et de bons conseils qui lui manquèrent, Madame Doré

it b j » Mais elle ne connaissait pas la vie et n’avait pas du tout l'expérience des choses du monde. Elle n’était donc guère à mé itri iri j omme. Au contraire, sa tendresse extrême, qu’Arthur connaissait trop bien et dont il abusait, la rendait absolument incapable de le contrôler.

Balkans, qui femmes de n

est trop souvent désarmée en face ivance d'un être aimé; elle ne sait

Mc ui durs des FR er nm enr ete mersees -

cependant rien voir de ses sentiments, avec une délicatesse touchante.

Arthur bénéficiait de cet état de choses. II savait sa mère prête à toutes les indulgences et s’il n’avait eu un bon naturel et si l'amitié de sa soeur n'avait été mêlée d’un peu plus d'énergie que les sentiments d'affection de sa mère, il se fût probablement laissé entraîner à de malheureux excès.

Il était la raison d’être de sa mère et il jouait le premier rôle dans le modeste logis, où toutes les attentions, tous les soins ‘et toutes les admirations convergeaient vers lui. Avec une cruauté inconsciente, madame Doré sacrifiait sa fille pour lui et ne s’occupait que de ce qui le concernait. Marcelle, qui était encore fort jeune et qui ne se rendait.pas nettement compte des joies et des avantages dont elle était privée, jouait avec bonne grâce le second rôle et s’effaçait avec humilité devant son frère, de la supériorité duquel elle était convaincue, Les deux femmes ne vivaient que par lui et pour lui, et Arthur acceptait avec un égoisme satisfait ce sacrifice et ce dévouement.

Le départ d'Arthur pour l’université causa donc un grand vide à la maison et l’impression pénible due à son absence fut encore accentuée par l’approche des longues soirées d'automne et par le fait que la plupart des touristes avaient quitté le village, devenu solitaire et morne, en dépit du paysage riant et gracieux qui l'environnait, de la verdure des arbres, des collines, des champs et des horizons, qui semblait mettre au défit les premiers souffles froids de l'automne.

L'étudiant partit, un matin de septembre; sa mère et sa soeur l’accompagnèrent à la gare, le coeur gros, car plusieurs mois s'écouleraient avant qu'elles ne le revissent. Elles rencontrèrent à la gare la famille Duverger, qui veriait reconduire Louis, également sur le point de rentrer à l’université.

Plusieurs autres enfants accompagnaient le père Duverger et sa femme, et madame Doré eut un serrement de coeur, à leur vue, en pen- Sant que quand elle retournerait au logis, elle n’y trouverait personne et qu’elle serait en tête-à-tête avec sa fille, à laquelle elle tâcherait de cacher son chagrin, mais qui le devinerait et ferait pour la distraire de vains efforts.

Les deux familles s'abordèrent et le père Duverger et sa femme, Ë qui avaient beaucoup de déférence Pour madame Doré, dont ils voyaient la peine, mirent dans leur accueil toute la bonté des coeurs simples et f--ts. Sans affecter de s'adresser à elle, le père Duverger eut Pour mauame Doré des paroles d'encouragement et de réconfort qui | lui firent du bien. 11 n’était pas peu fier de voir son garçon au même rang qu'Arthur Duverger et de voir Marcelle le traiter en camarade il songeait avec infiniment de satisfaction que ses labeurs n'avaient pas été vains, que son fils lui faisait honneur, gravissait un échelon de l’é- À chelle sociale, grâce à lui, et lui en était reconnaissant. Il ne faisait |

L'entretien ne dura pas longtemps. Le train approchait et l'or “à dit adieu. Louis embrassa sa mère, ses frères et ses soeurs et 21 : cordialement la main à son pére, pendant que Marcelle et sa mère di-

re prête i l’ami-

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Bperdirent tout-à-fait à d'horizon, où un léger nuage de fumée flotta un

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saient adieu à Arthur et que madame Doré, qui commençhit à s'inquiéter de son peu de succès à l’université, lui disait avec sollicitude : “travaiHe bien, mais ne te fatigue pas, prends soin de ta santé.” Arthur promit de travailler et de prendre soin de santé, qui n’était nullement en danger. ‘“Ecris-nous souvent”, lui cria Marcelle, comme le train s’ébranlait.

Un coup de sifflet retentit ; les wagons s’enfuirent, dans un tourbillon de poussière, et diminuèrent rapidement dans de lointain, puis se

instant.

C'était tout ; ils étaient partis.

Les deux familles se séparèrent, après avoir échangé des salutations, et Marcelle et sa mère rentrèrent au logis.

“Je suis content que cela soit terminé” dit Arthur Doré à Louis Duverger, quand le train se mit en marche; “c'est toujours une scène quand je pars. On dirait que je m'en vais au bout du monde. Pourtant, Montréal n'est pas icin et je ne vois pas pourquoi maman se désole tant,

—Tu es fils unique, dit en souriant Louis.

C'est ça, continua Arthur, et on voudrait tout le temps me tenir en süreté, comme un objet précieux. Je suis continuellement accablé de recommandations. J'avoue que je ne suit pas fâché de redevenir

À libre. :

fit Louis: mon père et ma mère n'on père et à sa mère, pour lesquels ime, parce qu'ils n'étaient que de it que Louis fit un rapprochement entre eux et + Îl ne daigna pas réapondre; il alluma u l’indulgence ux. Et puis op bon caracnières un peu estes.

“IT va falloir que je passe mes examens,” dit tout à coup Arthur. ait plusieurs examens trimestriels en retard et cette pensée, sur-

i | Bissant tout-à-coup, troubla sa quiétude.

—Ce n’est pas un gros travail, dit Louis.

— Mon, j'ai le temps. .

.. Et avec la mobilité d’esprit qui le Caractérisait, Arthur s’exclama »

‘je ne sais si Jeanne Legris est revenue en ville !”?

Jeanne Legris, c'était la fille d’un employée du Palais à laquelle cet Employé l'avait présenté, croyant que les bonnes manières d'Arthur le lestinaient à devenir un homme fort distingué. Monsieur et madame. &ris l’invitaient chez eux, le choyaient et le cajolaient. lemandait pas mieux que de retrouver à leur foyer l’atmosphère d’ad

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miration et de sollici 1de à laquelle l'avait habitué sa mère. E passait son temps là, éloignant de Jeanne Legris les prétendants rieux et négligeant de revoir les leçons du jour.

Quand il n’était pas chez les Legris, il s'amusait ailleurs et il tr vait rârement le temps de feuilleter son code.

Le trajet entre Saint-Augustin et Montréal n’est pas long. 1 deux étudiants furent vite arrivés. .

Is logeaient ensemble, dans la même pension, chez un couple . demeurait rue Saint-Denis, dans une maison située près de la : deMontigny et qui est maintenant transformée en magasin.

H y a d'innombrables pensions à proximité de l’université La: et plusieurs reçoivent un nombre considérable d'étudiants. . Le cou; chez qui logeaient Arthur et Louis n'avait qu'une chambre à louer les époux ne voulaient pas se donner trop de trouble ; ils n’avaient do pris que les deux étudiants comime pensionnaires, ce qui assurait a: jeunes gens nine paix et une tranquillité fort appréciables pour let études. La chambre où ils habitaient tous les deux était. sous le t et les locataires du logis, qui ne faisaient pas plus de bruit que de: souris grises, logeaient à l’éta, : inférieur, Un calme quasi-mon: tique règnait dans la maison quand les étudiants n’y étaient pas et : l’animaient pas de leurs rires sonores. Quand ils montaient à le chambre, le vieux les suivait et s’asseyait au milieu de l'escalier, d* il écoutait en souriant silencieusement, le bruit jeune de leurs voix.

Arthur et Louis étaient arrivés la veille de l'ouverture des cours, 4 sorte qu’ils n’eurent que le temps d'ouvrir leurs valises et de s’insta ter. -

Ils ne virent personne jusqu’au lendemain matin, car ils ne so tirent pas. Mais le lendemain, de bonne heure, ils étaient rendus l’université, pour renouer connaissance avec les camarades et les r voir, après trois mois de séparation.

Malgré l'heure matinale à laquelle ils se rendirent, beaucoup de tudiants étaient déjà là, heureux de reprendre leurs études et de re commencer la vie libre de tout soucis de l’université, où on oublie tro facilement qu'on est venu pour travailler et se créer un avenir.

L'université est un carrefour d’où partent les chemins qui con duisent dans la vie et c’est là qu'on choisit définitivement sa voie € qu’on se fait ce qu’on doit être plus tard. C'est là que les caractère s’affirment et s’affermissent ; c'est là que les énergies et les ambition se font jour, que les rêves et les illusions se dissipent et que l’on s’o riente définitivement. C’est là que quelques-uns s'arment pour la lutt de la vie et que d’autres font misérablement naufrage. |

La rentrés des cours est véritablement un évènement solennel et re doutable, auquel trop peu se préparent et qu’un trop petit nombre en visagent sérieusement. Pour beaucoup, la joie d'être libres et san: discipline et le mirage des plaisirs universitaires constituent la note dôminante de la première journée et en masquent limportance ex-

trême.

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