‹ MiragesChapitre 10 sur 30 · MAHOMET · texte numérisé non relu

MAHOMET

Je l'ai vu. Mais peut-être est-ce en rêve... Son front

divin, que surmontait un large turban rond

constellé de brillants, aigrette d emeraudes,

son front dodelinait un peu dans l'heure chaude ;

sa barbe déployant mille flocons légers

flottait en éventail ; cemt d'une écharpe molle

son manteau rebrodé d'algébriques symboles

sur sa panse baillait... Et du cœur des vergers,

et jusqu'à lui montaient, savamment mélangés,

des parfums d'abricot, de figue, de goyave ..

Majestueux et beau, satisfait, sage et grave,

sous les ronds parasols bénissants des palmiers

Mahomet prit alors le chemin coutumier

de lys fleuri qui mène aux espaliers célestes-

— Fruits des quatre saisons — des cinq mondes !.. D un geste choisissant les plus mûrs et les plus délicats

le Prophète mordait à ces pulpes exquises : grenades, lourds brugnons, dattes grasses, muscats luisants comme des yeux, amandes que déguise un masque velouté, ballonnets si vermeils des oranges, melons jaunissant au soleil 1

— Mahomet, quand il eut dépouillé mainte branche

et mangé, se tourna vers les vasques d'argent 5 5

d'où jaillissaient, sucrés, chantants et diligents,

des vins miraculeux... Il but. Sa barbe blanche

frémissait d'allégresse; et quand il eut fini

de boire, Mahomet gaillard et rajeuni,

sur la verte pelouse ondulée, en cadence,

Mahomet esquissa lentement une danse.

Bras écartés, manteau gonflé par un bon vent,

il tournait, il tournait... Des musiques lointaines

guidaient ses pas joyeux, et les vins des fontaines

murmuraient à ses pieds mille propos savants.

Il tournait au milieu de visions parfaites ;

dans sa barbe il riait, doucement étourdi...

Et les oiseaux d'azur et d'or du Paradis

perchés sur ses doigts gourds ou sur sa vieille tête

célébraient de leurs chants la gaîté du Prophète !

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