‹ MiragesChapitre 2 sur 30 · DES PAYSAGES · texte numérisé non relu

DES PAYSAGES

CYGNE SVR L'EAV

/ lA pensée est un cygne harmonieux et sage qui glisse lentement aux rivages d'ennui sur les oncles sans fond du rêve, du mirage, de l'écho, du brouillard, de l'ombre, de la nuit.

Il glisse... Et lentement se déroule, s'allonge son col, tel un serpent vaguement balancé, et son aile luisante est la conque où le songe repose avec l'oubli, la paix et le passé.

11 glisse, roi hautain fendant un libre espace, poursuit un reflet vain, précieux et changeant, et les roseaux nombreux s'inclinent lorsqu'il passe, sombre et muet, au seuil d une lune d argent ;

et des blancs nénuphars chaque corolle ronde tour à tour a fleuri de désir ou d'espoir... Mais plus avant toujours, sur la brume et sur Fonde, vers l'inconnu fuyant glisse le cygne noir.

Or j ai dit : " Renoncez, beau cygne chimérique, à ce voyage lent vers de troubles destins ; nul miracle chinois, nulle étrange Amérique ne vous accueilleront en des havres certains ;

les golfes embaumés, les îles immortelles ont pour vous, cygne noir, des récifs périlleux ; demeurez sur les lacs où se mirent, fidèles, ces nuages, ces fleurs, ces astres et ces yeux.

En cette heure où les voix se taisent une à une, où le silence tisse un fabuleux réseau, demeurez, chaste amant fidèle de la lune, oui, demeurez captif des reflets et des eaux ,*

votre sillage meurt en gouttes de lumière parmi les nénuphars et les presles tremblants... Que votre nostalgie ait une grâce fière, et votre solitude un grand air nonchalant! "

Et sur Tonde sans fond du rêve, du mirage, de l'écho, du brouillard, de l'ombre, de la nuit, ma pensée est un cygne harmonieux et sage qui glisse lentement aux rivages d'ennui.

BRISE SVR L'EAV

L'HEURE se vêt d'une écharpe grise.

Voici la brise tiède que brise en frissonnant le saule affligé...

Feuilles d'argent, ô feuilles de saule!

Et sur les eaux que la brise frôle passe un frisson tirnide et léger.

Et doucernent, sur cette eau crispée, timide, et comme à la dérobée, passe un rayon de soleil couchant, et l'eau troublée a des rides mauves... La brise accourt, la brise s'en sauve... Feuilles de saule, ô feuilles d'argent !

Dans les adieux du jour qui défaille, c est, dirait-on, le frisson de faille de quelque jupe sans préjugé, soyeux fantôme dans l'heure grise...

Et c est la brise tiède que brise en frissonnant le saule affligé.

Page 1