‹ MiragesChapitre 21 sur 30 · XL · texte numérisé non relu

XL

1 AR les chemins brumeux de la vie et des songes nos pas n ont point laissé d'empremtes sur le sable, et de nos voix d hier l'accent insaisissable n ira plus éveiller les doux échos-mensonges...

Ce soir-là ressemblait à des mots de Verlaine. C était un de ces soirs si divinement tendres que les oiseaux du ciel se taisent pour entendre le souffle musical de leurs tièdes haleines.

— Autour du bassin calme aux fluidités bleues,

des arbres-parasols et des arceaux magiques,

des gazons mois semés de roses léthargiques,

de graves paons tramant la gloire de leurs queues ;

une langueur éparse, une paix merveilleuse, une lente fraîcheur tombant, moite et bénigne, des parfums plus légers que des duvets de cygne, des vers-luisants dans l'ombre allumés en veilleuse...

Et la lune naissante, et la nuit qui s'apprête. Or comment n'avoir pas au cœur un émoi vague, comment ne pas livrer mes mains vierges de bagues, et ne pas incliner songeusement la tête!...

A L'AMOVR 89

tj tu nous quitteras dès l'aube encore sombre.

Tu t'enfuiras, muet, ombre parmi les ombres,

Amour qui nous charmais. Amour qui nous trahis !

Je sais — tu t'enfuiras vers de nouveaux pays,

vers des palais dormants, vers des lacs taciturnes,

du vol harmonieux de tes minces cothurnes...

hélas ! — Pensive et seule au fond de mon passé,

il ne me restera que d'avoir caressé

les plaisirs inconstants, la chimère et la joie,

la langueur et le songe, avec des mains de proie.

Il ne me restera que de t'avoir connu,

cher Amour né de nous, Amour superbe et nu,

qui, sur des lits défaits par un tendre carnage,

sommeilles, les cheveux à travers le visage!...

Il ne me restera que de t'avoir aimé

à 1 heure où tu rôdais dans un jardm fermé,

dépouillant en chemin les branches importunes...

Amour, Amour nimbé d'or et de clair de lune

qui cours, la tige d'une rose entre les dents ;

Amour sournois. Amour aux gestes imprudents,

il ne me restera de toi que la faiblesse !

Ta douceur nous désarme à la fois et nous blesse

90 d'un mal impitoyable et pourtant merveilleux, et nous demeurons pris aux fièvres de tes yeux, et nous cherchons en toi l'image de nos rêves... Mais tu nous quitteras. Je sais — l'étreinte est brève, et le jour point, le jour mauvais comme un danger où tu nous deviendras ce banal étranger dont nul ne reconnaît la silhouette blême... Cher Amour né de nous, faible plus que nous-mêmes !

V^'ÉTAIT après la tiède et languide journée, l'écharpe aux mille plis sur mes yeux ramenée me voilait de mystère en son ombre flottante. Nous marchions côte à côte avec l'Automne ardente qui tord sa chevelure au-dessus des allées... Des brises s'attardaient, à des senteurs mêlées, et vous disiez : " Regarde, écoute!... L'heure est douce comme un geste d'amour, comme un pas sur la mousse; une branche frissonne et l'autre se balance... Regarde l'heure bleue ... Ecoute le silence •■• Aspire tout Septembre aux calices des roses... Rêve!... Ta rêverie auréole les choses.

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