‹ MiragesChapitre 7 sur 30 · MIDI · texte numérisé non relu

MIDI

( Kairouan.)

i^iDi, pesante, merveilleuse incandescence.

Midi sur la terrasse danse, danse, et se mêle au jet deau qui roule ou rebondit ;

et le flot dansant, le flot des doubles vasques,

musical,

cherche ses vains échos fantasques

aux faïences des murs, aux voûtes de santal ;

et le gardien fidèle, l'huis des portes rondes

se clôt

sur les vaines rumeurs du monde,

sur les jeux du soleil mêlés aux jeux de l'eau ;

et dans la cour où les pigeons roucoulent, une rose

se meurt ;

des colonnes de marbre rose

s'évasent sJentour comme de larges fleurs.

Et voici qu'à travers la moucharabieh peinte, Midi

jaloux des masques et des feintes glisse en babouches d'or aux chemins interdits...

46 LE lONGLEVR

(Biskra.)

IMMOBILE et comme en suspens

rit son visage aminci de serpent

où l'or inquiet des prunelles danse.

Car ce regard jaune ordonne les jeux

... Une... Deux...

des multicolores qui s'élancent

et que happent... Une... Deux... Trois...

les frêles doigts

comme désossés dans une démence.

C'est à peme si les muscles sous la peau fine ondulent ... Quatre... Cinq... Six...

Et les billes sautent, minuscules ... Sphères, billes, boules ou bulles... Sept ! — Et l'or des yeux luit qui les suit ... Une... Deux... l'une après l'une dans leurs aériens circuits.

Car elles volent et circulent,

et se poursuivent, importunes,

et retombent à petit bruit.

rondes et nulles. 47

... Une... Deux... Trois...

Prunelles d'or et visage étroit...

Quatre... Cinq... et reflets étranges

nés de ces frêles doigts adroits :

bleu, vert, violet, orange...

Prisme dansant dans mes yeux brouillés

— dormants?... éveillés? —

Rêve qui mêle sa fortune

... Cinq... Six... aux reflets des lunes...

Sept ! ■ — Fugace accord

des billes courant l'une après Tune...

Double point d'or

qui scintille et jubile

dans cette étroite face immobile !

48 ENNVI

La princesse Pensée est assise à ma porte.

Au fond du palais clos, d'or, de laque et de jade,

sur de graves coussins que chante un jet d'eau fade,^

telle une fleur d'hiver rêve ma nonchalance ;

en des coupes d argent meurent des violettes,

un arôme léger fume en des cassolettes,

et l'ennui, devant moi, l'ennui bleu se balance...

La princesse Pensée est assise à ma porte.

Et j'écoute siffler les rossignols de Perse, et leur flûte se mêle aux notes que disperse une flûte lointaine et dont la voix s'élance ; un rayon de soleil, fugace eimant des mouches, d'une mouche de feu bmse un coin de ma bouche, et l'ennui, devant moi, l'ennui bleu se balance...

La princesse Pensée est assise à ma porte.

Ah ! palais enchanté, d'or, de jade et de laque, frêles rayons dansants à travers l'ombre opaque, musiques retombant aux jardins du silence,

parfums tendres, bassins qui reflétez mes poses, 49 voiles, graves coussins, violettes et roses, l'ennui, le vaste ennui devant moi se balance!...

La princesse Pensée est assise à ma porte.

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