‹ Miranda dans la révolution française: Recueil de documents authentiques relatifs à l'histoire duChapitre 10 sur 17 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Etat de l'armée, etc.

[ In-12, secoiid vol. chapitre 11, p. 2G, ligne 4. ]

[ In-Svo, p. 49, ligne 21. ]

Et fit sur-le-cliamp une disposition plus solide. — La résolution prise par Dumouriez de quitter la position occupée par l'armée derrière Louvain, [peut-être parce qu'elle étoit du choix de Mirauda] est la cause principale de tous les désastres arrivés depuis aux armées

franv'oises Pour se convaincre de la vérité de cette

assertion, il suffit de lire la lettre écrite à ce sujet à Frédéric I, roi de Prusse, par le Maréchal de Saxe, commandant les armées frani;oises dans le même pays. Le passage de cette lettre est si intéressant et si applicable au cas présent, que nous nous permettrons de le transcrire ici: il prouvera eu même temps la justesse du conp-d'œil de Miranda, eu prenant cette posltiou et en désirant de la garder,

".Je n'osois quitter le bassin de Bruxelles pour me porter à Maëstrieht, parée que si les ennemis eussent une fois passé la Byle, et s'étaient placés derrière cette rivière, je n'aurois pu les en déloger; Louvain et Malines auroient été à eux ; ils auroient pu reconquérir la Flandre hoUandoise ; nous aurions été obligés de lîicher prise au plus vite à Maëstrieht, et d'aller à toutes .jambes, et en prêtant le flanc, par Mous et par Ath, nous

mettre derrière Bruxelles pour le soutenir; savoir encore si nous y serions arrivés à temps, car Bruxelles no vaut rien: nous aurions d'ailleurs été forcés d'abandonuer un pays inmeuse, etc." — [Histoire du Comte de Saxe, par M. le haron d'Espagnae ; Pans 1775, second volume, page 251.]

[ Iu-12, second volume, chapitre 2, p. 32, ligne 21. ]

[ In-8vo, page 53, ligne 4. ] .

Pour commencer la campagne. — Ou le Général Dumouriez trahissoit en livi-aut cette bataille, ou il se rendit coupable d'une faute impardonnable. Pour eonvaiuore de cette vérité, nous allons présenter les motifs pour lesquels un général doit éviter de livrer bataille, [ils sont tirés du grand maître de Vart de la guerre, Moutocuculli,] et à faire voir qu'aucuns n'autorisoient le Général Dumonriez à livrer celle-ci.

"1? Quand il y a plus de. mal à la perdre que de profit à la gagner.

Dumouriez, en perdant la bataille, risquoit de perdre toute la Belgique; en la gagnant, il ne pouvoit pas aller plus loin que Maëstrieht.

*i? Quand on est inférieur à son ennemi.

Les fran<,'ois u'avoient que ;î2.000 hommes ; les ennemis eu avoient 52.000.

3? Quand on attend des secours.

On atteodoit le secours qui commea<;a à aiTÎvev la nuit même de l'action.

49 Quaiîd Peunenii est posté avantaf/eiisfiiicut.

La position de l'oïiuemi ôtoit trôs-avantageuHO suides hauteurs oii il ôtoit bien retranché La nôtre

était la fausse position du prince d'Orange, lorsqn'il fut battu par le Marôuhal do Luxeraboiirg, miiis sans les ratranehemeus et autres avantages que ce Priui-'e sut se procurer avant de recevoir la bataille, et malgié lesquels il fut compK'tement battu.

CHAPITKE VI.

Bataille de Nerwinde.

[ Iq-12, second volume, chapitre 3, page ô2, ligne 14. ]

[ In-8vo, page 63, ligne 16. ]

Qui ctoient en hafaUle devant Xerninde- — Si nous pouvions ajouter foi anx détails de cette bataille, dont Dumouriez prétend se servir pour excuser ses fautes capitales, nous pourrions, par ses propres contradictions, le convaincre d'ineptie on de fausseté,,.. Mais ayant en occasion d'entendre, dans le pvoecs du Général Miranda, les dépositions de plus de treiifr ({ificicrs, depuis k' Général Lanotie Jitsrjtt\ii(.r propres tiidi's-dc-camp de IhumiirieZt de Vaux et Thitrht//, et son secrétaire Quentin, em-

ployés dans l'armée ù, ces différentes époques, et qui la carte ot les ordres écrits du G^îuéral Dumouriez à la main, ont confirmé tous les détails donnés par le Générai Jliranda sur cette malheureuse affaire, dans son discours destiné à être prononcé à la barre de la Convention Nationale, le 29 Mars 17ï>3 Nous nous décidons il donner l'extrait de ce discours, afin de faciliter lee comparaisons entre la vérité et les mensonges, et pour mieux faire connoître la perfidie du Général Dumouriez, d'autant plus que ce rapport se trouve parfaitement d'accord avec les ordres par écrit de Dumoai-iez, et la relation du Prince de Cobourg sur cette bataille.

"Il est essentiel aussi que je dise à la Convention Nationale que, dès l'arrivée du Général Dumouriez à Louvain, je m'aperçus qu'il apportoit de Hollande une nouvelle doctiùne, qni ne me paroissoit rien moins que conforme à l'égalité et au républicanisme; que son esprit étoit aigri et exaspéré contre la Convention Nationale. Je crus d'abord que c'étoit nu effet de la mauvaise réussite de ses plans indigestes que j'avois ou corrigés eu partie ou combattus ; ainsi je le laissai il lui-nn*me. Le lendemain il vint me trouver de bonne heure, me communiqua une lettre qu'il avoit écrite à la Convention Nationale, et me dit qu'il ne seroit pas étonné de voir porter un décret d'accusation contre lui. Je le tranquillisai ; et, montant ensuite à cheval, nous fûmes passer l'armée en revue. Ses discours aux soldats me parurent tendre à les attacher à lui ; il leur raontroit une gazette des séances de la Société

des Jacobins, et leur demandoit co qu'ils pensoieut de la proscription élevée contre lui. Je lui fis quelques remontrances ù ce sujet, disant que de telles démarches me parois&oient vépréhensibles, que l'armée étoit à la République, qu'où ne devoit jamais l'entretenir de que- . relies individuelles, ni lui permettre d'y prendre part. H partft se soumettre ii ces réflexions, et fut depuis plus rései*vé devant moi à cet égard.

"L'ordre pour l'arrestation des Généraux Lauoue et Stingel m'étant anivé dans ce moment, ainsi qu'au Général Valence, il saisit cette occasioti po»r me demander ce que je ferais si un pareil ordre m^arrivoit pour le faire arrêter lui-même ; je lui répondis que comme serviteur fidèle, j'étois obligé d'obéir ; mais que d'ailleurs, il ne me seroit pas adressé, attendu que le Général Valence étoit le plus ancien. Il viendra précisément à vou.«, me dit-il, mais l'armée n'y obéira pas. Ainsi vous n'avez qu'à faire un procès-verbal et le renvoyer. Etant à table quelque temps après, il me dit qu'à la fin il faudroit venir à Paris pour établir la liberté. Je lui demandai de quelle manière. — Avec l'armée. — Et pourquoi faire f — Pour rétablir la liberté. — Je crois le remède pire que le mal, répondis-je, et certaiuement je l'empêcherai, si je peux. — Donc vous vous battrez contre moiî — Ça peut bien être, si vous vous battez contre la liberté. — Fort bien, vous serez Labieuus. — Labieuus ou Caton, vous me trouverez toujours du côté do la République. Et la conversation se termina. Il eut l'air de touraer tous ces discours en plaisanteries au moment qu'il n'eut plus de doute sur ma résolution.

" Le lendemain, je trouvai déjà dans son amitié et dans sa confiance pour moi aue grande altération ; il commençoit à se rapprocher extraordinairement des Généraux Valence et Egalité, avec qui il conaultoit déjà les matiiires militaires à mon insu. Je crus d'abord que ceci n'étoit que l'effet de l'amour- propre, croyant peut-être quo je devois mo plier un peu plus à ses caprices. Le 15, nous recevons la nouvelle que les ennemis se faissoiout voir et avoient attaqué et repoussé les troupes de notre avant-garde qui occupoieut Tirlemont. Nous fîmes nu mouvement avec toute l'armée vers cette ville, et lo jour apW's, vers les neuf heures du matin, nous attaquâmes les troupes ennemies qui étoient à . Tirlemont, prîmes la ville de force, et les ennemis a© reiilièreut sur leurs avaut-postes, entre les deux Gheetes en avant de Nerwinde.

" Le Général en Chef ne consultoit déjà plus les opérations militaires avec moi ; et c'étoieut les Généraux Valeuee, Thoweuot et Egalité qui étoient devenus sou conseil-privé. Le 17, l'armée prit sa position entre les deux Gheetes; la division de gauche derrière les hauteurs de Wommersom, à l'exception de vingt-un bataillons sous les ordres du Général Champmorin, qui eurent encore le lendemain à passer la grande Gheete. Le 18, à la pointe du jour, les troupes sous mes ordres emportèrent les villages de Ortsmael, ainsi que celui de Heelen avec leurs ponts, que les ennemis oecupoient. A dix heures et demie, je re<;us l'ordre du Général Dumouriez ■de me i-endre auprès de lui à la droite pour une conférence; je no pus y arriver que sur les onze heures.

tiVai le Gfêûéral seul avec le Maréchal de Camp Thowenot; et au lieu de conféreuce, il me donna un ordre par écrit et cacheté de ce que je devois faive; il m'annonça que nous allions donnei' bataille ; je fus très-eurpris de cette nouvelle, puisqu'il n'avoit ordonné aucune reconnoissance sur la gauche ; que nous avions nne rivière devant nous et point de pont à y jeter et que les ennemis étoient postés très-avantageusement sur les hauteurs de Halle et de Willeré. Je lui demandai seulement s'il connoiasoit à peu près la forée des ennemis; il me répondit qu'il croyoit qu'elle étoit de 5'2.0<)0 hommes. Je lui demandai quelle étoit la nôtre — De 35.000. — Croyez-vous probable (jue nous puissions réussir à déposter les ennemis d'une pareille position î Mais j'observois qu'où ne vouloit pas de réflexion et qn'on étoit décidé à tout entreprendre. Je retournai à -mon poste, et mon ordre à la main, j'instruisis les ; commandans des colonnes de leui- devoir et leur ordonnai d'exécuter ponctuellemente les ordres du Géi- néral en Chef. Ce ne fut qu'à deux heures que les colonnes se mirent en mouvemeut, et à trois i'atta- ^ que de la gauche commença. Quatre colonnes passèf- rent sur le pont d'Ortsmael et par la chausée, une ^ antre par le petit pont de bois d'Heelen, et une autre t par le pont de Leau. La position de l'ennemi étoit si [: . avantageuse par le terrain, par le nombre et par la [" formidable artillerie qui les eouvroit, que notre infanr terie, avant de pouvoii approcher ses ligues, étoit oblii. gée de repousser la cavalerie, les troupes légères qui occupoient les villages, et d'essuyer le feu do batteries

croisées, avant de pouvoir gravir les hauteurs où étoit postée l'infauterie ennemie sur deux lignes. Noua prîmes les villages; nous repoussâmes la cavalerie; mais le feu de l'artillerie fit un tel efEet sur nos colonnesi, qui à cause du terrain coupé ue pouvoient pas se déployer, que uotre infanterie, après les plus vifs efforts et avoir essuyé une perte très-considérable, ne put pas déposter celle de l'ennemi qui étoit sur les hauteurs couverte de toute leur artillerie, tandis que la nôtre, démontée et perdant ses chevaux, parce qu'elle sortoit diâîcilement des chemins daas lesquels elle étoit on engorgée ou embourbée, ne put pas être mise avantageusement en batterie. Notre infanterie fut donc obligée de se replier, aprL's trois heures et demie do combat, derrière la petite Gheete, en cherchant à prendre la position qu'elle avoit occupée avant l'attaque. Dans cette retraite, il y eut quelque désordre, à causa de la perte considérable que les corps veuoieut de faire dans le combat.

"Je saisis cette occasion pour vendiquer l'honneur de nos braves frères d'armes, tant de ceux qui sont morts glorieusement dans cette journée, que de ceux qui leur eut survécu ; houueur que ni la patrie, ni ces illustres victimes ne peuvent perdre, parce qu'il a plu il un général insensé de rejeter sur eux la honte qu'il a encourue lui seul, en donnant une bataille contre toutes les règles et les principes de l'art. Ce n'est pais que je prétende justifier la conduite honteuse que trois ou quatre corps commandés par de mauvais of&oiers ont tenue oe jour-là, en abandonnant lâchement leurs

postes; mais la conduite coupable de ce tivs-petit nomhve ne peut teruii" celle de toute une division, qui so«s , le fea le plus meurtiiei" a donné pendant trois heures vn grand exemple de courage, ,et laissé sur le champ de bataille deux mille victimes de la vertu républicaine. [•] Je suis persuadé que les ennemis mômes ne lui refuseront pas cette justice. Le témoignage de lô.OOO hommes, acteurs dans cette tei'rible affaire, l'emportera certainement sur celui d'un général qui, n'ayant pas vu par luimême, a eu néanmoins, par sa proclamation du 21, l'impudeur et la lâcheté de rejeter sur ces troupes les fautes et les suites désastreuses qui u'étoient dues qu'à sou impéritie ou à sa malveillance. Je dois à mes contemporains et h la postérité de déclarer que ces troupes se trouvant nne rivière à dos qu'elles ne pouvoïent pas- ^r que sur trois ponts trî'S-éloignés ; se trouvant privées de presque toute leur artillerie dont uue grande partie des ehevanx furent tués â leur arrivée; ayant à lutter enfin contre tous les désavantages du nombre, de l'artillerie, et surtout du terrain : on ne doit pas plus s'étonner de la confusion qui a eu lieu dans la retraite, que l'ou ne s'étonue daus l'histoire de celle qu'éprouvèrent les meilleures légions de César à Gergovia, et celles de Frédéric à Kunelsdorf en pareille ciTconstauee, sans que ces deux maîtres de l'art aieut voulu jeter la perte des actions sur la défection de leurs soldats. Ils ne l'atri huèrent, eux, qu'aux circonstances; tandis que le Géuéral Dumouviez, qui s'ètoit donné

[•) Un officier- gt'' lier 1)1 d'artillene et trente-six autres; officiers morts, dont deux aides-de-camp du Gr-in'ral Mirandu.

gratuitement et malgré mes avis les plus formels, tous les désavantages de cette affaire, s'est étudié à dissimuler les fautes que lui seul avoit faites, et à en rejeter toutes les suites sur les braves soldats qui ont rempli leur devoir.

" Pour pi'évenir néanmoins la confusion dans laquelle l'infanterie se retiroit, je fis poster sur les hauteurs de Wommersom cinq bataillons qui arrivoient de Loavain, et fis arrêter les troupes derriùre Tirlemont, pour les rallier plus facilement, et je les ramenai aux postes à minuit, par ordre du Général en Chef, persuadé qu'il vouloit recommencer l'action à la pointe du jour; ce qui me parut encore trés-peu sensé.

" Lo lendemain, j'exécutai encore ponctuellement ses intentions, et toutes les troupes occupèrent, à quatre heures du matiu, les hauteurs de Wommersom. A neuf heures, les ennemis les attaqut'i'ent vivement, ot les nôtres disputant vigoureusement pondant sept heures ce terrain, se ropliî.'rent sur les ciuq du soir devant Tirlemont. Le Général Dumouriez me douna ses ordres pour qu'elles traversassent la ville dans la nuit, et pour leur faire prendre la position de Cumptich, derrière ïirlemout. Les ennemis commeucèrent à nous attaquer les jours suivaiis, et nous nous retirâmes à Bautersem, une lieue plus en arrière. Le leudemEÙu nous continuâmes la retraite derrière Louvaiu, daoa la position que j'avois prise antérieurement. Je postai, pour couvrir la retraite, une partie do la division de gauche, à PeUemberg, qui fut attaquée le 22 très-vivement par l'ennemi, avec des forces supérieures, et qui

néanmoÎDs résista toute la journée, le roponssa à plusieurs reprises, lui fit essuyer une grande perte, et effectua heureusement sa retraite pendant la uiiit, aprî's avoir douué le temps à l'armée d'effectuer la sienne, saus que le Général Dumouriez ait fait mention de cette affaire, une des plus sérieuses et des plus honorables que l'armée ait eue, et cela quoiqu'il ne l'ignorât pas, puisqu'il est convenu que les ennemis lui avoieut fait dire depuis, qu'ils avoient fait une grande perte dans cette action, sur laquelle il n'a peut-être gardé le silence, que parce que ni lui ni le Général Valence n'j' -étoient."

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