‹ Miranda dans la révolution française: Recueil de documents authentiques relatifs à l'histoire duChapitre 14 sur 17 · LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

LOUIS BLANC

Histoire de ht lîevohition Française.

Paris, 1878.

Trahison de Biimourics.

née autfiehieuiie, organisée avec tonte la leuinaiiique, était foi'to de .'w.OOO hommes; elle avait 11 .sa ti''to les meillenrs généraux île l'Empire, traînait après elle nii t'onuidable appareil il'artillerie, et, devenue maîtresse du cours de la Meuse depuis Maestricht .iusqii'îi Liège, apportait au combat une ardeur puisée dans son récent succî'S d'Aix-la-Chapelle. [•]

L'armée frau(;aise, au contraire, ue s'élevait qu'ii 32,000 hommes ; elle était commandée, sous Oiimouriez,

|«] Toiilougeou, Ilhtoire <h Fnoicc depuis 1780, t. U, p. 1G4. Au XII, Paris.

par des généraux qu'il savait se jalouser l'un l'autre [*] ; il y régnait un désordre, dont le général en chef, à cette époque môme, se plaignait à la Convention [*♦], et enfin, les soldats, quoique très-braves, y étaient sous l'impression toujours fâcheuse d'un revers.

Ces considérations n'arrOtèrent pas Dumouriez. Plein do confiance dans les ressources de son génie et dans sa fortune, il se hâta vers le dénoûment, sans daigner attendre des renforts qui étaient h la veille de le joindre et qui arrivèrent trop tard.

11 existe dans le canton de Landen, au nord-ouest de Liège et au sud-est de Louvain, un village nommé Neerwinden, rendu célèbre, dès 1693, i^ar une victoire que le maréchal de Luxembourg y reuaporta sur les Hollandais: ce fut là que Dumouriez vint jouer sa dernière partie.

Le 17 mars, dans la soirée, il fit ses dispositions pour le lendemain, et la trace de ses préocupations politiques se voit à la manière mémo dont il distribua les commandements.

Le front de l'une et l'autre armée s'étendait sur un développement de deux lieues. La petite Cette, que, la veille, l'ennemi avait dû repasser, après un combat où il perdit douze cents hommes, [***] couvrait le front

1*^1 Voyez ce que Dumouriez a dit des sentiments de Mil'îuula à regard de Valence, t. IV de ses Manolrcs^ p. 93.

i**| Lettre du 11 mars 1793.

[***J C'est au moins le chiffre donné par Dumouriez. Voy. ses Mhnoircs, t. IV, liv. VIIT, chap. V, p. 80.

de la ligne et séparait les combattants. Sur la rive droite s'élevaient quatre villages, dont il fallait traverser les ponts pour an-iver jusqu'aux Autrichiens, et, cela fait, il y avait encore à gravir un terrain qui montait en amphithéâtre jusqu'à un plateau oii apparaissaient trois autres villages occupés par l'ennemi: Neerwinden, Middelwiuden et Oberwinden [*].

Les obstacles ii surmonter étaient donc considérables; à la gauche surtout, comme on va le voir. Or, ayant à se décider entre ses deiix principaux officiers, Miranda et Valence, Dumouriez n'hésita point à confier au premier le poste le plus difficile, celui qui rendait l'attaque presque impossible à exécuter [••].

Eut-il pour cela des motifs politiques!

D'abord, Dumouriez n'aimait point Miranda, en qui il redoutait le républicain sincère, l'ami de Pétion, le généi'al favori de la Gironde. Peu de jours auparavant, ayant entendu le général en chef qui disait aux soldats: "Mes amis, les Jacobins demandent ma tête, le souff rirez-vous ? " Miranda s'était hasardé <"i lui faii'e quelques représentations, auxquelles il avait opposé cette exclamation brusque: "Est-coque vous croyez à l'égalité dont parlent les factieux * " Et Miranda de répli-

[*] Touloiigeon, Hhfoire tle Friiiicc deapuls 1789, t. II, p. 171. An XII, Pniis.

[""I C'<3St ropiuloi), non pas, cela va sans dire, do Dumouriez, dont le réeit, plein d'eiTcnrs volontaires, ti été suivi par Jomini. mais de plusieurs autres écrivains militaires, parmi lesquels l'auteur du Tulhnu bhforique den guerres <h la Révolution. Voy„ il la suito des Mfmoires tU Ditmounez, t. IV, la note B des pièces officielles.

quer: "J'y crois [•]". Dans une autre cireonstanee, à propos de l'arrestation des généraux Stengel et Lanoue, Dumouriez s'ôtaot avisé de demander u son lieuteuaiit : "S'il venait un ordre de m'arrôter, que feriez-vous î " Celui-ci avait répondu: "Je l'exécuterai." Cette droiture républicaine n'était pas faite pour plaire à un esprit de la trempe de Dumouriez. La vérité est que, .sans aller jusqu'aux limites extrêmes dn jacobinisme, Mirauda avait donné de très-bonne heure des gages h la liberté. Né au Pérou, c'était parce qu'il avait voulu affranchir son pays qu'il s'en était vu chasser. Errant sur les chemins de l'Europe, il avait dédaigné la faveur des rois et recherché l'amitié des grands hommes. A Saint-Pétersbourg, il avait refusé noblement les offres d'une impératrice; en Angleterre, il s'était fait aimer de Priée, de Priestley, de Fox, de Sheridan. Puis, invinciblement attii'é par la Révolution française, il lui avait voué le mémo culte que Vergniaud et Pétion [•*]. [T. IX, p.p. 342 à 344]

Dans l'intervalle, Dumouriez avait t'ait sur Lille et Valeneiennes deux tentatives que fit manquer le brait de sa trahison, déjà répandu partout. Il lui restait l'es- .

[•] Bulletin (?*( irlhiiHol vt/'ohiUonnaîre, n"" -W-.33, — Des Intevrogatoircs do Miiauda.

[••J Voy. 1(1 Jlio(irapJiie imiremelle, article Hliranda, et dans 1(! lîullflhi dn fribinml rvi-olittUmutilre, lors du procî-s de ce géni'ral .- 1° le plaidoyer de son défeuseur, ('hauveau-Lagarde ; 2î l'opinion moi ivh de Duniont, premier juré.

poir do mettre la main sur Condé : pour se rapprocher de cette ville, il transféra son quartier général aux Bou6S-de-Saiut-Amaud, où était d'ailleurs oautonuée sa cavalerie de ooiiflaiice. [•] La veille, il avait couru risque de la vie. Six volontaires s'étaient présentés ù lui, le chapeau retourné, et ce mot écrit dessus avec de la craie, Méinihlbiue. Ils venaient lui déclarer que s'il désobéissait à la Convention, leur parti était pris de le, poignarder, ce qu'ils eussent fait peut-être, sur l'heure, si Baptiste n'eût appelé la garde, qui s'assura d'eux. [••] L'avertissement était gi'ave; Dumouriez en re<;ut un second, non moins significatif: le 2 avril, un paquet fut intercepté, qu'on trouva rempli demandais d'arrêt contre le duc de Chartres, contre Valence et plusieurs officiers de l'état-major. Un simple comité avait pris sur lui de lancer ces ordres, qui étaient signés Dt(he»i. ["••] A ces symptômes menaf;ants, Dumouriez affectait d'opposer une contenance ferme; mais ceux qui l'entouraient .sentaient bien que la teri'e se dérobait sous lui. Le duc de Chartres avait imaginé d'écrire à la Convention, pour lui demander la permission de quitter la France sans retour: avant d'envoyer sa lettre à l'Assemblée, il crut devoir la communiquer à son père, qui répondit sèchement : "Cette idée n'apas de sens.'^ [••••]

[•j Mi'm:m\t <h- Jhiimityiez. t. IV, liv. VIII, c\i-J.\>. XII, p. 144.

I"] Un.}, vhai: XI p. iitr. et 13e.

[•'*] Mi'moin-s ih' ht fuitifense <h Giulis, t. IV, p. i:J5 Paris, 1S2Ô.

[••"I Ibid.

Le 2 avril, Dnmounez, dans son quartiei- général de Saint-Ainand, s'étonnait de ne rien recevoir de Beurnonville, lorsque tout à coup, vers quatre heures du soir, deux courriers arrivent, annoiit;aut d'un air épouvanté, la prochaine apparition du ministre de In guerre qu'accompagnent, disent-ils, des commissaires de la Convention, Ils achevaient à peine, que Beurnonville entre, suivi de quatre commissaires, Camus, Lamarque, Bancal et Quinette [•].

Dumouriez était an milieu de ses officiers d'étatmajor. Il courut à Beurnonville, son ami, et l'embrasse. Camus alors prie le général de passer dans une autre chambre, pour y eutendi'e la lecture d'un décret de la Convention. Le général s'y refuse, objectant que ses actious ont toujours été publiques; mais, sur les pressantes instances du ministre et des trois autres commissaires, il passe avec eux et Valence dans uu cabinet, dont les officiers de l'état-major exigent que les portes demeurent ouvertes. Là, Camus présentant le décret de la Convention qui appelait t\ sa barre le général, et celui-ci se retranchant sur ce que sa préseuce était nécessaire à son armée, une discussion s'eugagea oii Lamarque, Bancal et Quinette apportèrent des formes conciliantes, qui tranchaient d'nue façon siuguliôre avec l'inflexibilité hautaine do Camus. "Voulez-vous obéir au décret delà Convention f Tel était le thème auquel revenait sans cesse le vieux janséniste; à quoi Dumouriez répondait, eu termes tour à tour ré-

[•J Mémoivea lU Diiniotirics, t. IV, liv. VIII, chap. 'XII, p. 140 et 150.

violents, et avec un trouble involontaire dont 3 récit a conservé la trace, qu'il ne voulait pas S(/m'« un certain point une décision de la Couaationale; qu'il était sage de suspendre l'exéi cet ordre; que, tant qu'il aurait un pouce

ses côtés, il ne se soumettrait pas au tribautionnaire ; qu'il ne chercherait pas à éluder lent, et qu'il le subirait, mais plus tard, lors- DatioD aurait un gouvernement et des lois ; it souvent joué le rôle de Décius, mais qu'il s homme, comme Curtius, à sa jeter dans le ..."Vous ne voulez doue pas obéir au décret nvention .'" reprenait Camus d'une voix inesolais Dumouriez éludait toujours la question, mosyllabe eût suffi pour trancher, et se tourijours vers Beurnonvillo: "Que feriez-vous ù

î" demandait-il, sans pouvoir obtenir d'autre iue celle-ci : "Je u'ai point de conseils à vous vous savez ce que vous avez à faire/' Après érence qui dura plus de deux heures, on se 3S commissaires s'étant retirés pour délibérer, uriez étaut rentré, a7cc Beuruonville et Valeu-

la chambre commune où ses compagnons d'ar-

endaiiit impatients et inquiets. Là, s'appro-

docteur Menuret, médecin de l'armée, Du-

assure qu'il lui dit (/aiement: "Eh bien, docel topique cousoillez-vons de mettre sur cet- ' Le médecin répondît: "Un grain de dése." Au bout de quelque temps, les commisaarureut. Le visage des officiers portait l'em-

prointe de la fureur. "Vous couuaissez lo décret, dit péremptoirement Camus, voulez-vous l'exécuter ? — Non, répliqua cette fois Dumouriez. — Vous désobéissez donc à la loi ? — Je suis nécessaire à mon armée. — Par cette désobéissance, vous vous rendez coupable. — Allons, ensuite? — On va mettre le scellé sur vos papiers. — Je ne le souffrirai pas." Camus demandant les noms des personnes présentes, elles commencèrent à se nommer "Je

m'appelle Devaux " "Je m'appelle Denize " etc., etc.

"Voici, dit Dumouriez en montrant deux femmes en uniforme de hussard, les demoiselles Fernig." Une d'elles, à demi-voix : "C'est affreux !" Sans tarder davantage. Camus laissa tomber ces paroles solennelles: "Général, vu votre désobéissance, nous vous déclarons suspendu de vos fonctions."-— "Suspendu ! Lui suspendu ! notre père ! qui nous mène h la victoire !" Ce cri vola de bouche en bouche. '^Allons, s'écria de son côté Dumouriez, il est temps que cela finisse. Lieutenant, appelez les hussards." Aussitôt s'élancèrent dans l'appartement vingt-cinq hussards de Berchiny, auxquels il dit en allemand: "Arrêtez ces messieurs." Allant à Beurnonville, et lui prenant la main, il ajouta: "Vous serez arrêté aussi." L'ordre fut exécuté à l'instant, malgré les protestations du ministre de la guerre, indigné; et les prisionniers furent conduits dans une autre pièce, où le général leur promit qu'ils soi'aient traités avec toutes sortes d'égards. [*]

[*| Il existe de cet événement deux versions; l'une de Dumouriez, le moins scrupuleux des historiens, l'autre de Camus, le plus austère et le plus véridiquo des hommes. Or, la

l'en fut rien. "On nous laissa sans feu, écrit Cal'oii D6 s'inquiéta uiilleraenta de ce dont nous is avoir besoin. Seulement, on apporta une boue vin blanc, à laquelle personne ne toucha, et erres. Nous eûmes beaucoup de peine à obte- ! redingotes, pour nous défendre contre le froid, jue nous demandâmes nos bonnets de nuit, nos les, on nous dit que cela était inutile, parce que. liions partir. [•]" Mais qu'importait cette basse Qce à des hommes que soutenait et élevait la tion du devoir accompli ï Camus raconte que son

■ mouvement, quand on l'avrOta, fut un mouvee joie. " Enfin, se dit-il à lui-même, le voilà dévoile! [••]" Des cinq prisonniers, le moins c'était BeurnouviJle. Irrité au plus haut point.

b d'insolence, plus d'une fois il porta la main à n-e, et l'on eut quelque difficulté ii le retenir, cier étant entré, qu'il reconnut : "Je vous ai vu

■ de ces deux vcr.sioiis ost ccllo qui ii presque toujours ie, probablement parte qu'on iid coiuuiissixit pas lu

Quniit il innis, c'est du [■approchemcnt iles deux rjne

oiis tiré notre réeit, eu iioii.s déteriiiiniint, quand il j

choisir entre des assertions contradictoires, et par le

i moral des personnages, et pnv les lois de la vraiseni-

biancp. Lorsque, par exemple, Dninoniiez dit de (.'amus qu'il

avait "la voix peu assurée, un ton troublé," il dit une chose

évidemment ridicule, et que dém'jnt, dans son i-éeit inêmc, toute

la conduite de l'intrépide janséniste.

["] Fragments des Mi'mfhvK lie Catmm, à la suite du tome II de VUisUiin- dr Fmiivi-, de . Toulongeon, aux Plèrfx jimtificfiiivfs.

(••] JbUl

à Jemmapes, lui dit-il ainèremerit. — ^IVIou général, je ne l'ai pas oublié, et je me rappelle aussi comment vous sautâtes dans les redoutes, pour courir à l'ennemi. — Je ne pensais pas que la troupe avec laquelle j'avais battu les autrichiens dût m'arreter un jour, et que vous la commanderiez." L'officier se tut. [*]

Le ministre et les quatre commissaires furent remis à Clairfayt, transférés de Tournai à Mons, puis il Bruxelles, et enfin à Maestricht. [**]

Un tel éclat répondait à l'ennemi de la criminelle sincérité de Dumouriez : pour la mettre à profit, et donner aux arrangements consentis à Ath de part et d'autre, une sorte de sanction diplomatique, les coalisés, sur l'initiative du comte de Metternich, décidèrent d'ouvrir, à Anvers, un congrès auquel furent appelés lord Auckland, ambassadeur d'Angleterre à la Haye; le comte de Starhemberg et le comte de Keller, ministres de l'empereur et du roi de Prusse; le général prussien de Knobeldsdoriï et le comte Tauenzien, major au service de Prusse. [^**] Aucun de ces diplomates ne doutait que la Révolution française, abandonnée par Dumouriez, ne touchât à son terme, et deux d'entre eux, lord Auckland et le comte de Starhemberg, n'hésitèrent pas à présenter aux états-généraux des Provinces-Unies une note dans laquelle les membres de la Convention nationale étaient appelés des misé-

Fragments des Mémoires de Cannis, à la suite du tome 11 de WUisfoire de France j de Touloiigeoii, aux Fièces justificatives. [**] Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Etat, t. Zi^;, 223. ***> 7/m7., p.22G.

fablc-i. Il y était dit, au sujet de Camus, Bancal, Qniuetto, Lamavque et Beurnonville : "Quelques-uns de ces détestables régicides sont déjà dans le cas de pouvoir ('Ire somiiis au yla'ue île la loi." ["] Jamais outrage plus sanglant n'avait été fait à la dignité et à Wudéiieûdance d'un grand peuple. Mais la folie d'un tel langage eu dépassait encore l'arrogauce. Mis en balance avec la nation franvaise, que pouvait peser Dumouriez î Les profonds diplomates de Bruxelles y voyaient moins clair que Prudhomme, écrivant dans son journal : "Dnmonricz n^est quhin pijumée que la Montagne écrasera ." [**']

Déjà, en effet, loin de s'apprêter à suivre son général, l'armée ne songeait plus qu'à le frapper; et tel était le sombre aspect des visages, que l'unique sentiment qui régm'it désormais dans l'enttjurage de Dumouriez, c'était l'offroi.

La comtesse de Geulis était veuue se mettre sous sa proteetioD avec mademoiselle d'Orléaus : dès qu'elle apprit l'arrestation des commissaires, elle ne songea plus qu'à fuir, et à fuir en laissant derrière elle la jeune princesse entre les mains du duc de Chartres, son frère : "Je ne voulais pas, écrit-elle, l'associer à mes périls et à ma misèi'e. Pendant que j'y pensais la nuit, elle était couchée à côté de moi, et je l'entendais gémir sourdement. Elle avait \u les préparatifs de mon départ, elle no comprenait que trop, se taisait otpleu-

1"] Voy, le te.Kte du document, cité on ciitiiir dans les .1/'-moins tin'x lies imiAirs d'un lioiinin' il'Ehti, t. II p. 227-221).

(•*] Iî''vohtlioiis lie l'arls,\\" 195.

rait. ["]" La cotntessii n'eu avait pas moins pris son parti de cette séparation, qu'elle jugeait prudente, lorsque le lendemain, au moment où elle montait en voiture, le duc de Chartres accourut, portant dans ses bras sa sœur, baignée de larmes. Sans plus de prières, il la jeta dans la voiture, le postillon ât claquer son fouet, et l'on partit La pauvre princesse sortait du lit, et était en simple robe de mousseline. Sa montre, parce qu'elle était sous son chevet, fut tout ce qu'elle put emporter. Malles, robes, linge, écrin, elle perdit tout, tout excepté sa harpe, qu'un domestique fidèle fit charger sur un chariot qui vint à passer et qui rejoignit les fugitives. [*"] Voilà un des mille traits de la physionomie des choses, au moment de la défection de Dumouriez.

Lui, cependant, il espérait encore. Le 4 avril, il quitte Saint-Amand, pour se rendre à Condé, qu'il devait remettre aux impériaux comme place de garantie- Mais voilà que, sur lu route, il rencontre trois bataillons de volontaires, dont il n'avait point ordonné le déplacement. Etonné, il s'éearte du gi-aud chemin, entre dans la première maison qui se présente, et se met à y écrire un oidre à ces troupes de revenir . au lieu d'où elles étaient parties. Eu ce moment, un cri se fait entendre: Arrête! arrête.' Le général, que ce cvi 'ic'signe et menace, n'a que le temps do sauter sur un c-lioval, et de s'enfuir à travers champs, au milieu

[■'! .Wmoiirs ih: iiimhimc iJe OeuJis, t.. IV, p. 140. Paris, 1825. |«*1 yW(?., t. IV, i>. 14U-144. Paris, 1825.

ps de fusil, avec le baron de Schonberg, sou Baptiste, aon valet de chambre, quelques hus- ; quelques domestiques [•]. Des trois bataillons i sa poursuite, celui qui montra le plus d'achar-

était du département de l'Yonne, et avait à sa voust, depuis maréchal de France [•"]. Plu- «rsonnes de la suite de Dumoarioz farent tuées i occasion ; lui-même n'échappa que par mi- -]■

fut le soir seulement qu'il parvint à joindre le Bfack, avec lequel il passa la nuit à rédiger , du prince de Cobourg, une proclamation qui I lendemain, prince y déclarait que le but des autrichiens

se joindre aux troupes françaises "pour coin amis et en compagnons (Vannes, digues de s'esjciproquement, à rendre à la France la consti- [u'elle s'était donnée et son roi constitutionoù il résulte que Damouriez ne se sentait plus. <rt pour imposer aux alliés son candidat de lion, le duc d'Orléans. C'est, au reste, ce qui plus directement encore, d'une adresse à la natçaise, qu'il publia en son propre uora, et où laissait pour roi l'enfant détenu au Temple. [••••]

Mémoires de Dumourinz, t. IV, p. 167-169.

Wïïwirts tiré,i des papiers d'an hontine d^Etai, t. II,

Voy. les diStails dans ses Mémoires, t. IV, p. 169. ] Mémoires tirés des papiers (P«b homme (PElat, t. IV,

Uu fait qui montre jasqu'où allaient les ilhisioas de Damouriez et son audace, c'est que le 5 avril, au point du joui', comme si rien ne lui était arrivé Ja veille, il s'avisa de regagner son camp. Mais ses soldats ne l'avaient aimé que tant qu'ils l'avaient cru fidèle à sa patrie. Maintenant, ils ne voyaient plus en lui qu'un traître qui tournait contre la Révolution l'épée de la Révolution, et qui brûlait de renvenser le jacobinisme, aprcs s'être taut de fois paré du bonnet rouge. Quand il arriva devant les rangs, il put tout de suite juger, à la contenance des soldats, que c'en était fait de sa fortune ; d'autant qu'il avait commis la faute d'accepter une escorte de cinquante cavaliers autrichiens, dout la présence fut considérée comme iiue iustiite. [*] L'artillerie attela et prit la route de Valeneieiines, le reste suivit. Quant aux officiers généraux, ils se hâtt-reut d'abandonner, il leur tour, celui que les troupes abandonnaient. Damouriez, depuis la bataille dt Neerwinden, n'avait obéi à la Convention qu'une fois. .., eu faisant arrêter Miranda! [••] Valence, il l'avait envoyé à Bruxelles; ["•] et il ne se trouvait avoir auprès de lui, le soir du 5 avril, que les deux frères Thouvenot, le duc de Chartres, le colonel Moutjoie, le lieutenaut-colouel Barrois, deux ou trois officiers d'état-major et quelques aides de camp [*•••]. Ce fut entouré de cette petite troupe, et

f*j Mémoires tirés den papirn (Vun homme (VJUtat, t. IV,

[••1 Ihid., p. 120.

[•••] Ibùl, t. VI, p. '262.

[••••] Ibid., p. 175.

jpoir dans l'âme, qu'il so retira ii Touruai, où idit chez le général autrichien Clairfayt, et où ^uireat, une heure après, uu demi-escadron de s de Saxe et le régiment de Berehiny [•].

si se termina la carrière politique et militaire léploi'able homme de génie. Uu long exil, obstriste, voilà ce qui désormais l'attendait. Entré os la gloire, il en sortit vite, il en sortit par 16 ; et, pour lui, ce qui arrive trop rarement, i±™«o. iB crime ne fit qu'un avec le châtiment: le jour même où il devint coupable, il disparut de l'histoire !

[T. IX, p.p. 360 à 368].

£•] Mémoires de Dimouriei, t. IV, p. 175 et 176.

th^..

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